L'alimentation moderne est-elle en passe de nous faire fondre littéralement de l'intérieur en perturbant l'un des équilibres fondamentaux de l'organisme : l'équilibre acide-base ? Cette hypothèse est explorée par de nombreuses équipes.
L'étude publiée par Anthony Sebastian et ses collaborateurs de l'université de Californie (San Francisco) dans le numéro de décembre 2002 de l'American Journal of Clinical Nutrition (1) sur le caractère de plus en plus acidifiant de l'alimentation moderne conforte Loren Cordain (université du Colorado), Jean Seignalet (université de Montpellier) et tous les chercheurs qui, pour des raisons diverses plaident pour un retour en grâce du régime préhistorique - " celui que nos gènes ont toujours connu. "
L'alimentation fournit des ions hydrogène (acides) ou bicarbonates (basiques). Selon que les premiers prédominent ou pas, le sang est plus ou moins acide. Un excès d'acidité dans le sang peut augmenter les risques d'ostéoporose, de diabète, d'athérosclérose, d'hypertension et de certains cancers. Clairement,
le régime moderne acidifie, alors que le régime ancestral, pré-agricole ou préhistorique est alcalinisant.
Rétablir le caractère basique du corps
Le régime préhistorique n'est pas très facile à suivre à la lettre. Il s'agit en effet de rompre ou limiter fortement les céréales, les laitages, le sel et le sucre, tous aliments qui n'existaient pas jusqu'à 10 000 ans avant notre ère. Anthony Sebastian suggère qu'en agissant ainsi, on rétablit le caractère fondamentalement basique de l'organisme, car tous les aliments cités plus haut acidifient le sang. Les céréales seules entrent pour près de 40 % dans la charge acide libérée par l'alimentation moderne.
Sur la base de l'étude américaine NHANES III, Sebastian a calculé qu'en remplaçant les céréales alimentaires par les noix, les fruits, les légumes et les haricots, on passerait d'une charge acide nette à une charge légèrement basique.
L'homme a évolué pendant 4 millions d'années dans un univers métabolique basique. On peut penser que nous sommes génétiquement programmés pour nous y épanouir. A l'inverse, nos organes, notre machinerie complexe semblent réagir négativement à certains aliments modernes, comme le montrent les épidémies de diabète, d'ostéoporose ou d'obésité. Même les chasseurs-cueilleurs modernes ont conservé un mode de vie qui les met à l'abri d'un excès d'acidité. Ainsi, dans une tribu de Nouvelle-Guinée, on a mesuré dans les années 1960 un pH urinaire compris entre 7,5 et 9, en raison d'une alimentation riche en bicarbonate de potassium. Un exemple à suivre.
Sebastian A : Estimation of the net acid load of the diet of ancestral preagricultural Homo sapiens and their hominid ancestors. Am J Clin Nutr 2002, 76 (6) : 1308-1316.