N°1 : Juin 2006

  
Edito
Comment savoir ce qui est vraiment bon pour votre santé ? Les acides gras par exemple : on vous a bien expliqué les différentes familles de graisses, leurs effets, les bonnes, les mauvaises. Oui, mais en pratique, vous faites quoi quand vous vous retrouvez au rayon margarine de votre supermarché ? C’est pour cela que nous avons crée ConsoSanté : pour que vous sachiez que c’est Saint-Hubert oméga-3 que vous devriez mettre dans votre caddie. Que l’harpagophytum soulagera naturellement les douleurs de l’arthrose. Que l’acide hyaluronique reste une solution de choix pour vos rides. ConsoSanté c’est tous les mois une information pratique et fiable : des tests - pour savoir enfin quel produit choisir - et des enquêtes - pour aller au bout des choses.  
Le premier numéro de ConsoSanté est gratuit. Pour rester informé chaque mois, accéder du même coup aux rubriques réservées du site www.lanutrition.fr, le plus simple est de vous abonner. Alors bonne lecture, et bonne santé.
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Les tests de ConsoSanté
Les meilleures margarines santé
 
Enrichie, allégée, en cuisson ou à tartiner… les français portent la margarine dans leur cœur, surtout depuis qu’elle promet de le garder en bonne santé ! Les nouvelles matières grasses à tartiner multiplient les promesses et les fabricants surfent sur la vague santé avec le cholestérol en ligne de mire. Comment s’y retrouver ? ConsoSanté a testé pour vous 10 margarines : composition, qualité des acides gras, apports en oméga-3, goût... Découvrez quelle est la meilleure margarine santé.

Aline Périault
 
 
Petit retour en arrière. Nous sommes en 1994, deux chercheurs français viennent de montrer qu’en modifiant simplement nos apports en corps gras, on pouvait faire baisser les risques de maladies cardio-vasculaires de plus de 70 % ! Comment ? Grâce à une margarine au colza.
Les docteurs Michel de Lorgeril et Serge Renaud, alors chercheurs à l’unité INSERM 63 de Lyon, testent l’effet d’un régime enrichi en oméga-3 issus du colza chez 300 patients ayant subi un infarctus. Ils comparent leur taux de récidive à celui de 300 autres patients qui suivent le régime prescrit par leur cardiologue. Bilan : dans le groupe « margarine oméga-3 » la mortalité diminue de 70 % ! (1)
12 ans plus tard, l’idée a fait son chemin : les rayons frais de nos supermarchés débordent de barquettes de margarine au slogan tous plus alléchants les uns que les autres : « Participent au bon fonctionnement cardiovasculaire », « Diminue votre taux de cholestérol », « Contribue à l’équilibre de toute la famille »… Les revendications « santé » ne manquent pas. Mais sont-elles toujours justifiées ?
 
Objectif : moins d’infarctus 
 
En fait, sous le nom de « margarine-santé » se cachent deux catégories bien différentes de produits : les formules d’acides gras et les margarines enrichies en phytostérols.
Les premières sont les descendantes directes de la margarine testée par les docteurs Serge Renaud et Michel de Lorgeril au cours de l’étude de Lyon. Nous avons testé 10 de ces margarines. Ces produits se targuent de diminuer les risques de maladies cardiovasculaires en rééquilibrant nos apports alimentaires en acides gras et notamment grâce aux fameux oméga-3 dont nous manquons si cruellement (lire encadré).
 
Les oméga-3 
Réduction du risque cardio-vasculaire, baisse du stress, diminution de la dépression : les bienfaits des oméga-3 ne sont plus à démontrer. Qui sont les oméga-3 et pourquoi sont-ils indispensables à notre santé ?
Les oméga-3 sont des acides gras poly-insaturés (AGPI). C'est-à-dire ? Les acides gras sont des chaînes d’atomes de carbones mis bout à bout. Quand plusieurs de ces atomes créent des doubles liaisons, on dit que c’est un acide gras poly-insaturé. Quand la première de ces doubles liaisons porte sur le carbone numéro 3, alors on a affaire aux oméga-3. Ce sont des acides gras essentiels : l’organisme n’est pas capable de les fabriquer et nous devons les introduire dans nos assiettes sous peine de carence. Comment ? Consommez plus de poissons gras comme le maquereau ou la sardine, mangez plus de noix et de légumes à feuilles vertes, utilisez de l’huile de colza en assaisonnement.
Augmenter ses apports en oméga-3, c’est bien. Mais ce n’est pas suffisant. Ce qui compte en fait c’est le rapport entre les oméga-3 et d’autres représentants de la famille des AGPI : les oméga-6. Ces deux acides gras utilisent les mêmes voies biochimiques dans l’organisme, ils rentrent donc en compétition. Pour bénéficier au mieux des bienfaits de chacun, le rapport des oméga-6 sur les oméga-3 doit être inférieur à 4 contre 1.
 
 
Notre organisme à besoin de matières grasses pour fonctionner, c’est même vital. Mais pas n’importe lesquelles, et pas dans n’importe quelles proportions. D’après l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), notre alimentation quotidienne devrait nous apporter 8 % d’acides gras saturés, 20 % de mono-insaturés et 5 % de poly-insaturés (les parts restantes étant réservées aux glucides et aux protéines). (D’autres recommandations diffèrent quelque peu de celles de l’Afssa.) Parmi ces acides gras polyinsaturés, on devrait manger 4 fois plus d’oméga-6 que d’oméga-3. En pratique, ces recommandations sont rarement respectées : la plupart des français avalent environ 10 fois plus d’oméga-6 que d’oméga-3. D’où l’idée des industriels d’enrichir leurs margarines en acides gras polyinsaturés pour améliorer la santé de notre cœur. Et chacun y va de son innovation, ajoutant une rasade d’oméga-3 par ci et une pincée d’oméga-6 par là. Bilan : l’offre en matière de matières grasses équilibrées se multiplie et le consommateur ne sait plus à quelle margarine se vouer.
 
Des plantes contre le cholestérol 
 
Dans la deuxième catégorie de margarine-santé on trouve les produits enrichis en phytostérols et phytostanols. Leur objectif : faire baisser le cholestérol.
C’est sur cette vague que surfent les margarines Pro-Activ de Fruit d’Or et Cholegram de Saint-Hubert. Etudes à l’appui, les fabricants attribuent à ces margarines la capacité de faire baisser le taux de cholestérol LDL, le « mauvais » cholestérol, de 7 % en moyenne pour les phytostérols, sans affecter le taux de bon cholestérol, le HDL.
« Mais il n’existe aucun effet clinique de ces margarines sur le risque de maladie cardiaque, met en garde Michel de Lorgeril, cardiologue au CNRS et à la faculté de médecine de Grenoble. En réalité, il n’existe aucune preuve qu’en diminuant le taux de cholestérol par la nutrition on diminue aussi le risque cardiovasculaire ».
Le chercheur n’est d’ailleurs pas seul à se méfier de ces produits : de nombreux scientifiques mettent les stérols végétaux à l’index. Motifs ? Non seulement leur efficacité dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires n’est pas prouvée mais en plus ils ne seraient pas dépourvus d’effets secondaires (lire l’interview du Dr Jean-Michel Lecerf). Les phytostérols sont notamment accusés de diminuer l’absorption de la vitamine A. Pour toutes ces raisons, et de l’aveu même des fabricants, la consommation d’aliments enrichis en phytostérols est fortement déconseillée aux femmes enceintes et aux enfants.
 
 
Les phytostérols  
Les phytostérols, ou stérols végétaux, sont des substances fabriquées par les plantes. Ils ont une structure chimique semblable au cholestérol. Leur rôle chez les plantes est d’ailleurs proche de celui du cholestérol chez l’homme : ils entrent dans la composition des membranes cellulaires. Les trois principaux représentants de la famille des phytostérols sont le campestérol, le stigmastérol et le bêta-sitostérol. On trouve aussi ces composés sous forme saturée en hydrogène : on les appelle alors des phytostanols. Comment les phytostérols agissent sur le cholestérol ? Dans l’intestin, ils entrent en compétition avec le cholestérol et diminuent son passage dans le sang. Le cholestérol est alors éliminé dans les selles. Conséquence : le taux de cholestérol sanguin diminue.
 
Mais le cholestérol reste un argument marketing très vendeur et les produits aux phytostérols font des petits : dans la famille Pro Activ vous pouvez désormais demander non seulement la margarine mais aussi le lait et les yaourts. Ce qui pourrait poser un problème au niveau des apports en phytostérols : en Europe, le Comité scientifique de l’alimentation a fixé à 3 g par jour la limite de précaution pour la consommation de stérols végétaux. Mais des chercheurs de l’université de Munster (Allemagne) viennent de calculer qu’avec une dizaine de produits alimentaires enrichis sur le marché, un individu pourrait en avaler jusqu’à… 13 g par jour ! (2)
Le doute plane donc sur les produits enrichis en phytostérols, mais ce qui est sûr c’est qu’au royaume des margarines, la santé à un prix : Pro-Activ est deux fois plus chère qu’une margarine traditionnelle !
 
 

Pro-Activ : un rapport oméga-6 / oméga-3 désastreux !

 
Faire le bon choix 
 
Comment s’y retrouver dans cette jungle de promesses ? A la question « Laquelle choisir ? », le docteur Michel de Lorgeril répond sans détour : « Primevère cuisson et Saint-Hubert oméga-3 sont celles qui se rapprochent le plus du produit que nous avons testé au cours de l’étude de Lyon . » Il recommande d’ailleurs d’utiliser la version cuisson de Primevère également sur les tartines.
Nutrition & Santé a testé pour vous 10 des ces margarines-santé. Dans l’ensemble, leur ratio oméga-6 / oméga-3 est plutôt bon ; il tourne autour de 4 et descend même en deçà pour les produits Saint-Hubert. Trois mauvais élèves cependant : Fruit d’or et Fruit d’Or équilibre qui sont proches de 13, et Tournolive qui reçoit le bonnet d’âne pour un rapport oméga-6 / oméga-3 qui plafonne à 224/1 !
 
 

St-Hubert oméga-3 : le goût et l'équilibre

 
Question goût, les produits de la gamme Saint-Hubert on reçu le meilleur accueil lors de nos tests. Les amateurs de beurre y trouveront leur compte, leur goût n’étant pas si éloigné de celui-ci. Les autres produits ont été moins appréciés, avec parfois un goût de margarine trop prononcé.
Au final, c’est Saint-Hubert oméga-3 qui tire son épingle du jeu, réussissant à concilier qualités nutritionnelles et goût agréable.  

La Maaf : c’est Pro-Activ qu’elle préfère… 
En 2006 vous avez pris une bonne résolution : faire baisser votre cholestérol. Si votre allié dans cette bataille s’appelle pro-activ, un petit conseil : gardez précieusement votre ticket de caisse… Cette résolution ne sera peut-être pas une révolution pour votre cœur, mais votre portefeuille lui en profitera.
La Maaf Assurance et Unilever France ont décidé de s’allier pour « un partenariat précurseur dans la lutte contre l’hypercholestérolémie » ! Dès 2006, les assurés Maaf qui tartinent pro-activ matin et soir se verront rembourser jusqu’à 40 euros sur leur cotisation 2007. Chez Maaf on appelle ça le « Pur Bonus Santé ». Ailleurs on parle plutôt de « gros coup marketing ». Le jackpot assuré pour Unilever, qui a déjà testé la méthode au Pays-Bas. Bilan : les ventes de pro-activ y ont augmenté de 25 %.
Les deux partenaires soutiennent que leur margarine fait baisser le mauvais cholestérol de 10 à 15 % (les différentes études avançant 6 à 10 %), les assurés Maaf auraient donc tout lieu d’abandonner le beurre pour en récupérer l’argent.
Le ministre de la santé dénonce « la confusion des genres » et les associations de consommateurs condamnent « l'instrumentalisation scandaleuse de la santé à des fins purement marketing ».
Ce partenariat est d’autant plus infondé que, comme nous le confie le Dr Jean-Michel Lecerf, ces produits n’ont démontré ni leur efficacité dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaire, ni même leur sécurité d’emploi.

 
  
(1)    De Lorgeril M., Salen P. : “Mediterranean diet, traditional risk factors and the rate of cardiovascular complications after myocardial infarction. Final report of the Lyon Diet Heart Study”. Circulation 1999 ; 99 :779-85.
(2)   Kuhlmann K : Simulation of prospective phytosterol intake in Germany by novel functional foods. Br J Nutr 2005 Mar;93(3):377-85. 

 


Comment bien choisir sa margarine ?
 
Les étiquettes sont plutôt bien détaillées et la plupart donnent la composition en différents acides gras. Nous avons d’abord regardé le rapport oméga-6 / oméga-3. Certains fabricants le précisent mais parfois il faut sortir sa calculette. Pour une bonne protection cardiovasculaire, comme démontré par l’étude de Lyon, il doit être inférieur à 4, ce qui disqualifie d’emblée Tournolive mais aussi Fruit d’or cuisson et tartine et Fruit d’or équilibre.
Il faut aussi regarder la composition en acides gras : environ 8 % de saturés, 20 % de mono-insaturés et 5 % de polyinsaturés selon l’Afssa. Certains chercheurs comme François Mendy (Saint-Cloud) prêchent pour moins de mono-insaturés, de l’ordre de 11 à 16 %. En tout cas Tournolive et pro-activ ne remplissent pas ces critères, avec beaucoup trop d’acides gras polyinsaturés. Il ne nous paraît pas judicieux de consommer des aliments trop riches en acides gras polyinsaturés pour deux raisons. D’abord, ces aliments sont plus sensibles à l’oxydation du fait de la structure même de ces graisses. Cela signifie qu’au fur et à mesure des jours qui passent, on absorbe de plus en plus de corps gras oxydés qui sont néfastes pour la santé. Ensuite, un régime riche en graisses polyinsaturées, même non oxydées, rend les membranes cellulaires plus fragiles, plus susceptibles d’être elles-mêmes oxydées. Des études ont associé un tel régime à un risque accru d’asthme, pour ne citer que cela. Conformément aux conseils de Michel de Lorgeril, Primevère cuisson et Saint-Hubert oméga-3 semblent les mieux équilibrés en acides gras. Avec une mention spéciale pour Saint-Hubert oméga 3 qui supplante largement Primevère au niveau du goût.

 
Usage
Goût (de 1 à 4)
Prix
moyen
250 g (euros)
Valeur énergétique pour 100g (kcal)
Acides gras saturés (g/100g)
Acides gras mono-insaturés (g/100g)
Acides gras poly-insaturés (g/100g)
Rapport oméga-6 /oméga-3
St Hubert
oméga-3
doux
Tartine
Cuisson
(Uniq)
4
1,6
530
17,1
27,9
14
4
St Hubert
41 Tartine
Cuisson
(Uniq)
 
4

1,5
362
18
14,3
5,7
2,6
St Hubert
oméga-3
à l’huile d’olive
(Uniq)
3
1,6
530
16,5
32
10,5
2,7
Primevère
double effet
cuisson
(Cema)
 -
1,6
596
15,2
32
15,8
3,9
Primevère
double effet
tartine
(Cema)
1
1,7
533
14,4
14,5
30,1
3,8
Fruit d’or
oméga-3 Tartine Cuisson
(Unilever)
 
 
2
 
1,5
 
451
 
11
 
22
 
16
 
4,5
Fruit d’or
cuisson
et tartine
(Unilever)
2
1,2
541
14,5
21
24
12,3
Fruit d’or
équilibre
Tartine
Cuisson
(Unilever)
1
1,2
541
19,5
21
19
13,6
Fruit d’or
Pro activ
Tartine(Unilever)

 

3

331

 8

 9

 17,5

23 

Tournolive
Tartine Cuisson
(Uniq)

 

 3

1,1 

540 

 23,5

14 

 22,5

 224


Pas de risque pour la margarine aux oméga-3
 
Le Dr Jean-Michel Lecerf est Chef du Service de Nutrition de l'Institut Pasteur de Lille. En 2002, il a signé un accord avec le groupe Cema qui commercialise la margarine Primevère : l’institut Pasteur appose son logo sur les barquettes de margarine, en contrepartie Cema participe au financemet du service de Nutrition de l’institut.
 
Est-ce que les margarines enrichies aux phytostérols et phytostanols sont vraiment efficaces contre le cholestérol ?
 
Oui, les études montrent que ces margarines font baisser le cholestérol LDL (le mauvais cholestérol) de 7 % à 15 % en moyenne.
 
Ces margarines seraient donc bonnes pour la santé ?
 
Le bénéfice sur la santé en général n’est pas prouvé, ce n’est qu’une extrapolation de cette baisse de cholestérol LDL. Les margarines aux stérols végétaux font effectivement baisser le cholestérol mais cet avantage pourrait être contrebalancé par l'absence de bénéfice cardiovasculaire voire l'inverse chez certains sujets ; on manque réellement de recul. De plus, aucune étude n’a été faite sur le bénéfice santé réel de telles quantités de phytostérols à long terme.
 
Pourrait-il y avoir des risques liés à la consommation de ces margarines ?
 
En terme de sécurité alimentaire il n’y a pas de problème. En terme de santé il existe des études contradictoires : la hausse des apports en phytostérols pourrait augmenter les risques cardiaques. Les phytostérols se retrouvent dans la plaque d’athérome qui se dépose parfois sur les parois des artères. Si on consomme trop de phytostérols, on favorise la formation de cette plaque.La consommation de ces margarines pourrait surtout poser un problème pour ceux qu’on appelle les « hyper-absorbeurs ». Ces gens absorbent le cholestérol de façon beaucoup trop importante. Résultat : ils sont en hypercholestérolémie. C’est en général une population à fort risque cardio-vasculaire. Ils peuvent donc être tentés par les margarines enrichies aux phytostérols pour faire baisser leur cholestérol. Mais le problème c’est que l’organisme de ces « hyper-absorbeurs » se comporte de la même façon avec les phytostérols : il les accumule au risque de favoriser la formation de la plaque d’athérome.
 
Vous ne recommanderiez donc pas de consommer ces produits ?
 
Dans le doute, je ne le recommande pas car on manque encore d’études sur le sujet. En plus on sait déjà qu’il y a des effets nutritionnels : les phytostérols en grande quantité diminuent l’absorption des caroténoïdes et de la vitamine E ce qui est aussi un inconvénient potentiel pour la santé.De surcroît, les margarines enrichies contiennent des phytostérols  à des doses non naturelles : l’alimentation normale apporte environ 300 mg de phytostérols, en consommant une margarine enrichie, on en consomme jusqu’à 2 grammes par jour ! Sans compter que cette dose est multipliée si on consomme d’autres produits enrichis en stérols végétaux. 
   
Et les margarines composées de mélanges d’acides gras, ont-elles des effets cardio-vasculaires bénéfiques ?
 
Il y a des études sur des « équivalent produit » qui montrent que les margarines équilibrées en acides gras font réellement baisser le risque cardiovasculaire. Nous avons comparé les effets de la margarine Primevère à ceux du beurre chez des personnes ayant une hypercholestérolémie modérée. Résultat : les personnes qui étaient dans le groupe margarine ont vu leur cholestérol total et LDL baisser, contrairement à celles qui consommaient du beurre.
 
Y a-t-il également des risques si on consomme trop d’oméga-3 issus de ces margarines ?
 
Les acides gras sont bien mieux connus que les phytostérols, nous avons beaucoup plus de recul sur ces molécules et ce sont des produits avec une sécurité d’emploi garantie.
Il est vrai que les oméga-3 ont un effet fluidifiant, donc consommés à des doses vraiment excessives ils pourraient, en théorie, augmenter le risque d’accidents hémorragiques. C’est le cas chez les esquimaux qui consomment de très grandes quantités de poissons gras riches en oméga-3. Mais ce risque intervient avec des doses 50 fois supérieures à celles apportées par les margarines enrichies en oméga-3. La margarine apporte des oméga-3 à des doses physiologiques, il n’y a donc aucun risque à consommer ces produits.
 

 
L’institut Pasteur de Lille « sponsorise » une de ces margarines avec un équilibre en acides gras, ce produit est-il indispensable pour être en bonne santé ?
 
On n’est absolument pas obligé de manger ce produit pour être en bonne santé, simplement il facilite le changement alimentaire pour obtenir l’équilibre des apports en acides gras. On peut très bien obtenir le même résultat en diversifiant nos sources de matières grasses, le tout étant de veiller à avoir des apports équilibrés en acides gras saturés, mono-insaturés et polyinsaturés, de même qu’en oméga-3 et oméga-6.
Mais si on ne consomme que cette famille de corps gras cela facilite l'équilibre alimentaire lipidique : la formulation est basée sur des études de la littérature concernant nos besoins en différents acides gras. S'il y avait un inconvénient pour la santé notre devoir aurait été d'informer le consommateur également.
Cela dit, manger ce type de corps gras ne suffit pas si on n’a pas une bonne alimentation, il faut l'accompagner des recommandations habituelles : faire de l’exercice, manger des fruits et légumes, du poisson…
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Une étude, un chercheur
Hormone et cancer du sein : la fin d'une longue polémique
 

Le traitement hormonal substitutif (THS) favorise-t-il le cancer du sein ? La question a longtemps été au cœur des débats dans le milieu médical et scientifique sans jamais être clairement tranchée. La raison ? La plupart des études, anglosaxones, ont testé des hormones très peu utilisées en France. Il devenait urgent de mener une étude dans l’Hexagone. Tout le monde le souhaitait, Françoise Clavel l’a fait. 

Elvire Nérin

Le Dr Françoise Clavel-Chapelon (Institut Gustave Roussy, Villejuif) a publié dans la revue International Journal of Cancer les résultats de la seule grande étude française sur le risque de cancer du sein lié au THS, l’étude E3N (Etude Epidémiologique de femmes de la MGEN).
 
 

L’étude E3N est une grande enquête d’observation portant sur plus de 100 000 femmes volontaires. Parmi elles, 54 584 femmes françaises ménopausées qui n’avaient jamais eu recours au THS avant l’entrée dans l’étude ont été suivies (durée de suivi moyenne : 5,8 ans). Tous les deux ans, les femmes ont répondu à un questionnaire sur le traitement hormonal substitutif (prise ou non d’un THS, type de THS, durée d’utilisation) et sur leur état de santé.

Résultats
(Par définition, les femmes non utilisatrices de THS ont un risque relatif (RR) égal à 1).
-Estrogènes seuls : pas d’augmentation du risque de cancer du sein (RR 1,1 non significatif)
-Estrogènes+progestérone naturelle : pas d’augmentation du risque de cancer du sein (RR 0,9)
-Estrogènes + progestatifs synthétiques (dérivées de la progestérone ou de la testostérone) : augmentation du risque de cancer du sein de 40 % (RR 1,4)
 
Entretien avec le Dr Françoise Clavel-Chapelon
 
Pourquoi avez-vous lancé cette étude ?
Dr Françoise Clavel-Chapelon : Cette étude a démarré en 1990 il y a donc 16 ans. A l’époque le THS soulevait de nombreuses interrogations. Plusieurs études s’étaient déjà intéressées au lien entre THS et cancer du sein. Et elles laissaient entrevoir un risque de cancer plus élevé chez les femmes ayant utilisé un THS que chez les non utilisatrices. Le problème c’est que la plupart de ces études étaient des études cas-témoins qui comportent des biais. Par ailleurs ces études portaient souvent sur un petit nombre de participantes. Il y avait très peu d’enquêtes à grande échelle. Et en France, il n’y avait rien du tout. Dès 1986, j’ai imaginé une grande enquête de cohorte dans l’Hexagone dans le but de travailler sur des données de bonne qualité. Pour cela nous avons recruté un grand nombre de femmes, près de 100 000.
 
Récemment deux études ont fait grand bruit dans le milieu scientifique, médical et même dans la presse : l’une américaine la WHI (Women’s Health Initative), l’autre britannique la MWS (Million Women Study). Elles ont toutes deux clairement mis en évidence une augmentation du risque de cancer du sein avec le THS. Dans ce contexte, quel est l’intérêt de votre étude ?
La WHI est un essai contrôlé randomisé*, c’est le must des études en terme de preuve. Les américains ont trouvé un risque de cancer du sein augmenté de 30 % avec le traitement testé qui est une association estroprogestative. Le problème c’est que ce traitement (estrogènes équins associés à de l’acétate de médroxyprogestérone) n’est  quasiment pas utilisé chez nous. La seconde est une vaste étude d’observation britannique : la MWS. Elle est intéressante parce qu’elle porte sur un très grand nombre de femmes et que les traitements utilisés par les femmes étaient variés. 
Cette étude a mis en évidence un risque de cancer du sein multiplié par 2 avec le THS. Pour autant, le grand nombre de participantes n’a pas permis un suivi individuel poussé.  
  Par exemple, une femme était considérée comme utilisatrice si elle utilisait un THS le jour de son inclusion dans l’étude, même si elle l’arrêtait le lendemain. Enfin, cette étude pas plus qu’aucune autre à ce jour, ne donne de résultats sur la progestérone naturelle, utilisée pourtant par 20 % des utilisatrices d’un THS, dans l’étude E3N.
 
* essai contrôlé randomisé : essai qui compare un traitement à un placebo, la répartition des participants dans les différents groupes se faisant par tirage au sort.
 
Le THS français augmente-t-il oui ou non le risque de cancer du sein ?
Eh bien notre étude montre que tout dépend du progestatif utilisé. Les femmes qui ont pris l’association estrogènes-progestatif de synthèse ont un risque de cancer du sein augmenté de 40 % par rapport aux non utilisatrices. Celles qui ont pris l’association estrogènes-progestérone naturelle n’ont pas de risque augmenté. Pas plus que pour un THS qui comporte des estrogènes seuls, THS réservé aux femmes ayant subi une ablation de l’utérus.
 
En France, quel est le THS majoritairement prescrit ?
D’après notre enquête sur 30 000 femmes ménopausées qui prennent un traitement hormonal substitutif, 63 % prennent l’association estrogènes-progestatif synthétique, 20 % estrogènes-progestérone naturelle, 10 % estrogènes seuls. Le reste des femmes prend soit des estrogènes faiblement dosés administrés par voie vaginale essentiellement (5 %) soit des estrogènes conjugués équins (1 %).
 
La durée de prise du traitement est-elle un paramètre important ?
Nous ne pouvons pas répondre à cette question pour l’instant. Les données dont nous disposons aujourd’hui ne portent pas sur des durées très longues ni sur un grand nombre de cas.  Il est donc indispensable de poursuivre cette étude et d’allonger la durée de suivi.
 
Le mode d’administration a-t-il une influence ?
Non. Que les estrogènes soient pris par voie orale, sous forme de gel ou par le biais d’un patch, le risque est inchangé.
 
L’étude E3N a-t-elle mis en évidence d’autres risques du THS ?
Pas encore mais on le saura bientôt. Nous étudions actuellement l’influence du THS sur le risque d’infarctus et le risque de tumeur colorectale. Je pense que nous aurons les résultats dans quelques mois.
 
Que conseillez-vous aux femmes aujourd’hui ?
D’attendre nos prochains résultats … Pour l’instant, en l’état actuel des connaissances, il est clair que si un THS combinant les deux hormones doit être prescrit, mieux vaut utiliser la progestérone naturelle micronisée. Ce THS est possiblement sans effet sur le risque de cancer du sein à court terme (moins de 4 ans). A plus long terme, on ne sait pas. En revanche, il est aujourd’hui indéniable que les THS qui utilisent des progestatifs synthétiques augmentent le risque de cancer du sein, d’après l’étude E3N mais également d’après la littérature scientifique prise dans son ensemble. 
 
Le THS en France
En France, le traitement hormonal substitutif associe un œstrogène naturel, le 17 bêta-estradiol à de la progestérone naturelle (progestérone micronisée) ou à un progestatif (molécule dérivée proche de la progestérone). Par « naturel(le) » on entend de structure identique à l’hormone sécrétée par les ovaires car toutes ces hormones sont en réalité fabriquées en laboratoire. Il serait plus juste de parler d’hormones bio-identiques.
On prescrit de la progestérone ou un de ses dérivés pour s’opposer aux risques de cancers de l’utérus qu’entraînent la prise régulière d’estrogènes. Elle n’est donc généralement pas prescrite chez les femmes qui ont subi une hystérectomie et qui n’ont plus d’utérus.
L’œstrogène se présente sous plusieurs formes : comprimé, gel, patch, aérosol nasal. La progestérone et ses dérivés sont donnés le plus souvent par voie orale.
Il existe également des associations estroprogestatives « prêtes à l’emploi » (estradiol + progestatif de synthèse), sous forme de comprimé sur le modèle des pilules contraceptives, soit sous forme de patch.
 

 

 
L’avis du spécialiste
 
Représentant pour l’Europe de l’American Academy of Anti-Aging Medecine,  le Dr Thierry Hertoghe est médecin expert dans le traitement des déficiences hormonales.
« En l’absence de contre-indications, le traitement hormonal que je préconise à mes patientes à la ménopause associe deux hormones bio-identiques :
- le 17 bêta-estradiol sous forme de gel (œstrogel par exemple) préférable aux comprimés et aux patchs
- la progestérone (Utrogestan) sous forme de capsules
Ce traitement est sûr et facilement
adaptable à chaque femme. »

Marques de progestérone naturelle micronisée

- Utrogestan
-
Estima
- P
rogestérone Biogaran
- P
rogestérone Merck
- P
rogestérone Teva
-
Evapause (génériques de Utrogestan)
-
Ménaelle

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Dossier
Les nouveaux traitements de l'arthrose
 
Souffrir ou prendre des médicaments potentiellement dangereux. Tel était le seul choix qui s’offrait jusqu’à une date récente aux arthrosiques. Plus maintenant. La recherche vient d’identifier des molécules naturelles, sûres et efficaces.
 
Jefferson Parker et Elvire Nérin
 
Un sur cinq : c’est la proportion de celles et ceux qui souffrent d’arthrose dans notre pays. Ce rhumatisme chronique apparaît chez les plus de 40 ans et se généralise après 65 ans. Contre lui, la médecine moderne aligne un arsenal impressionnant : corticoïdes dérivés de la cortisone, paracétamol, anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), et, depuis peu, les anti-COX-2. Tous ces médicaments ont deux inconvénients majeurs : d’une part, ils ne corrigent pas les facteurs à l’origine de l’arthrose : on a moins mal, mais le cartilage continue de se dégrader en silence. Et surtout, ils ont des effets indésirables qui peuvent être très graves comme le montre le triste exemple du Vioxx, retiré du marché le 30 septembre 2004 après avoir provoqué de nombreux décès.
 
Alors par quoi les épauler ou les remplacer ?
 
Depuis une dizaine d’années, les chercheurs ont accumulé les études extrêmement précises sur les effets potentiels de plusieurs substances naturelles. Mais il  manquait des études convaincantes sur leur efficacité chez l’homme. Dans ces études, des plantes ou les compléments alimentaires sont donnés à des patients. Leur efficacité est comparée selon le cas à une substance dénuée d’effet qu’on appelle placebo, ou même à un médicament. Ces études rigoureuses existent désormais, et elles sont positives. Enthousiasmée, la médecine américaine propose de plus en plus souvent un traitement naturel à celles et ceux qui souffrent d’arthrose. Les médecins savent que ces substances soulageront leurs patients et qu’elles amélioreront leur mobilité sans effets indésirables. ConsoSanté a décidé d’informer aussi les malades francophones de ces nouveaux traitements de l’arthrose.
 
L’arthrose, une maladie du cartilage
Bien qu’associée à l’âge, l’arthrose n’est pas une conséquence directe du vieillissement. C’est une maladie des articulations qui s’apparente à un vieillissement accéléré du cartilage, ce tissu élastique de couleur nacrée qui recouvre l’extrémités des os au niveau des articulations. Le cartilage permet un glissement parfait entre les os et absorbe les chocs. Grâce à lui, nous nous déplaçons, nous courons, nous sautons sans effort apparent et sans douleur.
C’est aussi un tissu vivant qui normalement, est en perpétuel renouvellement, même chez les personnes les plus âgées. Il se renouvelle tous les trois mois. La solidité du cartilage lui vient de ses fibres de collagène. Son élasticité lui est procurée par des molécules appelées protéoglycanes, sorte d’éponges qui en se gorgeant d’eau mettent sous tension les fibres de collagène. Des cellules spécialisées appelées chondrocytes (10 % du volume du cartilage) permettent au cartilage de se renouveler : elles détruisent et construisent la matrice en permanence.
   
Une maladie inflammatoire
 
On a longtemps pensé que l’arthrose, au contraire de l’arthrite rhumatoïde, n’était pas une maladie inflammatoire. Qu’il s’agissait d’une simple usure mécanique. En fait, la destruction progressive du cartilage est due à une inflammation chronique des cellules qui fabriquent le cartilage, les chondrocytes. L’inflammation est la réponse normale de l’organisme à une agression. Elle vise le plus souvent à éliminer un virus ou une bactérie en fabriquant une grande variété de substances qu’on appelle médiateurs de l’inflammation. Dans l’arthrose, l’inflammation ne vise à éliminer aucune bactérie, aucun virus. Elle est la conséquence accidentelle d’une surexcitation des cellules spécialisées du cartilage, les chondrocytes, en réaction à des facteurs héréditaires, à un traumatisme ou une pression excessive liée au surpoids.
Les chondrocytes produisent des molécules pro-inflammatoires appelées interleukines. La plus connue est l’interleukine-1 (IL-1). Ces interleukines favorisent une destruction du collagène et des protéoglycanes. Elles détruisent les chondrocytes, ou les affaiblissent, ce qui fait que le cartilage n’est pas remplacé, et qu’il est très mal réparé. Sa surface irrégulière gêne le mouvement. L’inflammation rend l’articulation douloureuse. Dans les formes sévères, le cartilage a disparu : le mouvement articulaire se fait os contre os. 
  Au début de l’arthrose, les chondrocytes tentent de fabriquer plus de matière pour compenser celle qui a été perdue. Mais c’est le plus souvent en vain et le cartilage continue de disparaître. Les tentatives désordonnées de réparation aboutissent à de petites excroissances osseuses qui déforment l’articulation : ce sont les ostéophytes, qu’on appelle « becs de perroquet ».
 
Une maladie qui détruit le cartilage
L’inflammation de l’arthrose a une conséquence dramatique pour l’articulation : elle fait disparaître le cartilage restant.
Lorsqu’il est en bonne santé, le chondrocyte dégrade par le biais d’enzymes, les grosses molécules du cartilage devenues inutiles ou trop usées et en fabrique de nouvelles. Problème : lorsqu’il est surexcité, comme c’est le cas dans l’arthrose, ces enzymes glouton qu’il génère, digèrent littéralement la matrice. Conséquence : le cartilage est sérieusement amoindri.
Que deviennent les chondrocytes surexcités ? Si la maladie se poursuit, ils finissent par dégénérer et mourir, en laissant des zones vides de toute cellule ce qui fragilise la matrice du cartilage et contribue à la détruire un peu plus avec chaque mouvement. [1]
Il est donc primordial d’agir au plus tôt sur ces processus de destruction pour préserver le cartilage restant.
 
Une maladie handicapante
La douleur de l’arthrose est une douleur d’effort, de mise en charge. Peu handicapante au début, elle n’apparaît que lors d’efforts importants et se réveille surtout en fin de journée. Elle disparaît avec le repos. Par la suite, les douleurs s’intensifient et surviennent chaque fois que l'articulation est sollicitée y compris de manière minime. Avec les années, l’articulation est douloureuse même au repos et pendant la nuit.
Autre problème lié à l’arthrose : la perte de mobilité. Au début, il existe un simple dérouillage matinal douloureux qui n'excède pas quinze minutes. Le raidissement est discret et limité à un seul secteur du mouvement articulaire. Au fur et à mesure que l’arthrose progresse, le raidissement s’étend à l’ensemble de l’articulation et l’amplitude du mouvement est limitée.
 
 
Les limites des traitements classiques
 
Pour traiter l’arthrose, le corps médical prescrit des antalgiques comme le paracétamol, qui agissent sur la douleur, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’aspirine et les anti-COX-2 ou « coxibs », des molécules d’apparition récente. Ces traitements soulagent les patients mais ils ont peu d’effet sur l’évolution de la maladie. Ils ont aussi des effets secondaires potentiellement sérieux.
Le paracétamol, lorsqu’il est pris régulièrement sur de longues périodes, est soupçonné d’abîmer les reins. C’est aussi le cas de l’aspirine. [2] L’aspirine peut occasionner des lésions importantes à l’estomac et à l’oesophage.
Introduits plus récemment, les « coxibs » ont été formulés pour ne pas causer de lésions à la muqueuse digestive, mais des études ont montré que leurs utilisateurs courent un risque plus élevé d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral. [3] Ces nouveaux médicaments pourraient, eux aussi, endommager les reins à long terme. [4]
D’où l’intérêt de proposer aux personnes qui souffrent de rhumatismes des alternatives non toxiques.


[1] Ignon E : Aspects actuels de la chondroprotection. Focus on Rheumatology 1995, 2 : 28-35.
[2] Fored CM : Acetaminophen, aspirin, and chronic renal failure. N Engl J Med. 2001, 20;345(25):1801-1808.
[3] Whelton A. Renal and related cardiovascular effects of conventional and COX-
2-specific NSAIDs and non-NSAID analgesics. Am J Ther 2000, 7:63-74.
[4] Appel GB. COX-2 inhibitors and the kidney. Clin Exp Rheumatol. 2001;19:S37-
S40.


Traiter naturellement l'arthrose

Plantes, compléments alimentaires… voici une revue de détail des traitements naturels de l’arthrose qui ont fait leurs preuves.
  
 
Contre la douleur : l’harpagophytum
 
Cette plante extraordinaire est récoltée dans les déserts sablonneux d’Afrique du Sud et de Namibie. Les racines de la plante sont utilisées pour fabriquer des gélules qui renferment les principaux principes actifs : harpagoside, harpagide, procumboside, procumbide, des substances anti-inflammatoires et anti-douleur.
Pour un rhumatisant, des cures de cette plante apportent un soulagement rapide et spectaculaire. Beaucoup ne peuvent plus s'en passer.
Une étude publiée en 2003 montre une forte réduction de la douleur et des symptômes de l’arthrose chez 75 patients traités avec de l’harpagophytum. La douleur régresse de 25 à 45 % alors que la mobilité augmente d’autant. [1]
L'harpagophytum est aussi efficace que des médicaments chimiques pour calmer les inflammations et les douleurs de l’arthrose.
Une étude française très récente a été conduite sur 122 personnes souffrant d'arthrose de la hanche et du genou. Pendant 4 mois, une partie des volontaires a pris 435 mg d'harpagophytum par jour pendant que l'autre prenait un médicament anti-inflammatoire appelé diacerhéine. Les douleurs ont diminué de la même manière dans les deux groupes. Les patients du groupe harpagophytum utilisaient moins de médicaments anti-douleur à la fin de l'étude. Ils souffraient également moins de diarrhées que ceux qui suivaient le traitement anti-inflammatoire chimique (26 %). [2]
Une autre étude de 2003 a comparé chez 44 personnes l’efficacité de l’harpagophytum à celle d’un anti-inflammatoire chimique de dernière génération, le rofecoxib. Les patients pouvaient continuer à suivre en parallèle leur traitement habituel ou l’interrompre s’ils allaient mieux. Six semaines après le début de l’étude, 10 patients avaient pu, grâce à l’harpagophytum, suspendre pendant plus de 5 jours leur traitement habituel. Ils n’étaient que 5 parmi ceux soignés avec le rofecoxib. Pour les autres, la réduction de la douleur était similaire dans les deux groupes, mais le nombre d’effets indésirables deux fois plus élevé chez les personnes qui prenaient le rofecoxib. [3]
 
Le gingembre,
un anti-inflammatoire
de premier plan
 
La médecine ayurvédique décrit le gingembre (Zingiber officinale) comme la plante de référence pour combattre les inflammations de toutes natures. Des recherches très récentes ont confirmé le caractère fortement anti-inflammatoire des composés du gingembre (lire encadré). En fait, le gingembre apparaît aujourd’hui aussi puissant que des médicaments de dernière génération. [4]
C’est en s’appuyant sur son usage ancestral que des chercheurs ont eu l’idée en 1992 de tester de la poudre de gingembre dans l’arthrose. Après 3 mois d’utilisation, les trois-quarts des patients ont vu leur état s’améliorer. Certains ont poursuivi le traitement à base de gingembre pendant plus de deux ans et demi sans aucun effet indésirable notable. [5]
 
Une étude clinique remarquable a été récemment publiée dans le journal médical de référence Arthritis and Rheumatism. Les scientifiques ont donné pendant 6 semaines à des personnes souffrant d’arthrose du genou, soit du gingembre soit un placebo. Les participants pouvaient prendre un médicament chimique si les douleurs étaient trop fortes. L’étude a été conduite sans que ni les médecins qui dirigeaient l’étude, ni les patients qui y participaient, ne savaient qui prenait le gingembre et qui prenait la pilule dénuée d’effet. En science, ces études sont dites « contrôlées, en double aveugle » et ce sont celles dont les résultats sont les plus fiables.  
 
 

Claire Sassus, 38 ans est ingénieur à Montpellier (Hérault). Elle a toujours fait beaucoup de sport : tennis, natation, volley-ball jusqu’au jour où des problèmes de dos sont apparus.

« Grâce à l’harpagophytum, je ne prends plus d’anti-inflammatoire »

« Depuis l’âge de 18 ans, dit-elle, je souffre d’arthrose lombaire qui se traduit par des lumbagos à répétition. Mon médecin m’a prescrit des anti-inflammatoires. Comme au début les crises ne duraient que quelques jours, ce traitement me soulageait. Un jour, la douleur s’est prolongée, si bien que j’ai dû prendre des anti-inflammatoires plus longtemps que d’habitude et cela m’a provoqué des maux d’estomac et de la diarrhée. Une amie m’a alors parlé de l’harpagophytum. J’ai essayé et ça a marché ! J’ai même été très surprise de la rapidité d’action et surtout de l’efficacité. Quand j’ai une crise, je prends 2 gélules et 2 heures après je suis soulagée. C’estremarquable ! Et côté estomac et intestins, aucun trouble même si je prends les gélules entre les repas. Grâce à l’harpagophytum, je ne prends plus d’anti-inflammatoires. »

Les chercheurs ont constaté à l’issue de l’étude que les personnes ayant pris le gingembre, mais pas celles qui avaient pris le placebo, se déplaçaient avec plus de facilité, que leur douleur était moins forte et leur articulation moins raide, signe que leur arthrose était grandement améliorée par le gingembre. [6]

Ralentir la maladie avec
les acides gras oméga-3
 
Les oméga-3 sont une famille d’acides gras (constituants des graisses) que l’on trouve dans les légumes à feuilles vertes, les noix, les poissons gras (anchois, hareng, maquereau, sardine, saumon), les graines de lin, les huiles de colza, de noix et de lin.

Une fois absorbés, ces acides gras donnent naissance à des substances qui ont des propriétés anti-inflammatoires.
Depuis 1998, le Dr Bruce Caterson de l’université de Cardiff (Pays de Galles) et son équipe se passionnent pour les bénéfices potentiels des suppléments d’oméga-3 sur l’arthrose. Après plusieurs expériences menées en laboratoire sur des tissus de cartilage arthrosique qui se sont avérées étonnamment concluantes, ces chercheurs viennent de publier les résultats de leur première étude chez l’homme. Et ils sont encourageants. 31 personnes souffrant d’arthrose et en attente d’une opération chirurgicale pour la pose d’une prothèse totale du genou ont participé à cette étude. La moitié des participants a pris 2 fois par jour pendant 10 à 12 semaines avant l’opération, 2 capsules contenant 1 g d’huile de foie de morue enrichie en acides gras oméga-3. L’autre moitié a pris un placebo. Après l’opération, les cartilages récupérés ont été analysés. Résultat : dans 86 % des cas du groupe oméga-3, plus aucune trace (ou très peu) des fameuses enzymes glouton qui détruisent le cartilage contre 26 % dans le groupe placebo. D’après le professeur Bruce Caterson qui a mené l’étude, « concrètement cela signifie qu’une supplémentation en acides gras oméga-3 peut ralentir voire stopper l’usure du cartilage et réduire l’inflammation ainsi que la douleur qui accompagne l’arthrose. »
 
Pour réparer le cartilage : glucosamine et chondroïtine
 
Nous avons vu que des « molécules-éponge », les protéoglycanes, sont indispensables à la bonne santé du cartilage car elles assurent la souplesse et l’élasticité de ce tissus. Sans elles, le cartilage est incapable d’absorber les chocs, il craque, se fissure et peut s’user complètement.
Pour que les cellules de nos articulations puissent fabriquer des protéoglycanes, elles ont besoin de deux substances : la glucosamine et la chondroïtine. Normalement, les chondrocytes les synthétisent à partir du glucose des aliments au terme de plusieurs réactions biochimiques. Mais dans l’arthrose, les chondrocytes, même bien alimentés en glucose ne parviennent plus à accomplir correctement leur tâche. Les chercheurs ont découvert qu’on obtenait de bien meilleurs résultats en apportant directement aux chondrocytes la glucosamine et la chondroïtine préformées, sous la forme de suppléments par voie orale. Ces substances réussissent à stimuler la production de protéoglycanes et à normaliser le métabolisme du cartilage. Non seulement ce dernier ne dégénère plus, mais dans un grand nombre de cas, du cartilage neuf est reconstruit.
Depuis plus de 20 ans, l’ensemble des études a conclu à l’efficacité des suppléments de glucosamine pour soulager les douleurs en cas d’arthrose mineure ou modérée.  
 
Cette amélioration apparaît dans un délai de 2 à 8 semaines et persiste plusieurs semaines après l’arrêt de traitement. Ceci est dû aux effets anti-inflammatoires de la glucosamine.  
Par ailleurs, et c’est là tout son intérêt par rapport aux traitements anti-inflammatoires, la glucosamine permet à long terme de stabiliser le processus de destruction du cartilage. Récemment, deux études cliniques menées sur des personnes souffrant d’arthrose du genou ont montré que la prise quotidienne de 1 500 mg de sulfate de glucosamine pendant 3 ans permet de bloquer la progression de la maladie.[7] [8] Aucun effet secondaire significatif n’a été rapporté.
 
Et La chondroïtine ? Même si le dossier scientifique de la chondroïtine n’est pas aussi étoffé que celui de la glucosamine, les études cliniques dont on dispose prouvent son efficacité. Comme la glucosamine, la chondroïtine ne fait pas que soulager les symptômes. Elle peut contribuer à stopper ou ralentir la progression de la maladie. Ceci vient d’être à nouveau confirmé par une étude contrôlée en double aveugle. Les 120 participants de l’étude souffraient d’arthrose du genou. Le traitement étudié par comparaison à un placebo consistait à prendre 800 mg de sulfate de chondroïtine par jour pendant 3 mois, traitement qui a été renouvelé une fois dans l’année. Au bout d’un an, les personnes effectivement souffraient moins et les radiographies montraient que les lésions du cartilage avaient peu évolué. Comme pour la glucosamine, l’effet positif de la chondroïtine se prolonge après l’arrêt du traitement. [9]
Des scientifiques ont montré que glucosamine et chondroïtine peuvent agir en synergie pour une plus grande efficacité, une piste prometteuse à confirmer.

[1] Wegener T : Treatment of patients with arthrosis of hip or knee with an aqueous extract of Devil's Claw (Harpagophytum procumbens DC.). Phytother Res 2003, 17(10):1165-1172.
[2] Leblan D : Harpagophytum procumbens in the treatment of knee and hip osteoarthritis. Four-month results of a prospective, multicenter, double-blind trial versus diacerhein. Joint Bone Spine. 2000, 67(5):462-427.
[3] Chrubasik S : A randomized double-blind pilot study comparing Doloteffin and Vioxx in the treatment of low back pain. Rheumatology (Oxford). 2003, 42(1):141-148.
[4] Kiuchi F : Inhibition of prostaglandin and leukotriene biosynthesis by gingerols and diarylheptanoids. Chem Pharm Bull 1992, 40(2):387-391.
[5] Srivastava KC : Ginger (Zingiber officinale) in rheumatism and musculoskeletal disorders. Med Hypotheses. 1992, 39(4):342-348.
[6] Altman RD : Effects of a ginger extract on knee pain in patients
with osteoarthritis. Arthritis Rheum 2001, 44(11):2531-2538. 
[7] Reginster JY, Deroisy R, Rovati LC, Lee RL, Lejeune E, Bruyere O, Giacovelli G, Henrotin Y, Dacre JE, Gossett C. Long-term effects of glucosamine sulphate on osteoarthritis progression: a randomised, placebo-controlled clinical trial.Lancet 2001 Jan 27;357(9252):251-6.
[8] Pavelka K, Gatterova J, Olejarova M, Machacek S, Giacovelli G, Rovati LC. Glucosamine sulfate use and delay of progression of knee osteoarthritis: a 3-year, randomized, placebo-controlled, double-blind study.Arch Intern Med 2002 Oct 14;162(18):2113-23.
[9] Uebelhart D : Intermittent treatment of knee osteoarthritis with oral chondroitin sulfate : a one-year, randomized, double-blind, multicenter study versus placebo. Osteoarthritis Cartilage. 2004 Apr;12(4):269-76.

En pratique
 
Quelle substance pour quelle action et à quelle dose ? En jouant sur les associations, vous pouvez agir sur toutes les problématiques de l'arthrose : soulager la douleur, calmer l'inflammation, régénérer le cartilage. 
 
Substance naturelle 
Action
Posologie
Précaution 
Remarque
Harpagophytum

Anti-inflammatoire et anti-douleur
Tout dépend s’il s’agit d’extrait ou de poudre totale. Suivre la posologie recommandée par le fabricant
Demander l’avis de votre médecin en cas de diabète, maladies cardiovasculaires, hypertension artérielle
La racine sèche d’harpagophytum contient 0,5 à 3 % de substances actives, les iridoïdes dont la grande fragilité impose les plus grandes précautions au moment de la récolte et de la transformation. Tous les harpagophytums du commerce n’ont pas la même valeur
Glucosamine

Reconstruit le cartilage lésé et restaure la fonction articulaire
Traitement d’attaque : 1,5 à 2 g par jour au moment des repas pendant 3 mois puis 1 g par jour à prendre en continu. L’amélioration apparaît dans un délai de 2 à 8 semaines
 
Attention en cas de diabète de type II (la glucosamine peut augmenter la résistance à l’insuline) et en cas d’allergies aux crustacés (la glucosamine étant extraite de carapaces de crustacés)
 
Plusieurs formes de glucosamine sont vendues. Le sulfate de glucosamine doit être privilégié, la plupart des études scientifiques ayant été menées avec cette forme de la molécule
Chondroïtine

Régénère le cartilage et diminue la douleur
800 à 1 200 mg par jour au long cours. L’amélioration apparaît dans un délai de 2 à 8 semaines
Le sulfate de chondroïtine pourrait fluidifier le sang. Prudence chez les personnes qui ont tendance à saigner ou suivent un traitement anti-coagulant
Le sulfate de chondroïtine peut être extrait de cartilage de bovins ou de poissons
 
Gingembre

Anti-inflammatoire, anti-douleur
1 g de poudre de gingembre séché 3 fois par jour
Aucune
On peut consommer du gingembre frais (1 g de gingembre séché en poudre équivaut à environ 10 g de gingembre) frais)
Acides gras oméga-3

Anti-inflammatoires, anti-douleur, ils ralentissent la progression de l’arthrose
au minimum 1 g d’oméga-3 (EPA + DHA) par jour
les oméga-3 fluidifient le sang par conséquent prudence chez les personnes qui ont tendance à saigner ou suivent un traitement anticoagulant
Même si le dossier scientifique des oméga-3 n’est pas encore très étoffé pour l’arthrose, l’origine inflammatoire de cette maladie nous amène à conseiller fortement une supplémentation
 

Critères de classification :
Tous les compléments alimentaires et les traitements de phytothérapie cités dans onsosanté ont fait l'objet d'une revue de la littérature scientifique. Ces traitements sont validés en fonction du nombre et de la qualité des données cliniques publiées, les données les plus fiables étant celles des essais contrôlés en double aveugle. Ce travail nous permet de classer les traitements en trois catégories :
Efficacité certaine :
Efficacité probable :
Efficacité possible :

 
  • Harpagophytum : Harpadol  (Ph)
  • Gingembre : Arkogélules gingembre (Ph)
  • Glucosamine : Chondroaid (Ph)
  • Chondroïtine : Chondrosulf, Structum (remboursés à 35 %) (Ph)
  • Oméga-3 : Mixalpha-3 (Ph), Oenobiol stress (Ph, PPh), OM3 (Ph), Solgar EPA/GLA (VPC)
  • Produits combinés
  • Artrobiol (Ph)
Points de vente Ph : pharmacie, PPh : parapharmacie, VPC : vente par correspondance
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Un chercheur a testé...
La vitamine E
 
Pierre Boutron, chercheur au CNRS à Grenoble (France) est parti en lutte contre le vieillissement. Après une analyse extensive de la littérature scientifique, il a élaboré un programme qui le conduit à prendre chaque jour des molécules naturelles ou de synthèse supposées freiner le processus de vieillissement. En exclusivité pour ConsoSanté, ce mois-ci, il nous parle de la vitamine E.
 

Pourquoi je prends de la vitamine E

Je prends de la vitamine E parce qu’on pense qu’elle freine le vieillissement et de ce fait doit prolonger la vie. La vitamine E est un antioxydant. Un des mécanismes du vieillissement est l’attaque de l’organisme par ce qu’on appelle les radicaux libres oxydants, projectiles qui apparaissent au hasard, spontanément, lors des multiples réactions chimiques qui ont lieu dans l’organisme, en particulier la combustion des sucres pour fournir de l’énergie. Ces projectiles oxydent les protéines et les graisses et peuvent causer des erreurs dans l’ADN. Les antioxydants contribuent à freiner le vieillissement en interceptant une partie des projectiles. La vitamine E a beaucoup d’affinité pour les graisses mais elle est insoluble dans l’eau. Elle protège donc surtout les graisses contre l’oxydation. Le terme de vitamine E recouvre huit composés : quatre tocophérols (alpha, bêta, gamma et delta) et quatre tocotriénols (alpha, bêta, gamma et delta). L’alpha-tocophérol est le composé le plus connu. Il existe sous la forme de deux isomères optiques, le d- et le l-alpha tocophérol, qui font tourner respectivement à droite et à gauche la lumière polarisée.

Les preuves dont on dispose aujourd’hui

Chez les souris et les rats, on a effectivement observé une augmentation de la durée de vie par la vitamine E. L’américain Denham Harman prolongea la vie de souris de 7 % (1). Mais il s’agissait de souris déficientes développant spontanément des maladies auto-immunes. Les expériences de Porta (2) avec 376 rats Wistar furent plus intéressantes. Une supplémentation en dl-alpha-tocophérol (contenant 50 % de d- et 50 % de l-tocophérol) a pu augmenter de 9 % la durée de vie moyenne de rats normaux. Ce pourcentage correspondrait pour l’homme à 7 années de vie supplémentaires, ce qui est considérable. Les doses données aux rats correspondraient pour l’homme à 1,2 g/jour, ce qui est énorme. À ces doses, on pourrait craindre des effets secondaires.

Mais des études ont aussi été faites sur l’homme lui-même, avec des doses moins fortes. James Enstrom et Linus Pauling étudièrent sur six ans la mortalité d’un groupe de 479 Californiens âgés (3). La mortalité était environ deux fois plus faible chez ceux qui prenaient des suppléments de vitamine E dosés de 100 à 500 mg de dl-alpha-tocophérol par jour. En revanche, ceux qui prenaient 1 000 mg par jour avaient une mortalité comparable à ceux qui ne prenaient pas de suppléments. Cette dernière dose doit donc être trop élevée, bien qu’elle soit comparable à celle donnée aux rats.
Pourtant, d’après les auteurs du livre Le programme de longue vie et les études qu’ils citent, la vitamine E est sans danger, même à des doses élevées (4). Dans plusieurs études, des mégadoses n’ont pas provoqué d’effets secondaires. Des recherches anciennes avaient montré des corrélations entre la prise de ces mégadoses et de la fatigue, des taux élevés de créatinine dans les urines et une baisse des taux d’hormones thyroïdiennes. De tels effets n’ont pas pu être confirmés par des études plus systématiques. En tout cas, puisque 1 000 mg de d-alpha-tocophérol par jour n’accroissent plus la longévité, cela signifie certainement que de telles doses sont trop fortes et que des effets secondaires doivent contrebalancer les effets bénéfiques.
 
En culture, des cellules animales normales ne se divisent qu’un nombre limité de fois, puis meurent. On pense que cette limite est due au vieillissement des cellules. Hayflick observa une limite de 50 doublements avec des cellules embryonnaires humaines. Lester Packer et James Smith obtinrent 35 doublements de plus en ajoutant de la vitamine E au milieu de culture (0,1 g/litre de dl-alpha-tocophérol) (5). Une valeur aussi considérable n’a été observée avec aucun autre antioxydant.
 
Doses limites
de sécurité (adultes) :
France : 40 mg/j en plus de l’apport alimentaire.
Union européenne : non établie.
Etats-Unis : 1 000 mg/j alimentation comprise (soit 988 mg/j en plus de l’apport alimentaire).
 
On pense que la vitamine E a une action préventive contre le cancer, ce qui est logique, car l’apparition d’erreurs sur l’ADN favorise celle du cancer. L’alpha- tocophérol ne semble pas protéger le cœur, le gamma-tocophérol oui. Sa concentration dans le sang est inversement corrélée à la fréquence des maladies cardio-vasculaires. Les tocotriénols diminuent la production de cholestérol.
 
Le produit que je prends
 
La vitamine E synthétique contient 50 % d’isomère d et 50 % d’isomère l de l’alpha-tocophérol : c’est ce qu’on appelle le mélange racémique. La vitamine E naturelle ne contient que l’isomère d. Nous avons vu ci-dessus que le mélange racémique est lui-même favorable à la longévité. Mais on peut penser que l’isomère d convient mieux à l’organisme, qui y est habitué. On peut trouver la vitamine E naturelle dans les magasins de diététique. Je prends du Bakanasan E 200, dosé à 200 UI de vitamine E ce qui correspond à 135 mg de d-alpha-tocophérol par gélule. Cela ne veut bien sûr pas dire que seule cette marque convient. Je prends aussi un produit contenant les autres tocophérols. Mais on ne peut les trouver que par correspondance. J’ai fait venir ce produit par Smart City au Luxembourg.
Je prends de l’alpha-tocophérol depuis 1975, et des autres tocophérols depuis moins d’un an.
 
À quel moment je prends de la vitamine E
 
Je ne prends pas de la vitamine E toutes les semaines. Je fais parfois des arrêts pour limiter les risques d’effets secondaires et d’accoutumance. Au maximum, je prends les 135 mg de d-alpha-tocophérol deux fois par semaine, en général le mercredi et le samedi matin. Cela correspond en moyenne à 135x2/7=38 mg/jour. Je prends la capsule avec les autres tocophérols une fois par semaine, en général le lundi matin.
 
 
 
Notre sélection 
  • Gamma E + tocotriénols
    (mélange de tous les tocophérols et de tous les tocotriénols) (vente par correspondance www.supersmart.com)

 
 
Apports nutritionnels conseillés en France (mg/jour)
 
Nourrissons
4
Enfants
6 à 11
Adolescents
12
Adultes de sexe
masculin et féminin
12
 
 
 
Références.
 
1. D.Harman. Free radical theory of aging : beneficial effect of antioxidants on the life span of male NZB mice ; role of free radical reactions in the deterioration of the immune system with age and in the pathogenesis of systemic lupus erythematosus. Age, Vol. 3, 1980, p. 64-73.
2. E.A.Porta, N.S.Joung and R.T.Nitta : Effects of the type of dietary fat at two levels of vitamin E in Wistar male rats during development and aging. I. Life span, serum biochemical parameters and pathological changes. Mechanisms of ageing and development, Vol. 13, 1980, p. 1-39.
3. James E. Enstrom and Linus Pauling  : Mortality among health-conscious elderly Californians. Proc.Nat.Acad.Sci., Vol. 79, 1982, p. 6023-6027.
4. Curtay J.-P., Souccar T. : Le programme de longue vie, Seuil, 1999.
5. Lester Packer and James R. Smith : Extension of the lifespan of cultured normal human diploid cells by vitamin E. Proceedings of the National Academy of Sciences, Vol. 71, 1974, p. 4763-4767.

 

 

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Esthétique
Combler les rides : l’acide hyaluronique reste au top !
 
Vos rides vous minent le moral ? Vous n’avez que l’embarras du choix pour y remédier : Botox, collagène, implants temporaires ou permanent…Comment choisir la bonne technique dans cette jungle de solutions anti-rides ? ConsoSanté a mené l’enquête pour vous en demandant conseil au docteur Marie-Thérèse Bousquet, médecin esthétique à Paris. Sa solution préférée : l’acide hyaluronique.
 
Aline Périault
 
 
Avec l’âge, la peau perd de son élasticité, elle se relâche et s’affaisse provoquant l’apparition du pire ennemi de toute jeune quadragénaire : la ride.  Un sillon, un creux, une dépression qui parcours notre visage. Pour l’effacer - dans le jargon on dit repulper - il n’y a pas de recette miracle : il faut combler cette ride que vous ne sauriez voir. C’est à dire injecter sous la peau un produit qui crée du volume et estompe ce pli disgracieux.
Le choix du Dr Bousquet : l’acide hyaluronique. Derrière ce nom un peu barbare se cache un produit naturellement fabriqué par notre corps qui sert à combler les espaces situés dans le tissu conjonctif. Ce gel vitreux et transparent permet de transporter les nutriments depuis le sang vers les cellules de la peau. Pour le plus grand bonheur des adeptes de l’éternelle jeunesse, il est aussi un produit de choix pour combler les tranchées creusées par les ans.
 
L’acide hyaluronique en pratique
 
Vous avez décidé de passer à l’action ? Prenez rendez-vous avec votre médecin esthétique pour établir un diagnostic. Lors de cette première rencontre le praticien va vous examiner afin de déterminer le nombre d’injections dont vous avez besoin et vous proposer un devis. La loi l’oblige à vous faire signer un consentement éclairé qui précise le but et le déroulement de l’intervention, ainsi que les risques et complications éventuels. Après un délai de réflexion de 15 jours, vous pourrez recevoir votre première injection d’acide hyaluronique.
 
« La séance dure environ 45 minutes, explique le Dr Bousquet. L’injection elle-même est douloureuse et nécessite parfois l’application d’une crème anesthésiante ». Mais les effets secondaire sont très légers : sitôt franchie la porte du cabinet médical, vous pourrez reprendre votre train-train quotidien avec au mieux une légère réaction inflammatoire locale qui disparaîtra dans les 48 heures. « J’ai même des patientes qui viennent faire leurs injections à la pause déjeuner et repartent l’après-midi au bureau, souligne le médecin. Mais je leur déconseille tout de même de venir juste avant un dîner en amoureux, ne serait-ce que pour éviter de faire une fixation sur ces rougeurs disgracieuses ».
Quelques consignes de sécurité tout de même : évitez l’aspirine, les vitamines A et C et les veinotoniques. Ces produits fluidifient le sang et augmentent le risque d’œdème. Faites l’impasse sur la séance de bronzage ou les U.V. pour éviter d’irriter la peau déjà sensibilisée par l’intervention.   
 
 
Remodeler le visage à l’acide hyaluronique
 
Vos joues vous semblent trop creuses ? Vos pommettes affaissées ? Votre fossette au menton vous lasse ? L’acide hyaluronique permet également de redessiner votre visage. « Ce sont des produits beaucoup plus denses qui sont constitués de molécules beaucoup plus grosses, explique le Dr Bosquet. Ils sont utilisés pour effectuer ce que les médecins appellent le comblement volumétrique de la face ». Cette technique permet de retravailler tout le volume du visage, « mais la grosseur des molécules ne permet pas d’injecter ces acides hyaluronique avec une seringue normale », prévient le médecin. Il faut donc faire de légères incisions dans la peau. Et qui dit bistouri dit anesthésie locale et rougeurs post-opératoires. A pratiquer uniquement en lieu sûr !  

AVANT

 APRES

 

Les implants non résorbables 
Il existe deux grandes familles de produits : les résorbables comme l’acide hyaluronique et les non résorbables. « Ces derniers demandent une très grande prudence avant d’être employés », met en garde Marie-Thérèse Bousquet. Leur nature même rend leur utilisation délicate : non résorbable indique que le produit injecté reste sous la peau définitivement. « Et les éventuelles complications liées à l’utilisation de ces produits peuvent elles aussi être définitives », souligne le médecin. Pour elle, la sûreté d’utilisation des implants non résorbables n’est pas optimale et  il faudra attendre encore quelques années avant d’en connaître tous les effets indésirables. « Le but de la médecine esthétique est avant tout de se faire plaisir, souligne-t-elle. Cela reste une médecine de confort et je crois qu’il n’est pas nécessaire de risquer des complications d’ordre médical. »

Un résultat durable 

Si les rides sont légères, une seule injection suffit à les combler. « Pour des sillons plus profonds ou des rides nombreuses, comptez au moins deux injections pour arriver à un résultat optimal et durable », conseille le Dr Bousquet. Un effet qui dure ? « Au moins 9 mois et parfois jusqu’à un an avec les dernières générations d’acide hyaluronique qui sont beaucoup plus stables. Mais cela dépend beaucoup de la nature de votre peau. »

 
 

 
AVANT
 

 
APRES
 
 
 
 
Quel âge pour votre baptême de l’acide hyaluronique ? « Là- aussi tout dépend de la nature de votre peau. » Certaines rides comme le sillon nasogénien, qui descend des ailes du nez vers le coin de la bouche, peuvent apparaître très tôt. « Mes patients les plus jeunes viennent dès 30 ans avec des rides encore peu marquées. On peut faire de la prévention à ce moment-là : on traite les rides avant qu’elles ne soient vraiment installées. », explique Marie-Thérèse Bousquet.
L’acide hyaluronique ne permet cependant pas de traiter toutes les rides. Il est idéal pour combler les « rides du lion », barres verticales qui apparaissent entre les sourcils et les sillons nasogéniens. Mais « il vaut mieux éviter de l’utiliser sur des rides légères comme celles de la patte d’oie pour laquelle on préférera le peeling ou le laser ».
Côté prix, comptez environ 400 euros par an pour traiter une seule ride. Pour plusieurs rides très marquées envisagez un budget annuel d’environ 1000 euros pour le traitement puis l’entretien.
 
 
 

 

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Enquête
Les super-centenaires du XXe siècle
 

Depuis 40 ans, ils nourrissent les rêves de longévité des occidentaux. Ce sont les super-centenaires mythiques des vallées reculées de Caucase, du Pakistan ou des Andes. Enquête sur des êtres hors du commun très controversés…

Thierry Souccar

 
Dans les années 1960, trois régions isolées du monde, les montagnes Karakoram, le Caucase et le Nord des Andes, sont apparues comme des sortes de paradis sur Terre où les super centenaires étaient légion. Dans un article du National Geographic datant de 1973, le Dr Alexander Leaf (université de Harvard, Boston, Massachusetts) détaille ses voyages dans ces contrées aux centenaires mythiques : Hunza au Pakistan, l’Abkhazie dans l’ex-URSS et Vilcabamba en Équateur. Selon le Dr Leaf, il y avait 10 fois plus de centenaires dans ces régions que dans les pays occidentaux ! Et fait plus extraordinaire encore : cette longévité exceptionnelle prenait racine dans des territoires caractérisés par « des conditions sanitaires insuffisantes, une mortalité infantile importante et un manque total de soins médicaux modernes » (1). De quoi intriguer le moins curieux des scientifiques…
 
A la découverte des
super-centenaires
 
 
La vallée de Hunza
 
Au Nord du Pakistan, en bordure de la région autonome de Xinxiang rattachée à la Chine, se dessine la vallée de Hunza. La longévité de ses habitants a été mentionnée pour la première fois en 1921 par le Dr Robert McCarrison, un médecin écossais. Selon McCarrison, la plupart des hommes de Hunza vivaient entre 120 et 140 ans (2). L’explorateur Lowell Thomas, rendant visite au peuple de Hunza en 1957 a également noté leur longévité exceptionnelle. En 1958, Allen Banik, un ophtalmologue américain, confirme l’extraordinaire longévité et la remarquable santé des habitants de cette région. Dans son livre Hunza Land,  il écrit : « je n’ai pas mis longtemps à découvrir que tout ce que j’avais lu sur la vie éternelle et la santé de cette contrée minuscule était vrai. […] J’ai examiné les yeux de certains habitants les plus âgés de Hunza et je les ai trouvé parfaits » (3). En 1964, deux cardiologues américains, Paul White et Edward Toomey, réalisent un certain nombre de tests sur des habitants particulièrement âgés. Ils relèvent des taux de cholestérol normaux voire bas et notent l’absence d’hypertension (4). Les habitants de la vallée rapportent aux scientifiques leurs habitudes alimentaires et en particulier la consommation de grandes quantités de fruits et de légumes, avec un goût prononcé pour les abricots, noyaux compris. Leur principale source de lipides provenant ainsi de l’huile de graines d’abricots.

Les Occidentaux ne tardent pas à s’emparer de cette recette de jouvence. Le régime basé sur la consommation d’abricots constitue ainsi le fondement d’une théorie développée dans les années 1970 par le biochimiste Ernst T. Krebs Sr et son fils Ernst T. Krebs Jr : « la théorie anticancéreuse des noyaux d’abricots ». Selon les Krebs père et fils, le noyau d’abricot contient un composé anti-cancer qu’ils baptisent laétrile ou vitamine B17, plus connu aujourd’hui sous le nom d’amygdaline. L’acteur Steve McQueen, souffrant d’un cancer des poumons, a essayé alors de combattre sa maladie avec un programme thérapeutique qui incluait ce médicament controversé.

Aux confins des montagnes du Caucase

 
L’Abkhazie, une ancienne république de l’Union Soviétique, s’étend des rives orientales de la Mer Noire aux crêtes de la principale chaîne du Causase. Les Abkhazes sont réputés depuis longtemps pour leur espérance de vie. Un programme d’étude soviétique sur la longévité révèle dès 1961 leur santé et leur espérance de vie exceptionnelles. En 1971, l’anthropologue polonais Sula Benet mentionne la longévité des Abkhazes dans un article du New York Times devenu célèbre (5). Deux livres suivent la parution de l’article : des best-sellers (6) (7). Dans son premier ouvrage, Sula Benet raconte qu’elle a bu du vin et discuté avec un homme dans un petit village. Lui donnant à peu près 70 ans, elle lève son verre et propose un toast à sa longue vie. « Puissiez-vous vivre aussi longtemps que Moses » s’exclame-t-elle.
 
La longévité comme argument économique
Lorsque le Dr Leaf est retourné à Vilcabamba après son premier rapport anecdotique dans le National Geographic, il a découvert que cet article avait apporté une notoriété à ce lieu qui était devenu très touristique. Il était même considéré comme le sauveur économique de la région par le gouverneur local. Et en 1978, en dépit des soupçons qui commençaient à peser sur tous les centenaires « exotiques », des investisseurs japonais négociaient avec les autorités locales la construction d’un hôtel tandis qu’un entrepreneur américain planifiait la mise en vente de bouteilles d’eau venant de la rivière de Vilcabamba. Aujourd’hui encore, le site de l’office du tourisme de Vilcabamba décrit cette région comme « la Vallée de la Longévité », « où les années sont ajoutées à votre vie et où de la vie est ajoutée à vos années ».


Moses a en effet vécu jusqu’à 120 ans. L’homme avoue alors à une Benet ébahie qu’il en a déjà 119 ! 
D’autres faits similaires ont été rapportés dans les années 1960 et 1970 dans les républiques voisines de l’Abkhazie : l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie. Pendant la période soviétique, l’Azerbaidjanais Shirali Muslimov est ainsi devenu officiellement le doyen de l’humanité. En 1964, le gouvernement lui a fêté son 156e anniversaire en grande pompe : les membres officiels du gouvernement étaient présents et un documentaire a été tourné. En 1966, sa photo paraît dans le magazine Life alors qu’il est supposé avoir 161 ans. Shirali meurt finalement le 4 septembre 1973 à l’âge de 168 ans. Selon l’agence soviétique Tass qui promouvait son record de longévité depuis 10 ans, Shirali attribuait sa longévité à une vie active et à un dur labeur.

La pointe méridionale de l’Équateur
 
Le village andin de Vilcabamba dans le Sud de l’Équateur bénéficie d’une espérance de vie extraordinaire selon un rapport gouvernemental publié en 1971 qui révèle un fort taux de centenaires. Dans cette région, c’est une tradition : les habitants revendiquent tous une espérance de vie supérieure à 120 ans. En visitant pour la première fois Vilcabamba, le Dr Leaf a été convaincu que cette réputation n’était pas usurpée. En effet, plusieurs habitants lui ont été présentés. Miguel Carpio, à 121 ans, continuait à fumer, boire et courir après les femmes. Hermelinda Leon, 94 ans, tenait pour sa part d’une main de maître la boulangerie de Vilcabamba et était alors la coqueluche des gérontologues occidentaux. Le Dr Donald Davies de la faculté de médecine de Londres a, quant à lui, rencontré un certain nombre d’hommes et de femmes de 150 ans toujours actifs et en bonne santé. Dans son livre « Les centenaires des Andes », Davies attribue la longévité de ces villageois et des autres Andins à la forte teneur de leur alimentation en minéraux-trace comme l’or, le cadmium ou le magnésium.
 
Des preuves scientifiques tangibles ?
 
Est-ce que ces longévités exceptionnelles sont scientifiquement crédibles ? Difficilement. En effet, dans ces contrées reculées, il n’existe souvent aucun registre de naissance fournissant une trace écrite fiable. Ainsi il est facile de s’autoproclamer centenaire et se jouer ainsi des scientifiques et des médias. En 1982, le Dr Leaf lui-même reconnaît qu’un grand nombre d’hommes et de femmes qu’il a rencontrés ont exagéré leur âge pour améliorer leur statut social ou promouvoir le tourisme. (9)  

La longévité au service du communisme  

Selon Alexander Leaf, il n’y a pas de preuves tangibles de l’âge réel des habitants de la vallée de Hunza. Par exemple, les Hunzas n’ont aucune trace écrite qui permet d’évaluer leur âge. Leur langue est essentiellement orale, ils ne possèdent pas d’écriture. Par conséquent rien ne peut confirmer ou infirmer cette prétendue longévité.
Il en va de même dans la région du Caucase : on ne peut se référer à aucun document fiable. Les dates de naissance des personnes nées avant 1932 ont été recueillies oralement lors de l’établissement des cartes d‘identité. De plus, Staline, du fait de ses origines géorgiennes, affectionnait particulièrement les récits sur les personnes extrêmement âgées de cette région. Les membres du gouvernement s’en sont alors donnés à cœur joie et en 1959, alors que la population géorgienne représentait 2 % des habitants de l’Union Soviétique, elle fournissait 97 % des centenaires soviétiques !
Zhores Medvedev, un généticien russe émigré a expliqué qu’au moins un centenaire caucasien frauduleux avait été démasqué le jour où sa photo était parue dans le journal gouvernemental Izvestiya à l’occasion de son supposé 128e anniversaire. Peu de temps après, le journal a reçu une lettre de villageois expliquant que cet homme était un déserteur de la Première Guerre Mondiale et qu’il utilisait les papiers de son père depuis cette époque. Il avait en réalité 78 ans.
Néanmoins, les officiels soviétiques ont utilisé le phénomène de la longévité pour prouver la supériorité du système communiste sur le capitalisme.
 

 
Les miracles de Vilcabamba  

L’âge des centenaires de Vilcabamba semblait de prime abord très plausible puisque les registres de baptême de l’église locale et les registres civils de naissances remontaient jusqu’en 1860 et pouvaient être vérifiés par les médecins. Cependant, quand le Dr Leaf est retourné à Vilcabamba quatre ans après son premier voyage, il s’est rendu compte que Miguel Carpio qui auparavant s’était présenté comme l’homme le plus âgé de la vallée à 121 ans, avait miraculeusement vieilli de onze ans. Lorsqu’il voulut vérifier son certificat de baptême, on lui annonça que celui-ci avait disparu dans l’incendie de l’église. Quant aux sept premières pages du premier tome du registre d’état civil, elles avaient été arrachées.
Selon Steven Austad, un gérontologue réputé, les gens de Vilcabamba se marient exclusivement avec des personnes de la même vallée montagneuse et seuls quelques noms de famille sont utilisés dans cette région, ce qui explique la confusion des registres de naissance. Il existe aussi une tradition locale qui veut qu’un enfant porte le même nom que celui du dernier aïeul décédé : à l’intérieur d’une famille, le même nom est ainsi réutilisé plusieurs fois. (10).
En 1977, le radiologue Richard Mazess et l’anthropologue Sylvia Forman se sont rendus à Vilcabamba pour tenter de démêler le vrai du faux. Ils ont étudié l’état de leurs squelettes à la recherche d’arthrose et d’ostéoporose. Ils ont aussi effectué un recensement de porte en porte et contrôlé les registres de naissance et de mariage. Deux conclusions se sont imposées : une forte exagération des âges et des incohérences dans l’enregistrement des dates. Par exemple, Miguel Carpio qui avait miraculeusement vieilli de 11 ans passant de 121 à 132 ans en seulement 4 ans était officiellement décédé à 112 ans, alors que son âge n’était en réalité que de 93 ans (11). Mazess et Forman ont constaté également que lorsqu’il avait 61 ans, il affirmait en avoir 70. Cinq ans plus tard, il déclarait avoir 80 ans et à 87 ans, il disait en avoir 121. Si l’on en croit ses propos, sa propre mère serait née 5 ans après lui !
Selon les chercheurs, aucun des 23 centenaires autoproclamés n’avaient en réalité passé le cap des cent ans. La moyenne d’âge était de 86 ans.
A leur retour, en 1979, Mazess et Forman ont publié leurs résultats dans le Journal of Gerontology. Ils concluent ainsi leur article : « une exagération systématique de l’âge a été trouvée après 70 ans au sein de la population équatorienne. Les âges extrêmes (plus de 100 ans) étaient soit incorrects, soit non vérifiables. Il n’existe aucune preuve d’une longévité plus importante de la population de Vilcabamba. »
Pourtant, en 2006, les "super-centenaires" de ces paradis isolés et leurs régimes exotiques continuent d'exciter l'imagination.
 
Les doyens de l’humanité
C’est la France qui détient officiellement le record de longévité authentifié par les archives grâce à Jeanne Calment, décédée en 1997 dans sa 123e année. Chez les hommes, le record est détenu par un Japonais, Shigechiyo Izumi, mort à l’âge de 120 ans et 237 jours. En janvier 2005, c’est Emiliano Mercado Del Toro, un Portoricain, qui devient officiellement le doyen de l’humanité à 113 ans (il est né le 21 août 1891). Il se place juste derrière la doyenne hollandaise, Hendrikje Van Handel-Schipper, 114 ans (née le 29 juin 1890).
 
(1) Leaf A. : Every day over 100 is a gift. National Geographic 1973, 143(1) : 93.
(2) McCarrison R. : Studies in deficiency disease. Oxford Medical Publications, Londres, Royaume-Uni, 1921.
(3) Banik A. : Hunza land. Whitehorn Pub, Long Beach (Californie, USA), 1960.
(4) Toomey E. G. : A brief survey of the health in aged Hunzas. Am Heart J, 1964, 68 : 842.
(5) Benet S. : Why they live to be 100, or even older, in Abkhasia. The New York Times Magazine, Dec 26 1971.
(6) Benet S. : Abkhasians : The Long-living people of the Caucasus. Holt, Rhinehart & Winston (New York, New York, USA), 1974.
(7) Benet S. : How to live to be 100. Dial Press (New York, New York, USA), 1976.
(8) Davies D. : The Centenarians of the Andes. DoubleDay (New York, New York, USA), 1975.
(9) Leaf A. : Long-lived populations : extreme old age. J Am Geriatr Soc 1982, 30: 485-487
(10) Austad S : Why we age. John Wiley (New York, New York, USA), 1997.
(11) Mazess R. B. : Longevity and age exaggeration in Vilcabamba. J Gerontol, 1979, 34 : 94-98.
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ConsoSanté est édité et distribué par :
Axis Média, 2 rue basse -
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E-mail : contact@lanutrition.fr
Directeur de la publication : Thierry Souccar
Rédactrice en chef : Aline Périault
Ont collaboré à ce numéro : Pierre Boutron, Clémence Lamirand, Véronique Molénat, Elvire Nérin, Jefferson Parker, Priscille Tremblais.