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La vaccination de masse contre la grippe saisonnière n’est pas justifiée

 
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LaNutrition.fr, le 15/10/2009

Chaque année 5 millions de Français sont vaccinées contre la grippe saisonnière. Pour quels bénéfices ? S’ils existent, ils sont limités. Démonstration par Thierry Souccar, directeur de LaNutrition.fr et auteur du livre « Prévenir et guérir la grippe ».
 
En France, l’Assurance maladie n’épargne aucun effort ni aucun euro pour vacciner chaque année un nombre toujours plus important de Français de plus de 65 ans contre la grippe saisonnière. Les données scientifiques objectives disponibles laissent pourtant planer un doute sérieux sur l’efficacité proclamée de ces campagnes de vaccination annuelles contre la grippe saisonnière. Jugez-en vous-même en lisant ce qui suit.
Lisez aussi les raisons de l’échec des vaccins contre la grippe saisonnière.
 
Le discours des autorités sanitaires et des laboratoires
 
Pour les autorités sanitaires et les laboratoires, il ne fait pas de doute que les vaccins contre la grippe saisonnière remplissent leurs fonctions. L’Organisation mondiale de la santé assure que « la vaccination des personnes âgées réduit de 70 à 85 % le risque de complications sérieuses ou de décès. » Les fabricants de vaccins avancent des chiffres similaires. La vaccination antigrippale réduirait de 30 à 50 % la mortalité toutes causes confondues chez les personnes âgées de 65 ans et plus en période de circulation de virus grippaux, et de 70% la mortalité dans des établissements de soins. En France, l’institut national de prévention et d’éducation à la santé (Inpes) se range à ces chiffres, tout en expliquant prudemment que « l’efficacité sérologique (la production d’anticorps après le vaccin, Ndlr) est difficile à établir avec précision ; elle serait de l’ordre de 60 a 90 % selon les vaccins et les catégories de personnes (âge, pathologies chroniques). Il faut par ailleurs ne pas oublier que les anticorps titrés au cours des enquêtes ne sont pas à proprement parler les anticorps protecteurs. L’efficacité épidémiologique est encore plus difficile à chiffrer, mais, paradoxalement, on peut montrer qu’elle est supérieure aux apparences. »
Bref, avec une efficacité « supérieure aux apparences », une mortalité réduite de 50 à 85%, on comprend que les gouvernements des pays développés poussent chaque année un nombre de plus en plus grand de Français à se soigner. Car ces résultats sont formidables. Et tout bonnement invraisemblables.
 

 
Des chiffres épatants
 
Le groupe Cochrane est un réseau indépendant de chercheurs, épidémiologistes et statisticiens dont la finalité est d’évaluer l’efficacité des médicaments et des pratiques de santé à partir des données scientifiques existantes. Pour cela, les chercheurs de Cochrane compilent les résultats des études disponibles et les analysent dans leur globalité avec des outils statistiques puissants pour en dégager une tendance.
Chez Cochrane, c’est l’équipe dirigée par le Dr Tom Jefferson à Rome qui s’intéresse depuis plusieurs années à l’efficacité réelle des vaccins. En 2005 (et 2006), Jefferson et son équipe ont publié une analyse des études conduites sur les vaccins contre la grippe saisonnière (1,2). Après avoir mouliné tous ces résultats, les ordinateurs de Cochrane rendent leur verdict : la vaccination diminuerait la mortalité de 47 % en moyenne chez les plus de 65 ans ! Voilà pourquoi circulent ces chiffres de réduction de moitié de la mortalité grâce aux vaccins. Epatant !
 
Mais faux…
 
Mais en rapportant dans leur article ce chiffre extraordinaire, Tom Jefferson et son équipe s’empressent aussitôt de souligner qu’il est totalement invraisemblable. C’est une première dans l’histoire des sciences médicales ! Le modèle statistique, écrit Jefferson, n’est pas en cause. Les ordinateurs de Cochrane n’ont pas fait d’erreur. Ce sont les études sur lesquelles ils se sont appuyés qui sont biaisées. À l’appui de sa critique, Jefferson relève une éclatante contradiction dans les données rapportées par les études : les vaccins diminueraient en apparence la mortalité globale de toutes causes, non spécifique, mais ne préviendraient pas les décès liés à la grippe ou à la pneumonie ! « Nous en avons conclu, dit le Dr Jefferson, que l’explication la plus probable d’une telle contradiction, c’est que dans les études épidémiologiques qui nous ont servi de base, la comparaison entre les personnes vaccinées et non-vaccinées n’est pas équitable : les personnes les plus alertes avaient plus de chances de recevoir le vaccin que celles qui souffraient d’un handicap. Ce déséquilibre biaise les résultats en faisant croire que le vaccin est à l’origine de la meilleure santé des premières. »
 
Il faut savoir en effet que la plupart des résultats disponibles sur les vaccins proviennent d’études épidémiologiques et non d’études d’intervention. Or seules ces dernières, si elles sont conduites rigoureusement permettraient d’attester de l’efficacité des vaccins. Dans ces études, on compare l’évolution de la santé d’un groupe de personnes vaccinées, à celle d’un groupe comparable qui n’a pas reçu de vaccin. Le problème c’est qu’il est devenu pratiquement impossible de conduire de telles études. En effet, l’idée que les vaccins préviennent la mortalité des personnes âgées est si fortement ancrée dans les mentalités, qu’une étude dans laquelle un groupe ne serait pas vacciné serait jugée « non éthique » !
 
L’analyse de Jefferson, qui remet radicalement en cause l’utilité de la vaccination systématique, est qualifié par d’éminents professeurs d’immunologie, souvent proches des laboratoires pharmaceutiques, de « grotesque », « absurde » ou « biaisé ».
 
De la science à la magie
 
Mais en décembre 2005, cinq chercheurs de l’université de Seattle publient une étude sur la vaccination contre la grippe et la mortalité de 72 527 personnes de plus de 65 ans, suivis pendant 8 ans (3). Ils trouvent que, par rapport aux personnes non vaccinées, celles qui ont reçu le vaccin de la grippe ont vu leur risque de mortalité réduit de 44 % en hiver. Jusque là tout va bien. C’est après, ou plutôt avant que ça se complique. Car ces chercheurs, lorsqu’ils appliquent le même calcul statistique à la période d’avant la vaccination, trouvent que le vaccin – qui n’a pas encore été administré – réduirait malgré tout la mortalité de 61 %, soit encore plus qu’après vaccination ! Ce n’est plus de la médecine, c’est de la magie. Voilà la preuve, écrivent sagement les auteurs de cette étude, que les résultats spectaculaires fournis par ces études épidémiologiques sont biaisés. Comme le supposait Jefferson, la mortalité réduite qu’elles enregistrent dans le groupe des personnes vaccinées contre la grippe n’est pas due à la vaccination elle-même mais au fait que dans ces études, les personnes qui se font vacciner sont plus souvent en bonne santé et de meilleur statut social que celles qui ne reçoivent pas de vaccin. Leur moindre mortalité, c’est à leur état de santé qu’elles la doivent.
 
En septembre 2007 le groupe de Jefferson reçoit un nouveau soutien de poids. Des chercheurs des Instituts nationaux de la santé des États-Unis confirment que les études épidémiologiques qui attribuent aux vaccins des bénéfices miraculeux sont très certainement biaisées. La grippe saisonnière, ont-ils calculé, est tenue responsable de 5 à 10 % des décès des plus de 65 ans l’hiver. Comment dès lors les vaccins anti-grippe pourraient-ils prévenir 50 % des décès – dix fois plus – comme le suggèrent ces études ? Le raisonnement est implacable. Sauf à imaginer que le vaccin contre la grippe agit aussi sur les infarctus, les diabètes, les cancers, les fractures du col du fémur, la maladie d’Alzheimer, cette analyse disqualifie toutes les études épidémiologiques qui rapportent des bénéfices sur la mortalité supérieurs à 5 %.
 
Le vrai bilan de la vaccination
 
Lorsque toutes les données sont prises en compte, le bilan de la vaccination de masse apparaît infiniment plus modeste que ce qui est communiqué au public !
 
En 1968 et de nouveau en 1997, les virus de la grippe qui ont circulé en Amérique du Nord ne correspondaient pas aux souches retenues pour les vaccins. Ce qui signifie que les personnes vaccinées n’étaient pas protégées contre les virus de la grippe ces années-là. La mortalité n’en a pas bougé pour autant.
 
En 2004, la production de vaccins pour les Etats-Unis et le Canada a pris du retard si bien que les taux de vaccination ont chuté de 40%. Que croyez-vous qu’il arriva ? Rien : la mortalité n’a pas plus bougé.
 
En 2005, une étude a révélé que le pourcentage d’Américains de plus de 65 ans vaccinés contre la grippe saisonnière est passé de 15-20 % avant 1980 à 65 % en 2001 (4). « De manière inattendue, écrivent les auteurs de l’étude, la mortalité dans ce groupe d’âge non seulement n’a pas diminué, mais elle a même augmenté au cours de cette période. »
 
Les mêmes auteurs ont étudié en 2006 les données concernant l’Italie pour la période 1970-2001 (5). Là aussi, le pourcentage des plus de 65 ans vaccinés contre la grippe n’a cessé d’augmenter depuis 1980. Là aussi, la mortalité liée à la grippe et à la pneumonie n’a pas diminué.
 
Quant aux études épidémiologiques récentes qui tentent de corriger les biais relevés par Jefferson, elles ne montrent pas de bénéfices probants.
 
Une étude britannique a conclu que la vaccination contre la grippe saisonnière ne diminue pas la mortalité totale des plus de 65 ans. Elle trouve un bénéfice modeste des vaccins (-12%) sur la mortalité due à des maladies respiratoires. (6)
 
En juillet 2009, des chercheurs californiens ont eux aussi tenté d’approcher au mieux les bénéfices réels de la vaccination contre la grippe saisonnière dans le nord de l’Etat (7). Ils ont analysé les chiffres portant sur neuf saisons de grippe. Selon eux, la grippe saisonnière aurait augmenté la mortalité de 7,8 % chez les plus de 65 ans. Dans ce groupe de population, 60 % sont vaccinés contre la grippe saisonnière. Si personne n’avait été vacciné, la mortalité aurait, selon les chercheurs, été de 9,8 %. Ils en déduisent que la vaccination a prévenu 4,6 % des décès. C’est mieux que rien, mais très loin des 30 à 70 % annoncés par les autorités médicales et les laboratoires.
 
Résumons : les études qui corrigent au mieux les biais inhérents aux statistiques vaccinales concluent qu’en vaccinant chaque année contre la grippe saisonnière 4 000 personnes de plus de 65 ans, on évite entre zéro et un décès !
 
Voilà pour les personnes âgées. Le problème, c’est que lorsque l’on regarde les effets des vaccins contre la grippe saisonnière dans les autres groupes de la population, le bilan est tout aussi maigre. Chez les enfants de moins de deux ans, les vaccins ont le même effet qu’un placebo, selon une étude d’efficacité de 2006 (8). Chez les adultes en bonne santé de moins de 65 ans, la vaccination contre la grippe n’a aucune influence ni sur la fréquence et la durée des hospitalisations, ni sur les arrêts de travail, ni sur les décès dus à la grippe ou aux complications de la grippe (9). Enfin, il n’existe aucune preuve que les vaccins contre la grippe saisonnière sont bénéfiques aux asthmatiques ou aux malades qui souffrent de fibrose cystique (10). En revanche, la vaccination réduirait de 39 % les exacerbations chez les patients atteints de bronchite chronique obstructive (11).
 
Au final, la vaccination de 5 millions de Français chaque année prévient probablement au mieux quelques dizaines à quelques centaines de décès. Vous trouvez que c’est mieux que rien ? Certes, encore faudrait-il connaître les risques éventuels liés au vaccin. Et là aussi le bât blesse : « Aussi incroyable que cela paraisse, il n’existe quasiment pas de données sur la sécurité de ces vaccins, explique Tom Jefferson. Chez les personnes âgées, en dépit d’une base de données de plusieurs millions d’observations, la sécurité n’a été rapportée que dans cinq essais contrôlés portant sur moins de 3 000 personnes. Et encore, la période d’observation n’a duré qu’une semaine ». Il n’y a certes pas de preuves que le vaccin contre la grippe saisonnière soit dangereux, mais il est surprenant que ces questions de sécurité intéressent si peu les autorités sanitaires.
 
Gabegie
 
Le vaccin contre la grippe pourrait éventuellement garder un intérêt dans quelques populations soigneusement ciblées, mais les campagnes de vaccination de masse ne sont clairement pas basées sur de la bonne science. Pour les justifier, l’Inpes se raccroche aux arguments économiques, en affirmant que « le coût direct et indirect de la grippe est très lourd. En France, il varie (…) de un à trois milliards d’euros par an : coût médical et pharmaceutique, hospitalisations, indemnités journalières et pertes professionnelles confondus. » Or aucune étude ne montre de bénéfices de la vaccination ni sur les « indemnités journalières et pertes professionnelles » ni sur les « hospitalisations ». Le principal coût médical et pharmaceutique de la grippe est peut-être celui de la vaccination de masse.
J’ai demandé en août 2009 à la Caisse nationale d’assurance maladie combien coûte chaque année la vaccination contre la grippe saisonnière. On m’a indiqué que le coût total exact n’en est pas connu (sic), mais que le remboursement des vaccins coûte chaque année 700 millions d’euros, auxquels il faut rajouter les consultations et les actes liés aux injections. Plus inquiétant encore pour la démocratie sanitaire : aucun audit sérieux et indépendant n’a à ce jour été réalisé dans notre pays pour en mesurer l’efficacité.
Bref, du point de vue de la santé publique la vaccination annuelle de masse contre la grippe saisonnière apparaît comme une gigantesque gabegie. Ces campagnes, et le discours dogmatique qui les justifie, ont l’inconvénient supplémentaire de donner à la population un faux sentiment de sécurité qui ne permet pas de mettre en œuvre des mesures simples destinées à améliorer l’immunité. Elles seraient pourtant moins coûteuses et plus efficaces.
 
Pour tout savoir sur le vaccin contre la grippe lisez aussi les articles suivants
 
 
 
 
(1) Efficacy and effectiveness of influenza vaccines in elderly people: a systematic review. Jefferson T, Rivetti D, Rivetti A, Rudin M, Di Pietrantonj C, Demicheli V. Lancet. 2005 Oct 1;366(9492):1165-74. Epub 2005 Sep 22. Review. Erratum in: Lancet. 2006 Mar 25;367(9515):986.
(2) Vaccines for preventing influenza in the elderly. Rivetti D, Jefferson T, Thomas R, Rudin M, Rivetti A, Di Pietrantonj C, Demicheli V. Cochrane Database Syst Rev. 2006 Jul 19;3:CD004876. Review.
(3) Evidence of bias in estimates of influenza vaccine effectiveness in seniors. Jackson LA, Jackson ML, Nelson JC, Neuzil KM, Weiss NS. Int J Epidemiol. 2006 Apr;35(2):337-44. Epub 2005 Dec 20.
(4) Impact of influenza vaccination on seasonal mortality in the US elderly population. Simonsen L, Reichert TA, Viboud C, Blackwelder WC, Taylor RJ, Miller MA. Arch Intern Med. 2005 Feb 14;165(3):265-72
(5) Influenza-related mortality in the Italian elderly: no decline associated with increasing vaccination coverage. Rizzo C, Viboud C, Montomoli E, Simonsen L, Miller MA. Vaccine. 2006 Oct 30;24(42-43):6468-75. Epub 2006 Jul 7.
(6) Mangtani P, Cumberland P, Hodgson CR, Roberts JA, Cutts FT, Hall AJ. A cohort study of the eff ectiveness of infl uenza vaccine in older people, performed using the United Kingdom general practice research database. J Infect Dis 2004; 190: 1–10.
(7) Fireman B, Lee J, Lewis N, Bembom O, van der Laan M, Baxter R. Influenza vaccination and mortality: differentiating vaccine effects from bias. Am J
Epidemiol. 2009 Sep 1;170(5):650-6. Epub 2009 Jul 22.
(8) Vaccines for preventing influenza in healthy children. Smith S, Demicheli V, Di Pietrantonj C, Harnden AR, Jefferson T, Matheson NJ, Rivetti ACochrane Database Syst Rev. 2006 Jan 25;(1):CD004879.
(9) Jefferson T. Influenza vaccination: policy versus evidence. BMJ  2006;333:912-915 (28 October), doi:10.1136/bmj.38995.531701.80
(10)Vaccines for preventing influenza in people with cystic fibrosis.Dharmaraj P, Smyth RL. Cochrane Database Syst Rev. 2009 Oct 7;(4):CD001753.
(11) Jefferson T. Influenza vaccination: policy versus evidence. BMJ  2006;333:912-915 (28 October), doi:10.1136/bmj.38995.531701.80
 
 
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