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Le bêtisier 2006

 
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LaNutrition.fr, le 29/12/2006

Une sélection de dérapages volontaires ou involontaires, épinglés en 2006 par l’équipe de LaNutrition. Que ceux qui y ont échappé se rassurent, il y en aura d’autres en 2007, et peut-être même dans nos propres rangs !
 
Donc, nous avons retenu qu'en 2006...
 
Un chewing-gum miracle a fait grossir les seins
PNG Distribution, jeune société lausannoise a commercialisé sur Internet un chewing-gum du nom de B2UP censé développer la poitrine. Pour changer de taille de bonnets il faudrait mastiquer ce produit pendant 90 jours. B2UP a été mis au point par la société japonaise Goodone, à partir d’une plante asiatique du nom de Pueraria mirifica. Sur la base de sa teneur en phytoestrogènes, le fabricant affirme que ce chewing-gum peut augmenter la taille d’une poitrine de 80% ! Transmis aux Asiatiques, qui consomment depuis des milliers d’années des doses élevées de phytoestrogènes du soja et qui, c’est de notoriété publique, ont les poitrines les plus plantureuses de la planète.
 
Les discours sur l’écologie n’étaient pas faits pour les anchois
Jacques Chirac assurait le 29 janvier 2003 « que les hommes ne sont pas propriétaires de la nature, ils en sont d’abord les responsables. Ils ne sauraient continuer à l’exploiter sans précaution, à la soumettre à la seule logique du rendement immédiat, au risque de la saccager ou de l’épuiser. Notre responsabilité vis-à-vis des générations futures est de mettre fin à la dégradation générale qui est en train de s’opérer sous nos yeux. » Moyennant quoi, le 21 décembre 2006, la France s’est opposée à la poursuite du moratoire sur la pêche à l’anchois, qui avait été instauré en 2005, après que le stock ait été divisé par 6 entre 2000 et 2005. Alors que l’idée d’un prolongement de ce moratoire faisait l’unanimité, le ministre français Dominique Bussereau a obtenu pour faire plaisir aux pêcheurs, que la pêche soit rétablie d'avril à juin pour 10 % des flottilles française et espagnoles.
 
Les infirmières ont dit merci aux députés de gauche
Mal payées, mal considérées par le corps médical, les infirmiers et infirmières se battent depuis plusieurs années pour la création d’un Ordre national infirmier, histoire de faire enfin reconnaître leur spécificité et d’être acceptées comme interlocuteur par les pouvoirs publics. Une nécessité, au moment où leur plus grande participation aux gestes médicaux est inévitable, sur le principe de ce qui se pratique déjà en Grande-Bretagne (prescription de médicaments) et aux Etats-Unis (unités mobiles de premier secours). La création de cet Ordre infirmer aura été un parcours semé d’embûches. On aurait pu croire que le parlement tout entier soutiendrait cette initiative, mais de manière surprenante, le texte n’est passé que grâce au soutien des députés UMP. La gauche a voté contre. « La création de cet Ordre ne nous paraît ni opportune, ni apte à répondre aux véritables enjeux de la profession d’infirmier », a dit Catherine Genisson (PS, Pas-de-Calais). Le groupe communiste a également dit non, au motif que la cotisation pour les infirmières hospitalières pourrait « constituer une charge financière supplémentaire pour les établissements de santé ». La cotisation annuelle à l’Ordre infirmier devrait être fixée à 10 euros par an.
 
Le ministre de la santé était (trop) bien informé
Le 6 septembre 2006, le ministre de la santé Xavier Bertrand a donné le coup d’envoi du deuxième Programme national nutrition santé (PNNS) qui couvrera la période 2006-2010. Le premier PNNS, lancé en 2001 s’étant terminé en 2005. Dans son discours, Xavier Bertrand explique que « le premier PNNS a établi des recommandations nutritionnelles qui associent santé et plaisir. Elles ont été largement diffusées par le biais de campagnes de communication et de guides, distribués à plus de 5 millions d’exemplaires. La place nouvelle de la nutrition dans nos politiques de santé a été consacrée dans les textes, avec la loi de santé publique d’août 2004, comme dans les actes, avec une augmentation de 30% ces deux dernières années des moyens qui lui sont dédiés. »
Bravo. Et avec quel succès ? Dans le même discours, Xavier Bertrand livre le diagnostic : « l’obésité croît rapidement en France ». Ah bon ? Pourtant, en 2001, les responsables du PNNS ne nous promettaient-ils pas grâce à leurs recommandations alimentaires de faire baisser l’obésité et le surpoids de 20% à l’horizon 2005 ? Hélas trois fois hélas, comme le dit avec lucidité le ministre, au lieu de baisser, obésité et surpoids ont augmenté de 20% pendant le premier PNNS.
Donc on change de stratégie ? Pas du tout. Grâce au PNNS2, qui est la copie conforme du PNNS1, obésité et surpoids, nous promet-on, reculeront de 20% d’ici 2008. Cela vous rappelle quelque chose ?
 
La Ligue contre le Cancer était mal réveillée
« La mélatonine aurait-elle un effet bénéfique contre le cancer ? » interroge la Ligue dans un livret écrit pour le grand public, baptisé « Vraies et fausses questions sur les risques et la prévention des cancers ». Et d’apporter aussitôt la réponse : « La mélatonine est une hormone sécrétée par l’hypophyse qui a un rôle dans la régulation de notre horloge interne et notamment dans le rythme du sommeil. On a voulu lui attribuer un effet bénéfique dans certains cancers. Mais une étude a montré que les personnes traitées de cette manière mouraient plus vite que les témoins. Ainsi, cette substance n’a aucune place actuellement, ni dans la prévention, ni dans le traitement du cancer. »
Bigre. A LaNutrition, où l’on suit d’assez près ces questions, on n’a pas tout à fait les mêmes résultats. Et les chercheurs sont de notre avis. Une revue récente des effets de la mélatonine conclut que « de nombreuses études cliniques ont envisagé le potentiel thérapeutique de la mélatonine dans le cancer. Une réduction substantielle du risque de décès a été rapportée lors des nombreux essais contrôlés au cours desquels la mélatonine avait été donnée comme traitement du cancer. » (1)
Une autre juge que la mélatonine « a montré des effets préventifs et thérapeutiques dans une variété de modèles expérimentaux. Non seulement la mélatonine semble contrôler le développement des tumeurs, mais elle a le potentiel d’augmenter l’efficacité de la chimiothérapie et de diminuer ses effets indésirables. » (2)
Nous avons donc appelé la Ligue pour connaître ses sources. On nous a très gentiment promis de nous rappeler. Depuis, plus de nouvelles.  
 
Les amis du lait se sont déchaînés
Les nutritionnistes, on le sait bien, aiment le lait, au point d’être, tel l’alpiniste, parfois aveuglés par tant de blancheur. La chose est arrivée au Dr Michèle Garabédian, chercheur à l’Inserm U561 (Paris), qui tenait en juin ces propos dans un congrès : « les produits laitiers apportent une charge alcaline qui réduit l’excrétion urinaire de calcium. » Mauvaise pioche : les laitages (comme les protéines animales) sont au contraire acidifiants. (3)
Aveuglé aussi le Pr Michel Vidailhet (CHU Nancy), qui l’assure dans un journal publié par l’Institut Danone : « Rien, malgré le grand nombre d’études déjà publiées, ne permet d’attribuer au lait un rôle particulier dans le risque de diabète (…). » (4) C’est donc à l’en croire sur la base de… rien, que quinze pays se sont associés pour lancer en mai 2002 une étude internationale, en partie financée par la Communauté européenne. Objectif de l’étude : vérifier si, comme le suggèrent des dizaines d’études expérimentales, épidémiologiques et cliniques les enfants qui sont exposés trop tôt aux protéines de vache ont un risque plus élevé que les autres de développer un diabète insulino-dépendant. L’étude TRIGR (Trial to Reduce IDDM in the Genetically at Risk) va suivre pendant 10 ans plus de 2000 enfants à risque élevé de diabète de type 1. Elle mobilise 76 centres hospitaliers coordonnés par l’université d’Helsinki, en Finlande ; les données sont analysées par un centre spécialisé, de l’université de Floride du sud, à Tampa. Pendant les 6 à 8 premiers mois de leur vie, une partie des enfants sera nourrie (en plus du lait maternel) avec une formule lactée à base de lait de vache, une autre recevra une formule spéciale sans protéines de lait de vache.
« Avec les résultats de l’étude, dit Hans Akerblom, l’un des responsables de TRIGR, on devrait réussir à prouver si l’utilisation ou l’absence de produits à base de protéines de lait de vache pendant les premiers mois de la vie peut prévenir un diabète insulino-dépendant chez un enfant qui présente un haut risque génétique d’avoir cette maladie. » TRIGR intervient en effet après que des dizaines d'études expérimentales, épidémiologiques et cliniques aient mis en cause le lait dans l'apparition du diabète de type 1.
A part ça en effet, « rien ne permet d’attribuer au lait un rôle particulier dans le risque de diabète ».
 
L’Académie de médecine s’est noyée dans l’eau minérale
Le 1er décembre, l’Académie de médecine a rendu un rapport très médiatisé sur « la place de l’eau minérale dans l’alimentation ». Au milieu de quelques bonnes idées, comme les avertissements sur le risque de fluorose, il y a deux ou trois trouvailles qui valent à nos académiciens de rejoindre ce bêtisier. Ainsi, le rapport met en garde contre « les eaux à forte teneur en sodium, telles Saint-Yorre, Vichy-Célestins ou Arvie, déconseillées en cas d'hypertension artérielle, d'insuffisance cardiaque ou rénale ».
Sauf que dans ces eaux, le sodium est lié au bicarbonate et non aux ions chlorures. Et que dans ce cas de figure, le sodium n’a d’influence néfaste ni sur le cœur, ni sur les reins, ni sur la pression artérielle. Les études montrent plutôt des effets bénéfiques.
Autre saillie, celle concernant les eaux sulfatées « telle Hépar recommandée en cas de constipation, [qui] accélèrent le transit et, en cas de
diarrhée prolongée induite, risquent de déshydrater. » Un phénomène si courant (sans jeu de mots) qu’on n’en trouve pas la même trace (toujours sans jeu de mots) dans la littérature médicale.
 
Le Dr Jean-Marie Bourre a sorti un nouveau livre
Et il a eu droit à une interview dans Le Monde 2. Lui donner la parole, c’est élargir le champ des possibles et se préparer à tout : le meilleur comme le pire. Cette année, dans Le Monde 2, c’est surtout le pire qu'on remarquait. Extrait : « Consommer des protéines végétales, c'est provoquer une forme d'autocannibalisme. Car le cerveau prend les protéines et les acides aminés aux cellules musculaires du cœur. » Hitler était végétarien : bon sang, tout s’explique !
 
Le comité consultatif national d’éthique n'a pas viré sa cuti
Dans un avis rendu jeudi 6 juillet, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) recommandait « la plus grande prudence dans la démarche de suppression de la vaccination généralisée par le BCG. » Le CCNE « n'est pas réticent à terme » à cette mesure, mais il considère « que les conditions ne sont pas actuellement réunies ». Pour mémoire, le BCG coûte à la collectivité près de 150 millions d’euros annuels. Pour quel résultat ? Alors que près de 95% de la population française est vaccinée, on relève chaque année en moyenne en France 11 cas de tuberculose pour 100 000 habitants, soit autant que dans les pays où ce vaccin n'est plus utilisé. Aux Etats-Unis, pays réfractaire au BCG, le taux de nouveaux cas de tuberculose a diminué de 48% entre 1992 et 2002 chez les moins de 14 ans. Quant à l’argument selon lequel la vaccination préviendrait la méningite tuberculeuse, il a été calculé que la vaccination systématique de 750 000 enfants chaque année prévient au mieux 3 à 4 cas de méningite tuberculeuse chez les moins de 5 ans, des cas dont la plupart évoluent favorablement après traitement. (5)
 
Bonne année et à décembre 2007 pour un nouveau recueil de perles... 
 
(1) Ravindra T, Lakshmi NK, Ahuja YR. Melatonin in pathogenesis and therapy of cancer. Indian J Med Sci. 2006 Dec;60(12):523-35.
(2) Jung B, Ahmad N. Melatonin in cancer management: progress and promise. Cancer Res. 2006 Oct 15;66(20):9789-93.
(3) 8èmes entretiens de nutrition, Institut Pasteur de Lille, 9 juin 2006.
(4) : Objectif nutrition n° 77. Institut Danone, Paris.
(5) Goliszeck A., Souccar T. : Au nom de la science. Télémaque, 2005, Paris.
 
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