La vaccination massive et obligatoire par le BCG a la particularité intéressante de ne pas servir à grand-chose. Mais les médias ne se précipitent pas pour ouvrir ce dossier "épineux."
16 novembre 2005

Au début du mois d’octobre, le journal gratuit Métro, apparemment intéressé par le contenu du livre Au nom de la science, dont j’ai signé l’enquête française me propose le de rédiger une courte tribune sur l’un des sujets abordés dans ce livre. Je leur propose le vaccin du BCG. L’affaire est entendue, et le 10 octobre je fais parvenir à Métro le texte que vous pourrez lire ci-dessous.
« Chaque année 750 000 petits Français sont contraints de recevoir un vaccin anachronique et potentiellement dangereux. Le BCG est censé protéger contre la tuberculose. En réalité il ne protège pas grand-chose. Il y a ici chaque année 11 cas de tuberculose pour 100 000 habitants, à comparer aux 12 cas pour 100 000 dans les pays où ce vaccin n'est pas utilisé. Aux Etats-Unis, pays réfractaire au BCG, les nouveaux cas chez les enfants ont diminué de 48% entre 1992 et 2002. Partout où le BCG n’a plus cours, comme en Suède et au Canada, le nombre de nouveaux cas n’a pas augmenté.
Les défenseurs du BCG font valoir que le vaccin offre une protection contre la méningite tuberculeuse (TBM). Dans Au nom de la Science (1), j’ai montré qu’on vaccine chaque année 750 000 enfants pour prévenir au mieux… 3 à 4 cas de TBM, une maladie qui évolue favorablement après traitement, et pour laquelle une vaccination ciblée serait plus adaptée. Car la tuberculose se développe surtout dans les les foyers où les conditions socio-économiques sont précaires.
Déjà, la France a dû se rendre aux injonctions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui jugeait inutile de revacciner et de pratiquer le test tuberculinique – la fameuse cuti. C’est maintenant la vaccination systématique qui devrait être abandonnée d’autant que le vaccin, préparé à partir d'une culture d'une souche vivante atténuée de bacille tuberculeux bovin vivant n’est pas anodin.
Le Canada, qui réservait jusqu'en décembre 2004 le BCG aux enfants des populations défavorisés, vient de restreindre encore son usage. Entre 1993 et 2002, la vaccination a entraîné au moins 5 décès chez les moins de 5 ans. Le BCG est désormais réservé aux nourrissons des communautés indiennes et inuites ou aux groupes de personnes dont le taux annuel moyen de TB pulmonaire à frottis positif a été supérieur à 15 pour 100 000 habitants au cours des 3 années précédentes OU dont le risque annuel d'infection tuberculeuse est supérieur à 0,1 %.
Le 29 septembre 2004, au moment où le Canada restreignait encore l'usage du BCG, la Commission de la transparence de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé jugeait au contraire que "le niveau de service médical rendu par ce vaccin est important." Rien de plus évident en effet, surtout lorsqu’on prend en compte le coût de la vaccination de masse pour la collectivité : 800 millions d’euros au bas mot. Il est vrai, comme chacun sait, que les Caisses de la Sécu débordent ! »
Deux jours après l’envoi de ce texte à Métro, l’attachée de presse de l’éditeur me donne des nouvelles. Elle a eu au téléphone la rédaction du journal Métro qui a trouvé le sujet « épineux ». La rédaction de Métro souhaite mes coordonnées pour « en discuter » avec moi et notamment « avoir mes sources » (preuve que la confiance règne !)
Et depuis ? Depuis, rien. La rédaction de Métro ne m’a jamais contacté, elle n’a pas eu mes sources, et les lecteurs de Métro ignorent que la vaccination par le BCG ne sert à rien.
Moins d’une semaine après cette histoire, l’Académie de Médecine a publié un avis sur le BCG. Elle conclut, comme je le faisais, que la France devrait à l’avenir abandonner la vaccination systématique et privilégier la vaccination ciblée des enfants à risque. L’histoire ne dit pas si Métro a publié cette information.
(1) Editions Télémaque, Paris, 2005