Les bactéries arrivent dans le tube digestif essentiellement via l’alimentation. A sa naissance, le bébé est totalement stérile. Au contact de la mère, puis de l’environnement et des aliments, son tube digestif est progressivement mis en contact avec les microorganismes provenant de l’extérieur. De l’enfance jusqu’à l’âge adulte, au gré des aliments et des expériences, un certain nombre de bactéries vont y élire domicile principalement au niveau du gros intestin, la partie terminale du tube digestif appelée côlon. Chaque individu possède sa propre collection de bactéries qui est différente de celle de son voisin. « Des études récentes comparant la composition de la microflore bactérienne fécale d’adultes montrent que 10 adultes ont rarement plus d’une espèce bactérienne en commun, même s’ils se nourrissent de la même façon, explique Gérard Corthier, chercheur à l’Unité d’écologie et de physiologie du système digestif de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). La composition de la flore nous est très personnelle, à l’instar de nos empreintes digitales !»
La flore, un écosystème en équilibre instable
La flore est sans cesse en mouvement. A tout moment, des bactéries naissent, d’autres meurent. Et surtout, de nouvelles arrivent constamment avec les aliments. Les yaourts, le fromage, la choucroute crue ou la charcuterie et tous les aliments fermentés en apportent de très grandes quantités. N’importe quel fruit ou légume frais en possède aussi un nombre très important à sa surface.
Les bactéries dites « endogènes résidentes » sont des bactéries de la flore particulièrement bien adaptées aux conditions qui règnent dans le tube digestif. Elles sont les plus nombreuses mais également les plus stables. Elles comprennent deux types de bactéries les « dominantes » et les « sous-dominantes ».
A côté de cette flore résidente existe la flore dite « de passage » qui ne fait que transiter dans le tube digestif. C’est de cette flore que les probiotiques font partie. C’est pour cette raison que pour maintenir l’effet d’un probiotique, il faut continuer à le consommer.
Parmi les espèces « sous-dominantes » et « de passage », il existe des microorganismes bactériens potentiellement pathogènes mais qui, en temps normal, ne se multiplient pas. Pourquoi ? Grâce à la flore dominante. Celle-ci exerce une pression démographique suffisamment forte pour que les bactéries indésirables ne puissent se développer.
Comment se construit l’équilibre de la flore ? Diverses forces s’affrontent. La croissance d’une souche bactérienne va être limitée par la « nourriture » disponible. Si le substrat dont elle a besoin pour vivre est convoité par d’autres, il y a compétition et automatiquement sa croissance s’en trouve limitée. Il peut aussi y avoir compétition pour les sites de fixations sur la paroi intestinale. Certaine espèces vont par ailleurs synthétiser des métabolites qui peuvent se révéler toxiques pour d’autres membres de la flore. Certaines bactéries peuvent aussi communiquer entre elles en s’échangeant des messages chimiques qui peuvent agir sur leurs métabolismes respectifs. Parfois pour inhiber leur développement, parfois pour le stimuler. Bref, la flore intestinale est un lieu de vie intense régi par de subtiles interactions qui aboutissent à un équilibre global délicat.
Certains facteurs peuvent modifier les espèces présentes dans la flore et donc l’équilibre qui règnent entre elles. Plus l’alimentation est, par exemple, riche en fibres non digestibles, plus les espèces bactériennes qui en sont friandes vont pouvoir se multiplier et moins il y aura de place pour les autres. L’arrivée de nouvelles bactéries tels que des probiotiques peut améliorer le fonctionnement de l’écosystème. En revanche, le stress, la fatigue ou une maladie peuvent rompre les équilibres et déstabiliser la flore.
Pro-, pré- et symbiotiques, quelle différence ?
On appelle probiotique un microorganisme capable de rééquilibrer la flore intestinale et d’exercer un effet positif sur la santé. Un prébiotique est un ingrédient alimentaire non digestible (fibres non digestibles, fructo-oligo-saccharides…) qui exerce une action bénéfique sur la santé en stimulant sélectivement la croissance et/ou l’activité métabolique d’une ou d’un nombre limité de bactéries de l'intestin. Un symbiotique est l’association d’un probiotique et d’un prébiotique.
|
Les antibiotiques peuvent également avoir des effets dévastateurs surtout lorsqu’ils affectent les souches dominantes. Si ces dernières sont affaiblies, elles ne sont plus en mesure d’exercer de pression sur les souches sous-dominante pathogènes qui vont se mettre à proliférer et à entraîner des infections gastro-intestinales ou des diarrhées.
Quel est le rôle de la flore dans la santé humaine ?
La flore intestinale joue trois rôles fondamentaux pour la santé :
- D’abord un rôle nutritionnel. En s’attaquent aux aliments qui n’ont pas été digérés, elle procède à leur dégradation par fermentation. Certains métabolites issus de ces fermentations, notamment les acides gras à chaîne courte (lien vers dossier acides gras), jouent un rôle bénéfique pour la santé. Les bactéries permettent aussi de détoxifier certains nutriments. Des chercheurs de l'INRA ont montré par ailleurs que les glucosinolates, des substances trouvés dans les plantes de la famille des crucifères (chou, navet, chou-fleur…) sont transformés par les bactéries intestinales en des molécules qui ont des propriétés anti-cancérigènes, en particulier les isothiocyanates contre le cancer colorectal. Certaines bactéries sont également capables de synthétiser de la vitamine K indispensable à la coagulation sanguine.
-La flore joue ensuite un rôle de barrière contre les microorganismes pathogènes en les empêchant de se fixer sur la paroi intestinale par divers mécanismes : soit par la compétition entre bactéries (pour les même substrats, pour les même sites récepteurs sur la paroi…), soit par la production de substances nocives pour les pathogènes (antibiotiques, bactériocine…), soit par la constitution d’un environnement peu propice à leur développement (trop acide ou trop riches en substances néfastes). Certaines espèces bactériennes de la flore peuvent également agir sur les gènes vitaux des pathogènes en les empêcher de s’alimenter ou de se reproduire.
- Enfin la flore joue un rôle fondamental dans l’« éducation » et la stimulation du système immunitaire. L’intestin contient autant de cellules immunitaires que tous les autres organes immunitaires réunis (le thymus, la rate, la moelle osseuse, les ganglions et le sang). On appelle le système immunitaire intestinal le GALT, pour Gut-Associated Lymphoid Tissue. Il est considéré comme le premier organe immunitaire de l’organisme. Il a une mission ambiguë puisqu’il doit en même temps réagir contre les pathogènes mais tolérer les substances alimentaires et les microorganismes présents en permanence dans le tube digestif. La flore va stimuler le GALT en lui apprenant à reconnaître les microorganismes néfastes contre lesquels il doit réagir. Elle module également les réactions immunitaires, on parle de rôle « immunomodulateur ».« Dans des conditions rares et encore mal connues, il arrive que cette stimulation immunitaire soit excessive et entraîne certaines maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ou MICI (comme la rectocolite hémorragique et la maladie de Crohn) explique Gérard Corthier, chercheur à l’Inra. Dans ce cas l’individu ne tolère plus sa propre flore digestive et des lésions inflammatoires apparaissent là où les concentrations en microorganismes sont les plus élevées.
Et les probiotiques dans tout ça
« Les bonnes bactéries permettent de maintenir les organismes pathogènes en petit nombre, explique Gary Huffnagle. Mais ils ont aussi pour effet de stimuler le système immunitaire et d’améliorer les fonctions digestives. »
Une infection, une maladie, une déficience du système immunitaire, le stress suffisent à déséquilibrer la flore bactérienne intestinale. La prise d'antibiotiques qui constitue l'agression la plus virulente peut également avoir des effets dévastateurs. L’équilibre de la flore intestinale est pourtant un gage de bonne santé. Et c’est ici que les probiotiques peuvent jouer un rôle même si on ne connaît pas encore bien leur mode opératoire.
Il semble que ceux-ci soient capables de favoriser le développement d’une souche au détriment d’une autre, via des messagers qu’ils vont synthétiser et qui vont moduler le métabolisme d’une souche bactérienne particulière. L’effet peut aussi résulter d’une interaction entre la bactérie probiotique et les cellules intestinales dont le métabolisme peut aussi être modifié. Parfois, une colonie de probiotiques empêche des pathogènes de proliférer en se multipliant et en occupant le terrain sur la paroi intestinale.
Les souches de probiotiques les plus connues, les plus étudiées et dont l’efficacité a été scientifiquement prouvée sont des lactobacilles (genres Lactobacillus) et des bifidobactéries (genre Bifidobacterium), soit des levures (Saccharomyces) :
- Lactobacillus casei, Lactobacillus rhamnosus, Lactobacillus acidophilus et Lactobacillus plantarum,pour les lactobacilles.
- Bifidobacterium longum, Bifidobacterium breve et Bifidobacterium bifidum, pour les bifidobactéries.
- Saccharomyces cerevisiae boulardii pour les levures.
Dès le 2 janvier, lisez l’article « La vérité sur les probiotiques » dans ConsoSanté du mois de janvier 2007.