Le 21 juin 2003, les responsables de SU.VI.MAX ont dévoilé les premiers résultats de cette étude clinique française qui a consisté, entre 1994 et 2002 à administrer à 13 017 personnes soit un supplément de minéraux et de vitamines, soit un placebo.
23 juin 2003

Le supplément quotidien utilisé était composé de bêta-carotène synthétique (6 mg), vitamine E synthétique (30 mg), vitamine C (120 mg), sélénium (100 mcg). Les résultats font apparaître une baisse des cancers de 31 % chez les hommes qui avaient pris les antioxydants, et un recul de la mortalité chez les mêmes hommes de l’ordre de 37 %. Aucun bénéfice, qu’il s’agisse des cancers ou de la mortalité, n’a été retrouvé chez les femmes. Enfin, le complément antioxydant n’a pas protégé celles et ceux qui le prenaient du risque d’infarctus.
Des résultats embarrassants
La communication des résultats de SU.VI.MAX a donné lieu le 21 juin à d'étranges contorsions. Les résultats eux-mêmes ont été rapidement évacués, et le principal responsable de l’étude, le Dr Serge Hercberg s’est alors lancé dans une longue et surprenante mise en garde sur les compléments alimentaires, pourtant à l’origine d’une nette baisse des cancers dans son étude. Les résultats de cette étude, a-t-il martelé, « ne justifient pas l’utilisation de suppléments » qui pourraient « détourner les consommateurs des fruits et légumes. » Et de souligner que les résultats obtenus dans l’étude peuvent facilement être atteints en mangeant des fruits et légumes (une information reprise en choeur par les médias !). Alors pourquoi avoir donné un complément alimentaire plutôt que faire des recommandations en termes de consommation de fruits et légumes ? Pour des "impératifs méthodologiques". Ah bon.
En réalité, les résultats positifs trouvés chez les hommes de SU.VI.MAX sont bien dûs à des capsules de vitamines et minéraux et non à "des fruits et légumes" même si l'intérêt des fruits et légumes ne fait aucun doute, et qu'il était connu bien avant le lancement de l'étude SU.VI.MAX.
Aucun scientifique de bonne foi ne peut se permettre de faire des extrapolations hasardeuses à partir de résultats obtenus avec un protocole particulier, en l'occurence prétendre que si un complément de vitamines et minéraux fait reculer le cancer, il en ira exactement de même en mangeant des végétaux qui n'apportent ni assez de zinc, ni assez de sélénium, ni assez de vitamine E - sauf à en ingurgiter plusieurs kilos par jour.
Il est clair en revanche que ces résultats embarrassent un chercheur qui n’a cessé de clamer haut et fort depuis 8 ans que les compléments de vitamines sont « inutiles » et qu’ils peuvent même être «dangereux. »
Un entêtement incompréhensible
Nous sommes au contraire nombreux à souligner depuis des années l'intérêt des compléments de vitamines et minéraux, y compris lorsque l'alimentation est riche en fruits et légumes. Comme par exemple le Pr Jeffrey Blumberg qui dès 1994 dans Sciences et Avenir appelait les Français à ne pas attendre la fin de SU.VI.MAX pour prendre de tels compléments. Nous sommes bien sûr sincèrement reconnaissants au Dr Hercberg d’avoir confirmé que les compléments de vitamines et minéraux sont efficaces en conduisant une étude dont la mise au point et le suivi ont demandé beaucoup d’abnégation, de ténacité et de travail. En même temps, nous sommes nombreux des deux côtés de l’Atlantique à ne pas comprendre l’entêtement de ce chercheur à vouloir minimiser l’impact des compléments de vitamines et minéraux. Est-ce par peur de se déjuger ?
Comment peut-on, comme il l’affirme, prétendre que les doses totales absorbées dans SU.VI.MAX sont des doses nutritionnelles, alors qu’elles représentent 4 fois les apports actuels en vitamine E, plus de 2 fois les apports en vitamine C, près de 3 fois les apports en sélénium et près de 2 fois les apports en zinc ? Ces doses sont hors de portée d'une alimentation normale, fût-elle riche en fruits et légumes.
Pourquoi, dans le document de présentation des résultats de SU.VI.MAX passer volontairement sous silence les résultats positifs de l'étude ATBC de 1994 montrant qu'un supplément de vitamine E diminue le risque de cancer de la prostate d'un tiers ?
L’étude SU.VI.MAX vient s’inscrire dans la lignée des études d’intervention qui ont déjà conclu comme en 1994 en Chine (cancers de tous sites) et en Finlande (cancer de la prostate), en 1996 à Boston (cancer de la prostate) à l’intérêt des suppléments antioxydants. Sans compter les dizaines d'études prospectives qui concluent aux mêmes effets. Elle confirme le bien fondé des recommandations de centaines de chercheurs et médecins visant à encourager la prise quotidienne de suppléments de vitamines et minéraux. Prendre de tels suppléments n’est absolument pas une incitation à manger moins de fruits et légumes comme le craint le Dr Hercberg. Au contraire, les études montrent que les consommateurs réguliers de compléments alimentaires sont aussi ceux qui ont le mode de vie le plus irréprochable et qui consomment... le plus de fruits et légumes !
Les résultats de l'étude devraient aussi inciter à plus de retenue certains médecins qui se sont récemment répandus dans la presse pour mettre en garde contre les compléments alimentaires contenant du bêta-carotène. Selon ces "experts", de tels compléments augmenteraient le risque de cancer et de maladies cardiovasculaires. On voit aujourd'hui ce qu'il en est...
Un combat d'arrière garde
Celles et ceux qui s'intéressent aux relations entre alimentation et santé ne doivent pas se laisser influencer par les interprétations saugrenues que font et ferontles responsables de SU.VI.MAX de leurs propres résultats.
Dans le cadre d'une alimentation riche en fruits et légumes, en céréales peu transformées, en respectant un bon équilibre entre acides gras essentiels (huile de colza, et non de tournesol comme il est préconisé par SU.VI.MAX, sponsor oblige...), il est conseillé, que l'on soit enfant ou adulte, de prendre quotidiennement, à vie, un complément de vitamines et minéraux à dose modérée.
C'est ce que recommandent des centaines de spécialistes et, depuis janvier 2003, la plus prestigieuse équipe de chercheurs en nutrition au monde, celle de l'Ecole de santé publique de Harvard. Car telle est la leçon tirée de milliers d'études expérimentales, épidémiologiques et cliniques. Ceux qui continuent de soutenir le contraire, en dépit des preuves scientifiques qui s'accumulent, mènent un combat d'arrière-garde, dogmatique et dérisoire...