Jusqu'au 2 octobre 2006, le Musée des Beaux-Arts de Quimper présente les oeuvres méconnues d'un artiste incompris. Deux raisons de s'y précipiter.
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C’est une réelle injustice que répare le musée des Beaux-Arts de Quimper en consacrant une exposition lumineuse à Lucien Simon. « Lucien qui ? » disent ceux dont l’horizon artistique s’arrête aux impressionnistes. Lucien Simon, oublié pour être né trop tôt ou trop tard, 39 ans en 1900, un artiste ni vraiment du XIXème siècle, ni tout à fait du XXème siècle. Lucien Simon, effacé des mémoires, méprisé par les critiques et les conservateurs pour avoir tourné le dos à l’impressionnisme et aussi parce qu’il représente l’antithèse du peintre maudit. Pensez, un grand bourgeois parisien, qui accumula les commandes officielles, de surcroît chevalier de la Légion d’honneur, professeur aux Beaux-Arts, élu à l’Académie des Beaux-Arts, dont les œuvres jusqu’en 1930 se sont littéralement arrachées. Surtout perpétuant le geste de Velazquez ou de Franz Hals alors qu’autour de lui le cubisme d’un côté, le mouvement dada de l’autre achèvent de détricoter la tradition picturale. Mais il faut remonter aux origines : la fin du XIXème siècle voit l’irrésistible montée de la « peinture claire » popularisée plus tôt dans le siècle par Manet, puis les impressionnistes. Monet a 55 ans, il est installé à Giverny depuis 5 ans, la gloire et l’aisance pour ne pas dire la richesse sont tombées sur lui. Mais l’impressionnisme n’est pas pour autant triomphant. Au tournant du siècle plusieurs artistes, dont Charles Cottet et Lucien Simon se réclament d’une peinture fondée sur la valeur plutôt que sur la couleur, où la composition tient un rôle majeur.

Cette peinture prend racine chez Hals et Velazquez, elle a trouvé des relais chez Corot dans le paysage, Fantin-Latour, Whistler ou Eugène Carrière dans les portraits et scènes de genre. Avec l’anglais Frank Brangwyn qui expose au Salon de 1995 un tableau intitulé Les Boucaniers, Cottet et Simon seront collectivement désignés sous le nom de « la Bande noire ». Tous rencontrent un écho favorable auprès de la critique peut-être déjà lassée des hardiesses impressionnistes. Quant à l’Etat, il lui passe commande sur commande. De 1880 à 1883, Lucien Simon a suivi à l’académie Julian les cours de Tony Robert-Fleury et William Bouguereau et même s’il ne se réclame pas de ce dernier, cette filiation qui le lie aux peintres « officiels » est une fameuse carte de visite. Lucien Simon le paiera, à titre posthume.

Lucien Simon est devenu embarrassant dès après la guerre, dans une atmosphère de rejet des traditions classiques (qui ira jusqu’à l’abandon par les Beaux-Arts de l’enseignement des techniques de dessin et de peinture). L’Etat s’est débarrassé de ses collections d’œuvres en les mettant en dépôt dans des préfectures ou des mairies. Beaucoup de tableaux ont été « perdus » ou volés, comme les quatre grandes décorations de la bibliothèque du Cercle naval de Toulon, mais on peut voir la Procession au musée d’Orsay. Aujourd'hui, les historiens de l’Art ne savent pas le situer, alors ils l’oublient ou le considèrent comme un suppôt de l’art officiel, un attardé du réalisme, un maniaque du régionalisme, de la tradition, voire un obscurantiste fasciné par les scènes religieuses bretonnes qu’il a peintes à plusieurs reprises.
La Bretagne, qu'il a tant aimée, a la première décidé de réhabiliter Lucien Simon, lui qui passait chaque année de longues périodes près de Bénodet. A l’ombre de la cathédrale de Quimper, emmaillotée pour cause de travaux comme un engin spatial dans un opéra gothique, on peut, au Musée des Beaux-Arts, se pénétrer du talent et de l’humanité de Lucien Simon, de son amour des gens du pays Bigouden, cette « puissante race », disait-il, de son plaisir de peindre les étoffes, les visages graves des hommes, la sensualité retenue des femmes. Des peintures et des aquarelles solidement construites, d’une fluidité rayonnante. Et l’on réalise alors à quel point Lucien Simon, peintre de deux siècles nous déconcerte, à vouloir ranimer Velazquez à l’époque de Jacques-Henri Lartigue. « C’est un tempérament complexe, écrivait de lui Max Jacob en 1898. Il y a du poète chez cet homme d’esprit, du littérateur chez ce peintre, de la verve et de l’inquiétude fébrile, de l’activité travailleuse ou névrosée sous ce calme un peu maladif, de la vigueur, enfin, dans cette main longue de rêveur. Ne vous fiez pas à l’aspect un peu frustre de cette peinture : il y a beaucoup d’art chez ce primesautier, beaucoup de science innée dans la rapidité de cette brosse. »

L'exposition
Musée des beaux-arts
40, place Saint-Corentin
29000 Quimper
Tel : 33 (0)2 98 95 45 20
Fax : 33 (0)2 98 95 87 50
E-mail : musee@mairie-quimper.fr
Site internet : http://musee-beaux-arts.quimper.fr
Horaires d'ouverture de l'exposition: de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h.
Fermeture le mardi. Ouvert les jours fériés.
Cette exposition est accompagnée par l’édition d’un excellent livre d'André Cariou, conservateur en chef du musée des beaux-arts de Quimper et commissaire de l’exposition (cette chronique s'en inspire largement). Cet ouvrage de 172 pages, illustré par 198 reproductions en couleurs, est édité par les Editions Palantines, 49 Hent Penc’hoad Bras 29700 Plomelin, (Tél. 02 98 52 91 91), et vendu au prix de 38 €. Commandez-le sans tarder !