publicité

mercredi 22 mai 2013 - pour plus de confort utilisez mozilla firefox ou google chrome

Abonnez vous à la newsletter de lanutrition.fr

Aliments à la loupe

Comment l’industrie pharmaceutique nous fait avaler ses médicaments inutiles

  • Une étude américaine permet de comprendre pourquoi des centaines de milliers de personnes se voient prescrire des médicaments inutiles, là où une simple modification du mode de vie suffirait.
Thierry Souccar - Lundi 17 Septembre 2012
Partagez |
Comment l’industrie pharmaceutique nous fait avaler ses médi...
AugmenterRéduireTaille du texte

Si l’on se fie aux chiffres rassemblés dans les comptes nationaux de la santé de 2010, le volume des médicaments consommés en France augmente en moyenne de près de 5% par an depuis 2000. La parution du livre des Dr Even et Debré qui s’en prend à la prescription de médicaments inutiles est l’occasion de se demander comment dans une société raisonnable, qui se dit cartésienne, on peut continuer de prescrire avec l’encouragement des pouvoirs publics des médicaments souvent sans utilité clinique (ou à des doses exagérées), aux effets secondaires graves, pour un coût exorbitant.

Un article publié dans le numéro de septembre/octobre 2012 des Annals of Family Medicine éclaire ce phénomène d’un jour très instructif. (1)

Linda Hunt (Université du Michigan, East Lansing) a analysé avec son équipe la prise en charge des patients atteints de diabète de type 2 et d'hypertension artérielle dans 44 cabinets médicaux du Michigan en 2009 et 2010. Les chercheurs ont conduit des entretiens avec 58 médecins, des infirmières et des auxiliaires de santé ; ils ont assisté à 107 consultations avec 12 praticiens dans 6 cliniques et interrogé 70 patients traités par ces 12 cliniciens.

89% des patients interrogés prenaient de nombreux médicaments : 5 médicaments ou plus pour 51% d’entre eux, ce qui relève de la polymédication et augmente de manière exponentielle le risque d’effets indésirables.

En moyenne, les 70 patients prenaient 4,8 médicaments chaque jour. 57% d’entre eux prenaient des médicaments pour des troubles (gastriques et respiratoires) vraisemblablement déclenchés par leur traitement. 70% des patients avaient souffert d’effets indésirables liés au traitement du diabète ou de l’hypertension. Pourtant aucun des médecins, sauf un, n’avait jugé utile de diminuer les doses ou changer de traitement.

Comment en est-on arrivé à prescrire tant ?

Réponse des chercheurs dans cet article : « Nous avons relevé un scénario commun : les patients ont commencé à prendre des médicaments à la suite d’examens avec des résultats modérément élevées, ils ont développé de nouveaux symptômes, ont subi d’autres examens avec des résultats là aussi en dehors des valeurs de référence et on leur a prescrit plus de médicaments.  Ces médicaments devaient être pris en permanence afin que leurs résultats biologiques reviennent dans les valeurs de référence. »

Les auteurs de cette étude expliquent aussi que lorsqu’un patient est diagnostiqué avec une maladie, le diabète par exemple, les valeurs de référence pour d’autres paramètres comme la pression artérielle et le cholestérol sont plus strictes. C’est ainsi que de nouveaux médicaments apparaissent « en cascade » sur l’ordonnance.

Lorsqu’ils ont pu assister à des consultations, les chercheurs ont noté que les médecins se focalisaient de manière quasi systématique sur la prescription de médicaments sans aborder - ou très peu - l’alimentation et l’exercice physique.

Tous les médecins interrogés prescrivaient au moins 2 médicaments pour l’hypertension ou le diabète et 43% associaient souvent 3 médicaments et plus.

Dans cette étude, 67% des médecins disent qu’ils suivent en cela les recommandations de pratique médicale. Seuls 4% s’interrogent sur le bien-fondé de ces pratiques.

Ces pratiques sont édictées par les agences gouvernementales : aux Etats-Unis la FDA, en France l’Afssaps.

Derrière les recommandations officielles, le marketing des labos

Prenons la valeur de cholestérol-LDL (le soi-disant « mauvais cholestérol »). Les experts de l'Afssaps considèrent depuis 2005 que le taux de LDL doit être inférieur à 1 g/l chez les patients atteints de maladie cardiovasculaire avérée ou ayant un risque équivalent (diabète de type 2 à haut risque, probabilité de survenue d'un événement coronarien supérieure ou égale à 20 % dans les 10 ans à venir).

Or en 2000, l’objectif en prévention secondaire (dans le cas d’une maladie coronarienne) fixé par l’Anaes et l’Andem était de ne pas dépasser 1,3 g/l. Il a donc été abaissé de 23% en cinq ans.

Les chercheurs de l’université du Michigan relèvent que cet abaissement au cours du temps des valeurs-cibles de référence touche quasiment tous les paramètres biologiques, ce qui stimule la prescription des médicaments.

Ces valeurs de référence fixées en 2000 puis en 2005 aux médecins sont-elles issues des résultats d’études indépendantes ? Pas du tout. L’Afssaps indique clairement que « les valeurs de la LDL-cholestérolémie retenues comme objectifs thérapeutiques ne sont pas des valeurs expérimentales définies par des essais d’intervention ni par des analyses coût-bénéfice. Elles ont été fixées consensuellement (avis d’experts et recommandations européennes et internationales actuelles). »

Ces recommandations « consensuelles » d’experts sont bizarrement en contradiction avec les données disponibles à l’époque sur l’intérêt clinique (et la sécurité pour les patients) d’abaisser le LDL à un tel niveau. (2)

Evidemment, une bonne partie des « experts » qui ont présidé à ces recommandations ont des liens étroits et réguliers avec l’industrie pharmaceutique et/ou agro-alimentaire (qui commercialise des aliments « anti-cholestérol »). Il en va de même de la plupart sinon la totalité des sociétés dites savantes dont la liste est donnée dans les rapports de 2000 et de 2005.

La pression des laboratoires ne s’exerce pas que sur les agences et leurs experts.

Les auteurs de l'étude américaine ne nous apprennent rien en écrivant que les médecins sont la cible d’un marketing lourd. Mais ils donnent quelques chiffres. Sur les 53 médecins qui ont accepté d’aborder la question épineuse du marketing des labos, 72% ont déclaré avoir des contacts réguliers avec les représentants des sociétés pharmaceutiques ; 62% d’entre eux voient 10 visiteurs médicaux chaque semaine et 77% trouvent que les informations qu’ils reçoivent de ces visites sont « utiles ».

Conclusion des auteurs de cette étude : si l'on veut que la prescription de médicaments inutiles baisse, les personnes ayant des liens avec l’industrie pharmaceutique devraient être écartées des commissions qui rédigent les guides de bonnes pratiques, et les médecins dissuadés de rencontrer les représentants des laboratoires.

Lire aussi : Statines et cholestérol : la longue marche vers la vérité

Références

(1) Hunt LM, Kreiner M, Brody H. The changing face of chronic illness management in primary care: a qualitative study of underlying influences and unintended outcomes. Ann Fam Med. 2012 Sep;10(5):452-60. PubMed PMID: 22966109.

(2) Hayward RA, Hofer TP, Vijan S. Narrative review: lack of evidence for recommended low-density lipoprotein treatment targets: a solvable problem. Ann Intern Med. 2006 Oct 3;145(7):520-30. Review. PubMed PMID: 17015870.

Réduire Augmenter Taille du texte
Partagez |

Pour aller plus loin : La sélection de LaNutrition.fr

Commentaires  

 
+1 5 01-10-2012 19:06
Le plus grave c'est de creer une hepatomegalie par exces de prise de medicament , la ou l'alimentation pourrait etre une aide

Mar Thiaw , chercheur en nutrition - Senegal
Citer
 
 
+2 4 25-09-2012 22:43
Les Médecins sont formés au diagnostic ,en aucun cas à la prescription si ce n'est par les Big Pharma qui distillent leur propagande de la Fac au cabinets privés et à l’Hôpital ...

Les Médecins sont perfusés par les labos ,de "relations publiques" - restos, week end de golf, de voile - invités par les délégués médicaux en week end à Marrakech pour des séminaires ...

J'ai été la compagne de deux médecins spécialistes, dont un cardiologue - très courtisés les cardiologues, comme les psychiatres...ça prescrit beaucoup de "Blockbuster" ...-

En synthèse après 12 ans de visite médicale , mais en fait très vite, j'ai compris avec ma modeste licence de Biologie que les études étaient lissées, les "tirés à part" tendancieux et que loin du discours éthique ,l'objectif des Labos était de faire prescrire des boites ...ou des vaccins et ce en dépit de toute réalité clinique .
Citer
 
 
+1 3 25-09-2012 22:34
Ex Déléguée Médicale, je suis bien placée pour connaitre la désinformation organisée par les campagnes Marketing destinées sciemment à "dramatiser" certaines pathologies auprès des Médecins afin de vendre des molécules le plus souvent bidouillées et modifiées de façon galénique mais présentées comme nouvelles ...

Ce bourrage de mou avait une efficacité ,c'est que après passage du VM ,le médecin prescrivait plus de la molécule ou la forme galénique présentée et ainsi de suite ...D'où sur prescriptions permanentes car pression des labos par la visite médicale + par les Journaux dépendants de la pu des labos - Impacr Médecin, Le quotidien du médecin-.
Citer
 
 
-1 2 20-09-2012 12:25
je suis tout a fait d'accord sur le fait que les valeurs de référence ne sont pas fiables...la médecine semble sujette à des "modes" comme le prêt à porter ! ainsi ,il y a quelques années faisait on dormir les bébés sur le ventre etc..maintenant on voudrait qu'une personne de + de 80 ans ait une tension de 13/8..parce que oui, ce genre de mode là en avantage certains !!
Citer
 
 
+1 1 francois Dr SAHLI 20-09-2012 03:39
"les médecins dissuadés de rencontrer les représentants des laboratoires". Par paresse ou facilité, c'est leur seul façon de savoir quelque chose de nouveau.Nuls (p.ex.) en nutrition,ils préfèrent gagner du fric plutôt que de s'instruire.Ils préfèrent aussi des loisirs et/ou la vie de famille que s'instruire qui prend du temps.
Citer
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Recettes sans gluten et sans lait à IG bas

Un régime sans gluten ni laitages peut vous changer la vie, à condition de ne pas se tromper. La plupart des aliments farineux sans gluten font grimper la glycémie parce que le blé y est remplacé par des farines de riz ou de maïs qui ont un index glycémique élevé. Si bien qu'on risque de prendre du poids ! Mais Christine Calvet vient de publier un recueil de recettes sans gluten et sans lait, à index glycémique bas : A table ! Sans gluten et sans lait. Une bonne idée pour se faire du bien sans fausse note ! Pour commander ce livre, c'est ici. (Publicité)

La boutique

publicité

publicité

Les guides de A à Z

Les traitements

Les maladies

Les aliments

Les régimes

Les compléments alimentaires