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Dans ce dossier
La France exagère les bénéfices de la mammographie et minimise ses inconvénients
- Les bénéfices de la mammographie sur la mortalité par cancer du sein seraient dix fois moins importants que ceux qu’annoncent les autorités sanitaires françaises
- Les inconvénients du dépistage systématique sont systématiquement minimisés ou passés sous silence
Les bénéfices et les inconvénients de la mammographie débattus dans des forums publics, dans une grande revue médicale, et dans un pays tout entier… Non, ce n’est pas en France que ce débat a lieu ! C’est en Grande-Bretagne, où le programme national de dépistage du sein y est officiellement remis à plat.
En France comme en Grande-Bretagne, les programmes de dépistage par mammographie passent aujourd’hui sous silence les inconvénients du dépistage pour ne mettre en avant que ses bénéfices supposés. La différence, c’est que la Grande-Bretagne a quelques leçons de démocratie sanitaire à nous donner : les critiques qui ont visé le programme national britannique - qui propose une mammographie tous les 3 ans pour les femmes de 47 à 73 ans – se traduisent par la tenue d’un débat public.
Les termes de ce débat sont résumés dans un courrier du Pr Susan Bewley, du King’s College de Londres, qui est publié dans le British Medical Journal du 25 octobre. Dans sa lettre, le Pr Bewley relève que la communication des autorités sanitaires britanniques s’écarte des conclusions du groupe Cochrane pour la Scandinavie, qui est en pointe dans ce domaine.
Que dit ce groupe d’épidémiologistes ?
- Il peut être raisonnable de participer au dépistage du cancer du sein par mammographie, mais il peut être tout aussi raisonnable de ne pas y participer, car le dépistage a des avantages et des inconvénients.
- Si 2000 femmes sont soumises à un dépistage régulier pendant 10 ans, une va en bénéficier, car elle va éviter un décès par cancer du sein.
- Dans le même temps, 10 femmes en bonne santé se verront diagnostiquer un cancer et seront traitées inutilement car les tumeurs dépistées n'auraient évolué que très lentement ou n'auraient pas évolué du tout (pseudo-cancer). Ces femmes auront soit une partie soit la totalité du sein enlevé, et recevront souvent une radiothérapie et parfois une chimiothérapie.
- Par ailleurs, les médecins annonceront à tort à environ 200 femmes en bonne santé qu’elles ont un problème, avant que des analyses plus poussées contredisent ce diagnostic. Elles subiront inutilement un stress psychologique aux conséquences parfois graves.
Susan Bewley ajoute que l’affirmation selon laquelle le dépistage par mammographie sauve 1400 vies par an n’a pas été validée de manière indépendante.
Dans une analyse publiée en ligne le 24 octobre dans Archives of Internal Medicine, deux universitaires américains mettent même en doute l'affirmation selon laquelle « la mammographie sauve des vies. » Les Dr Gilbert Welch et Brittney Frankel, de l’Institut Dartmouth (New Hampshire) y assurent que la plupart des femmes dont le cancer du sein a été détecté par mammographie n'ont pas eu leur vie sauvée par ce dépistage. « Elles ont plutôt reçu un diagnostic précoce (sans effet sur la mortalité) ou elles ont fait l’objet un surdiagnostic. »
Le débat a conduit les autorités britanniques à demander il ya quelques semaines un examen indépendant des données de la recherche sur le dépistage du cancer du sein. A cet effet, des experts indépendants n’ayant jamais publié sur ce sujet sont recrutés pour éviter toute interférence.
En outre, l'information délivrée au public sera également revue par une équipe indépendante, et elle prendra en compte la réflexion actuelle sur la nécessité de décrire les avantages et les inconvénients du dépistage, afin d'offrir un choix éclairé.
En France, le programme national de dépistage organisé du cancer du sein a été généralisé à l'ensemble du territoire en mars 2004. Les femmes âgées de 50 à 74 ans sont invitées tous les deux ans par courrier, ou à l'initiative de leur médecin, à faire pratiquer une mammographie associée à un examen clinique des seins. Les brochures et sites Internet, qu’il s’agisse du ministère de la santé, de l’Institut national du cancer, ou de l’assurance maladie mettent en avant, comme en Grande-Bretagne, les bénéfices potentiels de la mammographie, sans s’attarder sur ses inconvénients. Les autorités sanitaires affirment même que « plus de 3000 vies pourraient être sauvées chaque année si 70% au moins des femmes de 50 à 74 ans réalisaient un dépistage tous les deux ans. »
Mais selon deux épidémiologistes de Cochrane, Karsten Juhl Jørgensen et Peter Gøtzsche, de tels chiffres sont fantaisistes. Le dépistage organisé permettrait de sauver la vie d’une femme sur 2000 après 10 ans d’examens réguliers. La population visée par le dépistage en France étant de 4 500 000 femmes, le bénéfice de la mammographie se situerait autour de 2250 vies sur 10 ans, soit 225 par an. Ce n’est pas négligeable bien sûr, mais c’est 13 fois moins que le chiffre annoncé par les autorités sanitaires. Du coup, comme en Grande-Bretagne se pose la question non seulement de la fiabilité des informations communiquées aux médecins et aux femmes, mais aussi de l'équilibre de ces informations. Un débat est donc souhaitable afin que les Françaises prenennt la meilleure décision possible. Mais ne comptez pas sur les autorités sanitaires pour le lancer. On est en France, que diable !
Pour une information plus équilibrée que celle diffusée par le ministère de la santé
Consultez le document rédigé par le groupe Cochrane (en anglais seulement)
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Commentaires
Il est vrai que les taux de cancers du sein atteignent des records alors qu'on se dit etre dotés de la meilleure politique de prevention et detection... il y a bien un probleme.
La mammographie detecte des calcifications (DCIS-ductal carcinoma in situ). Parfois ces calcifications n'evoluent pas. Autre raison: la radio est soumise a l'interpretation du radiologue. Certains detectent mieux que d'autres. Certains en cas d'ambiguite disent qu'il n'y a rien d'anormal, d'autres exigent des analyses supplementaires . C'est loin d'etre clair comme de l'eau de roche alors que l'on aimerait tous que la medecine moderne nous donne des reponses claires. Ca n'est qu'une photo en noir et blanc. Je conseille vivement l'article de Malcom Gladwell "the picture problem" a ce sujet (dispo sur le net en anglais)
Quelle est d'après vous la fréquence la moins préjudiciable au vu de ces informations ?
Avez-vous des résultats sur l'impact des rayons sur les seins pendant une mammographie? Y a-t-il un risque de développer un cancer du sein par bombardement de ces rayons?
Est-ce que l'échographie est moins dangereuse et quelle est son efficacité dans le dépistage du cancer du sein?
Merci d'avance,
Muriel
2 sources interessantes sur la mammographie (et abordables pour les non scientifiques qui reflechissent):
1. Le livre What the dog saw de M. Gladwell: chapitre "the picture problem - mammography, air power, and the limits of looking"
2. le livre bad medecine de W.C.Douglass, why you don't need a mammogram
J'ai travaillé dans le secteur. j'y croyais, j'y crois nettement moins avec le recul.....
Beaucoup de personnes qui venaient tous les 6 mois se sont vu découvrir une tumeur mammaire à opérer.
Chez celles qui venaient moins, il y avait moins de positifs. Bref, on sait qd même que les rayonnements sont mutagènes et successibles de déclencher des tumeurs sur des cellules un peu affaiblies...
Dès lors.....
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