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Grand Prix de la Propagande janvier 2007 : le SEDIF et Cristaline
En janvier 2007, le Grand Prix de la Propagande est décerné conjointement au Syndicat des eaux d’Ile-de-France et à l’eau de source Cristaline, qui, par campagne publicitaire interposée se déchirent dans une spectaculaire guerre de l’eau.
C’est le Syndicat des eaux d’Ile-de-France qui a tiré le premier avec une campagne dirigée contre l’eau en bouteilles : « Quelle marque distribue un milliard de litres chaque jour et pas une seule bouteille ? » Slogan complété d’un autre : « Quelle marque livre à domicile, 365 jours par an, une eau d’excellente qualité ? ». Réplique presque immédiate du groupe Neptune, propriétaire de Cristaline sous la forme d’une vague d’affichage mettant en avant le prix élevé de l’eau du robinet, son mauvais goût, («Qui prétend que l’eau du robinet a bon goût ne doit pas en boire souvent.» ) sa teneur en plomb, en nitrates et en chlore, et surtout le fait qu’elle soit issue d’eaux usées, notamment celle des sanitaires : « Je ne bois pas l’eau que j’utilise », clame une publicité montrant une cuvette de WC. « Je choisis Cristaline. »
L’affaire prend vite des proportions surréalistes. Nelly Olin, la ministre de l’Ecologie coiffe le casque lourd. Selon elle, la campagne de Cristaline est «malhonnête». «L’eau du robinet est contrôlée systématiquement, c’est une eau de qualité», peste-t-elle. Le syndicat CFDT du personnel de la distribution de l’eau «proteste fermement contre ces méthodes qui portent le discrédit auprès de la population sur un secteur réglementé et qui fait l’objet de toutes les surveillances». Bertrand Delanoë, maire de Paris, et Anne Le Strat, PDG d'Eau de Paris, société d’économie mixte de la Ville de Paris jugeant que la campagne de Cristaline " porte atteinte à l’image de l’eau du robinet et à la qualité du service public de l’eau " décident de porter l’affaire devant les tribunaux. L’association Agir pour l’environnement affirme un peu rapidement que «l’eau du robinet est parfaitement potable, contrôlée et de qualité comparable à celle des eaux embouteillées.»

L’avis de LaNutrition sur l’eau du robinet en Ile-de-France et en France
L’affirmation du SEDIF selon laquelle l’eau du robinet en Ile-de-France serait « d’excellente qualité » est suffisamment gonflée pour mériter l’attribution du Grand Prix de la Propagande. A preuve, les deux rapports récents de la Direction générale de la Santé (DGS) : « L’eau potable en France 2002/2004 » et « Les pesticides dans l’eau potable en France 2001/2003 ». Bilan de ces rapports : l’eau de distribution est globalement de bonne qualité, mais on est encore loin de l’excellence.
Certes le risque d’épidémie infectieuse transmis par l’eau est très faible : les deux dernières ont été recensées en Saône-et-Loire en 2001 (400 cas de gastro-entérites) et dans l'Ain en 2003 (800 cas de gastro-entérites).
Les bémols concernent surtout le risque chimique.
En 2003, 91% de la population, soit plus de 51 millions d’habitants, était alimentée par une eau dont la teneur en pesticides était conforme en permanence aux limites de qualité réglementaire, mais 9% de la population française (soit 5,1 millions de personnes) a bu une eau du robinet qui contenait trop de pesticides. Trois départements sont particulièrement concernés : l’Oise, l’Eure-et-Loir et…, un département d’Ile-de-France : la Seine-et-Marne.
Côté nitrates, en 2002, des teneurs en nitrates élevées (40 à 50 mg/l quand la norme de potabilité est à 50 mg/l) ont été constatées dans 5,6% des installations de production (eaux brutes).
Le rapport de la DGS ne s’attarde pas sur la présence d’autres substances indésirables.
A commencer par l’aluminium. Les usines de traitement de l’eau utilisent du sulfate d'aluminium, pour favoriser l'agglomération des particules qui peuvent alors être plus facilement éliminées par décantation. Une enquête de la Direction générale de la Santé en 2001 a recensé 706 installations utilisant des traitements à base d'aluminium. L’aluminium est un neurotoxique. C'est pourquoi l'Organisation Mondiale de la Santé ont défini des doses limites. Sachant que l’eau contribue en moyenne à 5% des apports d’aluminium, l'OMS a adopté une valeur guide pour l'aluminium dans l'eau de boisson de 200 ug/l. Ce seuil a été repris par la directive européenne n° 98/83/CE du 3 novembre 1998 et par le décret 2001-1220 du 20 décembre 2001 relatif aux eaux destinées à la consommation humaine. Ce seuil n'est cependant pas un paramètre de santé, mais seulement un « paramètre indicateur de qualité témoin du fonctionnement des installations de production et de distribution d'eau ».
Plusieurs études – mais pas toutes – ont associé la consommation d’aluminium de l’eau à un risque accru d’Alzheimer : ce lien reste donc sujet à débats. Cependant, une étude française récente a conclu que « les sujets vivant dans les communes distribuant une eau supérieure à 100 ug/l auraient deux fois plus de risques de développer la maladie. Lorsque l’eau est en même temps riche en silice ce risque est réduit, voire annulé.
Enfin, on ignore presque tout des effets à long terme de substances qui sont des sous-produits de la désinfection de l’eau : les trialométhanes et les haloacides.
Les trihalométhanes (THM) sont des sous-produits de la chloration de l’eau. Ils comprennent le bromoforme, le chloroforme, le bromodichlorométhane et le chlorodibromométhane. Les THM sont suspectés d’augmenter le risque de cancer de la vessie et d’affecter le bon déroulement des grossesses. Il n’y a généralement pas de THM dans l’eau en bouteilles. Au moment où le SEDIF, la ministre de l’écologie, le maire de Paris et quelques associations de défense l’environnement affirment que l’eau du robinet est comparable à l’eau en bouteilles, une nouvelle étude montre que l’eau qui contient des THM augmente de manière importante les risques de cancer de la vessie. Le docteur Cristina M. Villanueva et ses collègues de l’Institut de recherche médical de Barcelone (Espagne) ont comparé un groupe de 1219 hommes et femmes souffrant d’un cancer de la vessie à un groupe « témoin » de 1271 individus en bonne santé. Ils ont cherché à savoir s’il existait un lien entre le cancer de la vessie et le chlore. Plus précisément entre ce cancer et les trihalométhanes. Publiés dans l’American Journal of Epidemiology, les résultats montrent que les personnes vivant dans des habitations approvisionnées avec une eau contenant plus de 49 microgrammes de THM par litre (un taux courant dans nos pays industrialisés) ont deux fois plus de risques d’avoir un cancer de la vessie que ceux dont l’eau en contient moins de 8 microgrammes. Les haloacides sont une autre catégorie de sous-produits de la désinfection de l’eau. Ils comprennent l’acide monochloroacétique, l’acide dichloroacétique, l’acide trichloroacétique, l’acide monobromoacétique, l’acide bromochloroacétique et l’acide dibromoacétique. On connaît mal leurs effets sur la santé.
LaNutrition reconnaît que consommer de l’eau du robinet est un geste citoyen qui réduit la pollution des matières plastiques et préserve l’environnement. Mais on attend encore des distributeurs qu’ils nous proposent une eau qui soit réellement « d’excellente qualité. »

Comment réduire l’exposition aux THMAvant de consommer l’eau, aérez-la avec un mélangeur ou gardez-la au réfrigérateur 24 heures pour que les THM puissent s’évaporer Installer un appareil de traitement de l’eau par charbon activé ou utiliser un pichet filtrant. Quand vous prenez une douche ou un bain, pensez à bien aérer la salle de bain en ouvrant la fenêtre ou en mettant le ventilateur en fonction. On est moins exposé aux THM en prenant un bain qu’en prenant une douche. |
L’avis de LaNutrition sur Cristaline et sa campagne
Le Grand prix de la Propagande est attribué conjointement à la marque d’eau de source Cristaline pour sa campagne visant à faire croire que les eaux usées de vos toilettes vous sont resservies au robinet une fois traitées. Car la production d'eau potable et la dépollution des eaux usées sont réalisées par des usines différentes, comme l'a justement fait remarquer Nelly Olin.
Cristaline est aussi récompensée par notre Grand Prix pour avoir depuis 1991 réussi à faire croire au consommateur qu’en achetant cette marque à Morlaix ou à Strasbourg, il boit l’eau d’une seule et même source. Car le succès de Cristaline tient à son prix bas. Et comment parvient-on à vendre un euro le pack de six bouteilles ? En réduisant les coûts de transport. Sous la marque Cristaline sont en réalité vendues des eaux de source qui diffèrent dans leur composition selon le lieu où vous les achetez. L'eau Cristaline provient de 17 sources différentes, propriétés respectives des sociétés de Pierre Castel et Pierre Papillaud, réunies au sein d’un GIE. C’est en 1990 que vient aux dirigeants l’idée de fédérer toutes leurs sources sous un seul et même nom. Un tour de passe-passe génial. Si la réglementation interdit qu’une eau provenant d’une même source soit distribuée sous des marques différentes, elle admet que des eaux provenant de sources différentes soient distribuées sous la même désignation commerciale. Selon Cristaline, la minéralité de l’eau quel distribue « est spécifique et stable dans le temps », comme l’impose la réglementation. Vrai pour chacune des sources considérées séparément mais évidemment pas pour la marque elle-même au niveau national puisque chacune des 17 « sous-Cristaline » a sa minéralité propre. L’intérêt d’une eau en bouteille pour le consommateur, c’est de pouvoir compter sur une composition qui convient à ses besoins, de pouvoir exercer un contrôle sur cette minéralité. Si vous habitez Lille et que vous buvez Arvie, vous savez que l’Arvie vendue au supermarché de Courchevel vous apportera la même quantité de bicarbonates qu’à la maison. Mais avec Cristaline, ça ne marche pas ainsi.
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