Comment le colza protège le coeur

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 25/01/2008 Mis à jour le 10/03/2017
En 1994 tombent les résultats de l’étude de Lyon : un simple régime de type méditerranéen, avec une margarine à l’huile de colza riche en oméga-3 fait baisser la mortalité de 70% chez des cardiaques, par rapport au régime classique conseillé par les cardiologues. Retour sur une étude mythique avec les principaux protagonistes.

Au milieu des années 1980, deux médecins français, Serge Renaud et Michel de Lorgeril émettent l’idée que les habitudes alimentaires expliquent pour l’essentiel, et plus que le tabac et la sédentarité, l’épidémie de maladies cardiovasculaires du XXème siècle.

Le but de l’étude de Lyon ou Lyon Diet Heart Study fut de montrer que des patients ayant un risque élevé de crise cardiaque (l'infarctus du myocarde) pouvaient en changeant leurs habitudes alimentaires diminuer fortement leur risque de récidive. Plus de 600 patients cardiaques furent recrutés. Une partie devait adopter une diète expérimentale dite « méditerranéenne » enrichie en acides gras oméga-3 grâce à une margarine expérimentale à base d’huile de colza. Les autres mangeaient selon les conseils donnés habituellement par les cardiologues à leurs patients cardiaques c’est-à-dire le régime préconisé par la Société américaine de cardiologie.

Des résultats stupéfiants

Victime d’un infarctus le 20 octobre 1990, à l’âge de 57 ans, Robert Dumoulin, ancien cadre supérieur de Renault aurait vraisemblablement rejoint les statistiques de la mortalité cardio-vasculaire, s’il n’avait pas en 1991 donné son accord pour participer avec les 600 autres volontaires à cette étude. “ Nous avons été répartis en deux groupes égaux, se souvient-il. Le premier a suivi pendant deux ans les conseils alimentaires prescrits par les cardiologues. Le second, un régime alimentaire inspiré du modèle crétois. ” Robert Dumoulin a eu de la chance. Il a “ tiré ” le groupe oméga-3, celui qui ne suivait pas les préconisations des cardiologues. Pourtant les patients de ce dernier groupe avaient profité de tous les conseils de mode de vie (tabac, exercice physique, etc.) que l’on donne après une attaque cardiaque.

Car en mars 1993, les résultats se dessinent : ils sont stupéfiants. Il y a eu 20 décès dans le groupe “ cardiologues ”, mais seulement 8 dans le groupe “ Crétois ”, une réduction de 70% ! (1)

Un rôle protecteur fondamental pour les oméga-3

Les résultats de l'étude de Lyon furent publiés en deux temps (1994 et 1999). Au final, tous les risques (de décès, de décès cardiaque, de nouvel infarctus et de toutes les autres complications coronariennes) furent réduits par le nouveau régime d'au moins 50 % et jusqu'à 70 % pour certaines complications.

Les propriétés du colza

Les huiles contiennent des molécules appelées acides gras, dans des proportions qui varient selon leur origine. Deux de ces acides gras, l’acide linoléique et l’acide alpha-linolénique sont essentiels, parce que l’organisme ne sait pas les fabriquer. “ Les Crétois et les Japonais, deux populations qui ont la meilleure espérance de vie au monde consomment des quantités importantes d’acide alpha-linolénique, explique Serge Renaud. Nous avons donc donné à une partie de nos patients une margarine à base d’huile de colza riche en cet acide gras. ” " Contrairement à l’huile de colza, qui apporte les acides linoléiques et alpha-linoléniques dans des proportions idéales pour la santé, l’huile de tournesol contient trop du premier, et pratiquement pas du second, explique le Dr François Mendy, biochimiste. Les personnes qui consomment du tournesol sont aujourd’hui carencées en acide alpha-linolénique. ” L’étude de Serge Renaud montre que le passage à l’huile de colza procure des bénéfices rapides, d’autant que, souligne le chercheur “ ils s’étendent vraisemblablement aux personnes en bonne santé. ”

Quels sont les nutriments responsables des bons résultats de l’étude de Lyon ? Michel de Lorgeril est catégorique : « D’abord les oméga-3, parmi lesquels l’acide alpha-linolénique (ALA) ! Les analyses conduites pour savoir à quels nutriments on devait cette protection ont montré que les oméga-3, notamment l'ALA et le DHA, étaient les premiers facteurs protecteurs. On peut dire qu'ils ont joué un rôle fondamental et que l'étude de Lyon peut être partiellement assimilée à un essai testant les acides gras oméga-3. »

En 2001, l'American Heart Association (la Société américaine de cardiologie), a finalement tenu compte des résultats de l’étude de Lyon et actualisé ses « recommandations nutritionnelles officielles ».

Nouvelles preuves

En 1996, une grande étude épidémiologique pilotée par l’université de Harvard (Boston, Massachusetts) et qui concernait plus de 40 000 hommes a trouvé que l’acide alpha-linolénique, chef de file de la famille oméga-3, protège à la fois de la mortalité cardiaque et de l’infarctus non fatal. (2) Trois ans plus tard, après avoir analysé les données concernant plus de 80 000 volontaires, la même équipe établissait qu’il en allait de même chez la femme. (3)

A l’instar de l’étude de Lyon, des chercheurs indiens et israéliens ont voulu savoir à la fin des années 1990 si un patient cardiaque a plus intérêt à suivre les recommandations classiques des cardiologues (moins de 30 % des calories apportées par les graisses, moins de 300 mg de cholestérol alimentaire par jour) ou un régime de type méditerranéen riche en fruits, légumes, noix ou amandes, céréales complètes dans laquelle les corps gras sont riches en oméga-3. Un tel régime alimentaire, qui permet de multiplier par deux les apports en acide alpha-linolénique divise pratiquement par deux le risque coronarien comme l’ont rapporté les auteurs de l’étude en 2002 dans le Lancet. (4)

Première cause de mortalité cardiaque : le syndrome de mort subite

La grande majorité des décès d’origine cardiaque (60 à 75 % suivant les populations concernées) sont dus au syndrome de mort subite cardiaque qui est lui-même, dans 80 à 90 % des cas, la conséquence d’une arythmie ventriculaire maligne. Les deux principaux facteurs de risque « classiques » de maladies cardiaques, le cholestérol et l’hypertension artérielle, expliquent peu la mort subite. Voilà pourquoi les anticholestérol notamment n’ont pas ou peu d’effet sur la mortalité cardiaque.

 

(1) de Lorgeril M, Renaud S, Mamelle N, Salen P, Martin JL, Monjaud I, Guidollet J, Touboul P, Delaye J. Mediterranean alpha-linolenic acid-rich diet in secondary prevention of coronary heart disease. Lancet. 1994 Jun 11;343(8911):1454-9. Erratum in: Lancet 1995 Mar 18;345(8951):738.

(2) Ascherio A : Dietary fat and risk of coronary heart disease in men : cohort follow up study in the United States. BMJ 1996, 343 : 1454-1459.

(3) Hu FB : Dietary intake of alpha-linolenic acid and risk of fatal ischemic heart disease among women. Am J Clin Nutr 1999, 69 : 890-897.

 

(4) Singh RB : Effect of an Indo-Mediterranean diet on progression of coronary artery disease in high risk patients : a randomised single-blind trial. Lancet 2002, 360 : 1455-1461.

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