Pr Claude Béraud : "Tous les vaccins ne sont pas indispensables."

Par Lanutrition.fr Publié le 10/06/2015 Mis à jour le 16/03/2017
Pour le Pr Claude Béraud, ex-médecin-conseil national de la Caisse d'assurance-maladie, les parents sont en droit de protester contre la difficulté à se procurer les seuls vaccins obligatoires (DTP), aujourd'hui associés à des vaccins non obligatoires. Il revient aussi sur l'efficacité des vaccins et leurs effets indésirables.  

Le Pr Claude Béraud a été chef de clinique en cardiologie, professeur de gastroentérologie et d'hépatologie, puis vice-président de l'université de Bordeaux, il a ensuite occupé le poste de médecin-conseil national de la Caisse nationale d'assurance-maladie, avant de devenir conseiller du président de la Mutualité française. Il est l'auteur d'un livre humaniste sur la santé publique : Trop de médecine, trop peu de soins.

LaNutrition.fr : Que pensez-vous de la pétition lancée en mai 2015 par le Pr Henri Joyeux sur les vaccins ?

Pr Claude Béraud : Je crois qu’il y a en effet un problème avec les vaccins diphtérie, tétanos, polio (DTP) visés par cette pétition, mais plus un problème d’ordre juridique que d’ordre médical. La vaccination DTP est obligatoire, d’autres vaccins sont recommandés. Et il est difficile pour des parents de ne mettre en œuvre que les vaccins obligatoires car ces 3 vaccins ne sont plus disponibles de façon habituelle depuis 2008, la spécialité ayant été retirée du marché en raison d’accidents allergiques. Certes, s’ils en font la demande à leur médecin, ils peuvent théoriquement se les procurer, mais dans les faits on leur propose le plus souvent 6  valences vaccinales au lieu de 3, avec en plus les vaccins contre la coqueluche, la méningite et l’hépatite B, qui ne sont pas obligatoires. En droit, le Pr Joyeux n’a donc pas tort.

Oui, mais la polémique va au-delà de cet aspect légal. Elle porte sur la crainte des vaccins non obligatoires, en particulier celui contre l’hépatite B.

En effet, le vaccin hexavalent comprend une immunisation contre l’hépatite B, et c’est à partir de là que tout s’enclenche. Car les Français ont peur de ce vaccin : 18% seulement de la population y est favorable, et de nombreux médecins le déconseillent. Il faut se rappeler que c’est le secrétaire d’état à la Santé, Philippe Douste-Blazy qui en 1994 a brossé un tableau dramatique d’une population gravement menacée par l’hépatite B, des propos qui ne reposaient sur aucune donnée épidémiologique ou scientifique. Tout le monde s’est jeté sur le vaccin. On a vacciné 20 millions de personnes, non seulement les bébés et les enfants, mais aussi les adultes dont beaucoup ne couraient aucun risque. Par exemple étaient invités à se faire vacciner, y compris par des campagne d’affichage les personnels administratifs et de secrétariat des hôpitaux ou des caisses d’assurance maladie sous le prétexte qu’ils pouvaient être au contact des dossiers des malades ! Des cas de maladies démyélinisantes comme la sclérose en plaques (SEP) ont été rapportés. La plupart concernent des adultes qui n’appartenaient pas à des populations à risque et qui n’auraient jamais été vaccinés si les responsables politiques et les laboratoires pharmaceutiques n’avaient pas effrayé la population française. La pétition lancée par le Pr Joyeux se nourrit de cette défiance historique vis-à-vis du vaccin contre l’hépatite B. Cette campagne de vaccination réalisée en France restera dans les annales des écoles de santé publique comme l’exemple d’une stratégie sans aucun fondement scientifique.

Faut-il se méfier des vaccins ?

Que le DTP soit une nécessité, cela me paraît évident. J’ai commencé l’internat en 1955 avec la perspective d’une épidémie de poliomyélite qui avait été annoncée par le Pr Henri Mollaret, de l’Institut Pasteur. J’ai vu des centaines de personnes mourir. J’ai soigné des dizaines de malades atteints de tétanos. Ce sont des maladies d’une gravité considérable, qui ont été quasiment éradiquées par les vaccins. En tant que médecin-conseil de la Caisse d’assurance-maladie, j’ai vécu la mise sur le marché du vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) avec le Directeur général de la santé Jean-François Girard. Il m’avait dit qu’il était contre le caractère obligatoire de cette vaccination, afin de responsabiliser la population. Le ROR a été un succès en France, mais il a été rejeté en Grande-Bretagne en raison de la parution d’un article qui liait cette vaccination à un risque d’autisme. Cette étude était biaisée, on l’a su plus tard. Le vaccin contre l’hépatite B a été accusé de favoriser des cas de SEP et d’affections démyélénisantes mais sur les 3 milliards de doses vendues, il y a peu de preuves statistiques d’une relation entre la fréquence vaccinale et la fréquence de ces maladies. La relation causale n’est pas évidente.

Est-il justifié de vacciner des nouveau-nés contre une maladie comme l’hépatite B, transmise surtout par voie sexuelle ?

Je pense qu’il faudrait obligatoirement vacciner les nouveau-nés dont les parents sont porteurs du virus, ce qu’on appelle des porteurs sains. Car la contamination familiale est possible : un père qui se coupe en se rasant et laisse traîner une serviette souillée, qui entre encontact avec une plaie de l’enfant. Ensuite, on peut être contaminé à tous les âges de la vie, mais on sait que plus on est contaminé tôt, plus le risque de passage à une forme chronique est élevé. C’est une des raisons qui justifie la vaccination des nourrissons, d'autant qu'on n'a pas observé de cas de SEP après vaccination des nourrissons, seulement chez des adultes. Donc on peut dire qu’il n’était pas très utile de vacciner les adultes en 1994.

Quels vaccins sont inutiles ou contestables ?

La plupart des pays notamment la France préconisent la vaccination contre la grippe des personnes âgées de plus de 65 ans et celles atteintes de certaines affections chroniques, auxquelles le vaccin est offert. Cette stratégie est contestable, car l’efficacité de la vaccination n’a pas été clairement démontrée, entre autres parce que la réponse immunitaire après 70 ans est médiocre. Quant au vaccin Gardasil contre le cancer de l'utérus, le scandale est l’imposture de la mise en vente de ce vaccin, accompagnée de campagnes de communication et de lobbying de la part du laboratoire, faisant croire que l’on avait trouvé un vaccin contre le cancer du col de l’utérus. On s’est donc lancé dans une campagne massive de vaccination, payée par la Sécurité sociale, sans exiger la moindre preuve d’efficacité et alors qu’il n’y avait aucune urgence sanitaire. 

Vous pensez que le vaccin contre le col de l'utérus est inefficace ?

Je ne dis pas que c’est est inefficace, je dis qu’on n’en sait rien. Je ne crois pas que la preuve d'une efficacité sur le développement d'un cancer en raison d'une vaccination contre le cancer cervico-utérin ait encore été faite. Par contre, la fréquence des frottis du col utérin tendrait à diminuer, ce qui était le risque annoncé, les femmes et les médecins étant faussement rassurés par la vaccination. Si une jeune fille accompagnée de sa mère vient me demander une vaccination, je la recevrai en dehors de la présence de sa mére (afin qu'elle puisse avoir une plus grande liberté de parole). Si elle n'a pas eu de relation sexuelle,  je lui donnerai toutes les informations sur cette vaccination en lui précisant notamment que la preuve d'une utilité de ce vaccin reste à venir .Que cette utilité est possible mais non démontrée.  Que cette vaccination ne la dispense pas d'une réalisation régulière d'un frottis. Que les risques de cette vaccination ne sont pas démontrés. Si elle souhaite après cette entrevue une vaccination, je la prescrirai. Si elle m'autorise à faire état de cette conversation à sa mère, je verrai ensuite la mère en présence de sa fille.

Propos recueillis par Marc Gomez

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