L’aluminium dans l’eau du robinet

Par Lanutrition.fr Publié le 13/03/2008 Mis à jour le 10/03/2017
L'aluminium peut se retrouver dans l'eau du robinet. D'où vient-il, quels sont les départements les plus exposés ? Faut-il craindre un risque d'Alzheimer ? Le point sur ce dossier.

D’où vient l’aluminium ?

L’aluminium peut provenir du ruissellement des sols et se rencontrer dans l'eau sous trois formes : insoluble, colloïdale et soluble, correspondant notamment à des silico-aluminates, des hydroxydes, des formes libres ou complexes minérales ou organiques.

Des sels d’aluminium sont aussi utilisés dans les procédés physico-chimiques de traitement de l’eau pour éliminer les particules organiques en suspension dans l’eau. Par ses propriétés chimiques, l’aluminium se lie aux particules organiques en suspension et forme des flocons qui s’agglomèrent et se déposent sous l’effet de la gravité. La grande majorité des sels de métaux utilisés se retrouve dans les boues ou terres de décantation. Cependant il peut en rester dans l’eau du robinet.

Que dit la réglementation ?

Pour l'eau de distribution, le code de la santé publique a fixé à 200 µg/L le seuil qu’il est souhaitable de ne pas dépasser. Ce seuil n’est pas dicté par des considérations de santé publique, il correspond simplement à un indicateur de l’efficacité du traitement subi par l’eau.

Cette position reprend les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé établies en 1994, 1998 et 2004 dans ses directives pour les eaux de boisson : l'OMS précise que compte tenu de "l'utilité limitée des données provenant de modèles animaux et de l'incertitude entourant les données recueillies chez l'homme, il n'est pas possible actuellement d'établir une valeur guide fondée sur des critères de santé". En 2004, considérant d'une part les effets bénéfiques liés à l'utilisation des sels d'aluminium comme réactif chimique lors de l'étape de coagulation et, d'autre part, les effets potentiels de l'aluminium sur la santé, l'OMS fixe une limite pratique fondée sur l'optimisation du procédé de coagulation à l'aide de dérivés de l'aluminium de façon à réduire au minimum la concentration dans l'eau traitée.

Quelle est la situation en France ?

Une enquête de 2001 a permis d’établir un bilan de la situation des teneurs en aluminium dans les eaux destinées à la consommation humaine (voir tableau). Dans cette enquête, 15 920 950 étaient desservies par 630 installations faisant appel à des sels d’aluminium.

Le tableau ci-dessous donne la part de la population concernée par différentes teneurs en aluminium.

Répartition de la population alimentée par des stations de traitement d’eau utilisant un traitement à base d’aluminium en fonction des teneurs maximales en aluminium relevées


Teneur en aluminium

0,2 (RQ)

entre 0,2

et 0,5 mg/L

entre 0,5

et 1 mg/L

entre 1

et 2 mg/L

entre 2

et 3 mg/L

> 3 mg/L

Total

Nombre de stations de traitement

412 (65%)

133 (20,6%)

57 (8,8%)

18 (2,8%)

3 (0,5%)

7 (1,1%)

630

Population potentiellement concernée

12 055 231

(75 ,7%)

3 060 558

(19 ,22%)

478 175 (3%)

291 752

(1,83%)

6 725

(0,04%)

28 509

(0,18%)

15 920

950

Selon cette enquête, 3 865 719 personnes (soit près du quart de la population concernée) sont potentiellement exposées à des teneurs en aluminium dans l’eau distribuée supérieures à 0,2 mg/L et 5 % (environ 805 000 personnes) à des teneurs en aluminium dans l’eau qui peuvent dépasser 0,5 mg/L.

Il s'agit de valeurs maximales enregistrées au niveau des installations.


Une enquête plus ancienne a donné des renseignements sur les départements les plus concernés par des taux élevés d’aluminium dans l’eau.

Les eaux en bouteille contiennent peu d’aluminium. La plus riche serait Vichy Célestins (voir tableau).

Concentrations d’aluminium, de silice, et de calcium dans quelques eaux minérales en mg/L.


Eaux minérales

Aluminium

Silice

Calcium

Badoit

indétectable

33.4

187

Contrex

<0.003

8.6

480

Evian

indétectable

15.2

82

Perrier

0.013

10

152

Vichy Célestins

0.032

36.4

98

Vittel Grande Source

<0.003

9.5

204

Vittel Hépar

<0.003

8.8

563

Volvic

0.005

35.7

11


Y a-t-il des risques pour la santé ?

On sait depuis les années 1970 que l’aluminium est toxique pour les cellules nerveuses et les chercheurs tentent de savoir si l’aluminium peut favoriser le développement de plusieurs pathologies, comme la sclérose en plaques (1a) et surtout la maladie d’Alzheimer, qui concernerait en France plus de 400 000 personnes, avec environ 100 000 nouveaux cas chaque année. Si rien n’est encore prouvé, plusieurs études concluent que le risque de développer la maladie augmente quand la concentration dépasse 0,1 mg par litre d’eau. (1)(2)

L’étude française PAQUID a suivi pendant huit ans plus de 3.700 volontaires. Les auteurs concluent que les personnes dont l’eau de boisson contient plus de 0,1 mg d’aluminium par litre ont deux fois plus de risques de développer la maladie d’Alzheimer. Cette étude montre aussi que lorsque la concentration de silice est supérieure à 11,25 mg/l le risque plus faible que lorsque l’eau est pauvre en silice, puisque dans ce cas, le risque d’Alzheimer est réduit de 27%.(3)

Dans une autre étude française plus récente, aucun lien n’a été trouvé entre le risque de déficit cognitif et la consommation d’aluminium, mais les femmes qui participaient à l’étude n’étaient pas exposées à des doses élevées d’aluminium (teneur inférieure à 0,1 mg/L).

Références

(1a) Exley C. Elevated urinary excretion of aluminium and iron in multiple sclerosis. Multiple Sclerosis 2006; (12)5:533-540 (2006)

(1)Martyn CN, Barker DJ, Osmond C, Harris EC, Edwardson JA, Lacey RF : Geographical relation between Alzheimer’s disease and aluminum in drinking water. Lancet 1989 Jan 14; 1 (8629) : 59-62.Martyn CN : The epidemiology of Alzheimer’s disease in relation to aluminium. Ciba found Symp 1992; 169 :69-79 ; discussion 79-86

(2)Mc Lachlan DR, Bergeron C, Smith JE, Boomer D, Rifat SL : Risk for neuropathologically confirmed Alzheimer’s disease and residual aluminum in municipal drinking water employing weighted residential histories. Neurology 1996 Feb ; 46(2) : 401-5

Mc Lachlan DR, Kruck TP, Lukiw WJ, Krishnan SS : Would decreased aluminum ingestion reduce the incidence of Alzheimer’s disease ? CMAJ. 1991 Oct 1;145(7):793-804

(3) Rondeau V, Commenges D, Jacqmin-Gadda H, Dartigues JF : Relation between aluminum concentrations in drinking water and Alzheimer's disease: an 8-year follow-up study. Am J Epidemiol 2000 Jul 1;152(1):59-66

(4) Gillette-Guyonnet S, Andrieu S, Nourhashemi F, de La Guéronnière V, Grandjean H, Vellas B. Cognitive impairment and composition of drinking water in women: findings of the EPIDOS Study. Am J Clin Nutr. 2005 Apr;81(4):897-902.

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