La biologie du caractère

Par Lanutrition.fr Publié le 20/11/2007 Mis à jour le 21/11/2017
Une prise de sang pour déterminer si vous êtes coléreux, créatif, introverti, bref, révéler votre caractère, cela vous parait loufoque ? Et pourtant ces tests existent. Sans préjuger de l’utilisation ou de l’interprétation qui en est faite LaNutrition.fr vous explique comment, à partir de dosages sanguins, les scientifiques tentent de déterminer les traits dominants de votre tempérament. Bienvenue dans la psychobiologie.

A l’origine de la psychobiologie - cette exploration de la personnalité au travers de marqueurs biologiques -, il y a une idée simple : nos émotions sont modulées par des substances du cerveau, les neurotransmetteurs, messagers chimiques qui permettent aux cellules nerveuses de communiquer. Les plus connus sont la dopamine, la noradrénaline et la sérotonine.

Selon les théories de la psychobiologie, les troubles du comportement s’expliquent par un déséquilibre de la chimie du cerveau, qu’il soit d’origine génétique et/ou environnementale.

LaNutrition.fr vous propose d’entrer dans la psychobiologie en vous présentant le modèle d’un précurseur dans ce domaine, le docteur Robert Cloninger et ses application actuelles mais aussi en vous faisant découvrir les travaux d’un autre spécialiste, le docteur Eric Braverman. Enfin LaNutrition.fr vous présentera le profil de trois personnalité déterminé au laboratoire du docteur Robert Nataf d’après un dosage de leurs neurotransmetteurs.

La psychobiologie doit beaucoup à l’intuition du Pr Robert Cloninger (université Washington, St. Louis, Missouri). Avant lui, deux disciplines se côtoyaient sans se mêler. D’un côté, les psychiatres utilisaient un questionnaire clinique plus ou moins fiable pour dépister les troubles de l’humeur et du comportement. En face, les chercheurs en neurosciences alignaient les découvertes sur le support biologique des émotions. En 1994, Cloninger, psychiatre et généticien, a fait sensation en proposant pour la première fois un modèle fédérateur.

Il offrait enfin aux cliniciens un outil de diagnostic fiable sous la forme d’un questionnaire sophistiqué (Inventaire du Tempérament et du Caractère ou TCI), devenu depuis le plus utilisé pour déceler les troubles de la personnalité, soit sous sa forme originale, soit sous sa forme révisée (TCI-R). En 30 minutes, le TCI identifie pour chaque individu, y compris en bonne santé, le niveau des 4 traits de caractère et des 3 traits de tempérament, dont la désormais fameuse « recherche de la nouveauté », qui façonnent la personnalité. Parallèlement, Cloninger avançait l’hypothèse que l’intensité de chacun des traits de tempérament diagnostiqués par le TCI était sous-tendue par le niveau d’un neurotransmetteur particulier : la dopamine pour la « recherche de la nouveauté », la sérotonine pour l’« évitement de la souffrance », la noradrénaline pour le « besoin de récompense. » Ainsi, devenait-il théoriquement possible d’affiner un diagnostic en dosant ces neurotransmetteurs (ou leurs produits de dégradation) dans les urines, le sang ou le liquide cérébro-spinal.

Le modèle Cloninger a déjà séduit de nombreux psychiatres, qui l’utilisent, sous forme de questionnaire, comme outil de diagnostic.

Ce modèle suppose aussi une traduction biologique, puisque chacun des traits qu’il identifie serait associé à un neurotransmetteur. « Les personnalités très exploratoires sont effectivement caractérisées par une hyperactivité des neurones à dopamine, ou une hypersensibilité à ce neurotransmetteur. On retrouve de tels signes biologiques chez les individus qui manifestent tôt une approche appétitive de l’existence : sexualité précoce et exacerbée, abus d’alcool et d’autres substances euphorisantes », note le docteur David Comings (Duarte, Californie, Etats-Unis). Une activité dopaminergique forte (exploration), associée à un déficit sérotoninergique (impulsivité, prise de risque) et une faible sensibilité noradrénergique (détachement social) se traduisent souvent par un manque de coopération dans l’enfance, hostilité et abus de drogues pendant l’adolescence, et absence d’empathie, de tolérance sociale, de compassion et de principes moraux à l’âge adulte.

Le stade 1 de l’analyse consiste à évaluer l’activité des neurotransmetteurs et leur hiérarchie par dosage direct dans le sang et les urines. Une grille d’interprétation sera alors rapprochée des informations obtenues à l’interrogatoire pour définir le « profil dominant » de la personnalité d’un individu.

 

Le profil dopamine : recherche de la nouveauté (RN)

 

Comportement

Les personnes chez lesquelles cette dimension est très développée (RN élevé) manifestent un besoin compulsif de sensations nouvelles et complexes, avec le désir de prendre des risques physiques et sociaux pour y accéder (impulsivité, extravagance). Celles chez lesquelles cette dimension est peu développée (RN bas) ont généralement un comportement réservé, voire rigide.

Hypothèse biologique

Un RN élevé traduit un besoin de stimulation émotionnelle supérieur à la normale. La dopamine étant le principal neurotransmetteur associé aux comportements exploratoires, ce trait aurait pour origine l’activité insuffisante du réseau de neurones qui utilisent la dopamine. Ce neurotransmetteur fait l’objet d’une recapture trop importante par les neurones qui la produisent (présynaptiques), ce qui limite la quantité de dopamine disponible au niveau des neurones cibles (post-synaptiques). Leur dopamine étant chroniquement insuffisante, ces personnes exigent, par compensation une extraordinaire stimulation émotionnelle pour maintenir des niveaux optimaux dans les neurones post-synaptiques.

Imagerie cérébrale

Un RN élevé est associé à une activité importante du cortex paralimbique mesurée par le flux sanguin cérébral, en particulier au niveau de l’insula droite. Ceci confirmerait une activité faible du système dopaminergique puisqu’il inhibe le flux sanguin cérébral.

Un RN bas est lié à une diminution de l’activité du cortex préfontal médial gauche.

Neurochimie

Un RN élevé est associé à une densité importante du transporteur de la dopamine, qui est responsable de sa recapture présynaptique. Il est également lié à une diminution du largage de la dopamine par les neurones présynaptiques et une sensibilité compensatoire plus grande au niveau des récepteurs post-synaptiques. Par ailleurs un RN élevé est associé à un niveau de prolactine élevé, qui reflète une activité dopaminergique basse. Si ces résultats confortent l’hypothèse biologique, tous les travaux ne sont pas concordants.

Des RN élevés ont été associés positivement au taux de testostérone, des RN bas au taux de cortisol.

Génétique

Ce trait pourrait être génétiquement déterminé et associé à l’allèle DRD4*7R du locus du récepteur de la dopamine, ainsi qu’aux gènes du transporteur de la dopamine. Le transporteur de la dopamine, qui se charge de la recapture présynaptique de la dopamine appartient à une région du chromosome 5p. Un polymorphisme de ce gène est associé à l’hyperactivité avec déficit d’attention, et à d’autres troubles qui marquent les scores de RN élevés.

Pathologies associées (en présence d’autres facteurs)

RN développé : alcoolisme précoce, usage de tabac, drogues et stimulants, boulimie, hyperactivité avec déficit d’attention.

RN bas : maladie de Parkinson (à confirmer).

 

Le profil sérotonine : évitement de la souffrance (ES)

 

Comportement

Les personnes chez lesquelles cette dimension est très développée (ES élevé) répondent par inquiétude et anxiété à des signaux de punition. Celles chez lesquelles cette dimension ES est peu développée (ES bas) manifestent plutôt un comportement optimiste, entraînant.

Hypothèse biologique

Ce trait de tempérament semble associé à l’activité du réseau de neurones qui utilise la sérotonine. Les ES élevés seraient le signe d’une production et d’un largage important de sérotonine au niveau des neurones présynaptiques. Par compensation, les récepteurs post-synaptiques seraient diminués.

Imagerie cérébrale

Un ES élevé est lié à un flux sanguin cérébral faible au niveau des régions paralimbiques et de plusieurs régions néocorticales du cortex frontal, pariétal et temporal. Ceci confirmerait l’association avec une activité sérotoninergique élevée, puisque le système sérotoninergique inhibe le flux sanguin cérébral.

Neurochimie

Un ES élevé prédit une faible disponibilité du précurseur de la sérotonine dans le plasma, le tryptophane (issu des protéines alimentaires), ce qui confirmerait l’utilisation massive de ce précurseur par les cellules nerveuses. Un ES élevé prédit également une sensibilité faible du récepteur 5-HT2 de la sérotonine plaquettaire. Enfin, les personnes déprimées ont généralement moins de récepteurs 5-HT2.

Génétique

Des altérations du gène du transporteur de la sérotonine ont été retrouvées chez les personnes souffrant de troubles associés à l’évitement de la souffrance. Un gène de la région 17q12 du chromosome qui régule l’expression de ce transporteur pourrait expliquer 4 à 9% de la variance totale en ES.

Pathologies associées (en présence d’autres facteurs)

ES élevé : anxiété, dépression

ES bas : comportement antisocial, schizoïde

 

Le profil noradrénaline : dépendance à la récompense

 

Comportement

Les personnes chez lesquelles cette dimension est très développée (BR élevé) manifestent souvent un besoin d’approbation sociale et de liens affectifs. Les personnes chez lesquelles cette dimension est peu développée (BR bas) manifestent plutôt froideur, insensibilité, détachement, indifférence.

Hypothèse biologique

Ce trait semble associé à la fonction noradrénergique : un BR élevé serait associé à une activité faible du système neuronal qui utilise la noradrénaline.

Imagerie cérébrale

Un BR élevé est associé à un flux sanguin cérébral faible au niveau des régions paralimbiques et de plusieurs régions néocorticales du cortex frontal et temporal. Ceci suggère bien une activité noradrénergique basse, puisque le système noradrénergique stimule le flux sanguin cérébral.

Neurochimie

Des taux bas de MHPG, le produit de dégradation de la noradrénaline, sont associés à des BR élevés. Cependant, une hypersensibilité des récepteurs alpha-2-adrénergiques, signe d’une faible sécrétion de noradrénaline, ont été observés chez des personnes aux BR bas, ce qui est contradictoire.

Génétique

Dans une étude préliminaire sur 204 personnes, les gènes de la noradrénaline contribuent au plus fort pourcentage de variance du besoin de récompense. Par ailleurs, des associations ont été trouvées avec les gènes d’un récepteur de la sérotonine et de la dopamine.

 

La carte psychobiologique de la personnalité

Selon le modèle de Cloninger la personnalité est fondée sur l’interaction de trois traits de tempérament plus ou mois accentués.

 

Voir la carte

 

Sur cette carte figurent de bas en haut l’échelle de recherche de la nouveauté (faible, moyenne, forte), de gauche à droite l’échelle d’évitement de la souffrance (faible, moyen, fort) et de l’intérieur vers l’extérieur celle du besoin de récompense (faible à élevé). Il existe donc pour chacun d’entre nous une association unique de ces trois traits.

Par exemple, à l’extrémité gauche de la carte est schématiquement décrite la personnalité d’un individu modérément attiré par la recherche de la nouveauté (RN) qui serait en même temps peu sensible à l’évitement de la souffrance (ES) et avec un fort besoin e récompense (BR). Cette interaction produit un profil psychologique unique. Mais ce profil est lui-même modulé par la stabilité du caractère qui est le fruit de l’expérience (environnement). Cette stabilité ne peut être déterminée que par des questionnaires psychologiques. Ainsi, dans cet exemple, l’individu sera décrit comme « imperturbable » si son caractère est « stable ». Mais la même interaction donnera une personnalité « distante » chez une personne dont le caractère est « moins mûr ». Et une personnalité de type « volage » chez un individu dont le caractère est « immature » .Sur le plan biologique, chaque trait de tempérament paraît sous la dépendance d’un neurotransmetteur principal (même si d’autres agents biologiques entrent en jeu). Ainsi la recherche de la nouveauté est liée à l’activité dopaminergique, l’évitement de la souffrance à l’activité sérotoninergique et le besoin de récompense à l’activité noradrénergique. Au plan génétique, plusieurs gènes ou régions ont été associées à des traits de tempérament (dans les cartouches en haut à droite). Ainsi, les personnes chez lesquelles la recherche de la nouveauté est très développée seraient plus souvent porteuses d’une forme particulière du gène du récepteur D4 de la dopamine.

Le docteur Robert Nataf des laboratoires Philippe Auguste à Paris, appuie en partie ses diagnostics sur les travaux de Robert Cloninger. Les critiques font valoir que les taux sanguins ou urinaires des produits de dégradation des neurotransmetteurs d’un même individu peuvent varier (selon l’activité physique, le type d’alimentation, la prise de médicaments), et que l’on trouve dans le sang des traces de neurotransmission extra-cérébrale. « Dans la réalité, répond Robert Nataf, les valeurs sont d’une grande stabilité, bien supérieure à celle des paramètres biologiques courants, et plusieurs études ont établi que les taux sanguins reflétaient étroitement les taux intracérébraux. »

Si cette discipline peut inquiéter, les chercheurs se défendent de vouloir décrire la complexité d’une personnalité par un simple dosage biochimique. « L’environnement joue un rôle au moins aussi important », précise Robert Cloninger. « Nous souhaitons simplement développer des profils biologiques qui nous permettront de détecter les comportements à risque, et proposer un traitement. »

 

A quoi sert le modèle de Cloninger ?

Ce modèle est utilisé comme outil de diagnostic par certains psychiatres pour aider à mieux cerner leurs patients. Mais les applications du modèle de Cloninger vont au-delà de la sphère psychiatrique et de nombreuses études ont fait usage de l’Inventaire du Tempérament et du Caractère chez des personnes saines. A quoi peut servir le modèle de Cloninger ?

 

A mieux identifier les patients à risque de dépression

L’analyse de la personnalité peut-elle prédire le risque de dépression ? C’est la question que se sont posés une équipe de chercheurs menés par le Robert Cloninger. Dans une étude publiée en 2006 les chercheurs ont recruté 631 adultes à qui ils ont fait passer l’Inventaire du Tempérament et du Caractère (1). Ces patients ont été suivi pendant 1 an afin d’identifier ceux qui étaient touchés par le dépression. Les chercheurs se sont alors aperçus que les patients qui obtenaient un score élevé sur l’échelle d’évitement de la souffrance étaient plus susceptibles de souffrir de dépression. Les auteurs suggèrent qu’un travail sur le développement de la personnalité axé sur l’évitement de la souffrance pourrait réduire la vulnérabilité à la dépression.

Une autre étude publiée en 2004 s’est intéressée au lien entre personnalité et sensibilité à la dépression (2). Les chercheurs ont soumis 993 femmes et 583 hommes au TCI et les ont suivi pendant 4 ans. Ils se sont alors aperçu que ceux qui présentaient les traits de personnalité suivants sur l’échelle de Cloninger, impulsivité, timidité, sentiments exacerbés, avaient plus de risque de souffrir de dépression que les autres et ce indépendamment des autres paramètres qui pourraient expliquer un état dépressif. Les chercheurs en concluent que le risque de dépression est influencé par la personnalité indépendamment des facteurs de l’environnement et des circonstances qui peuvent amener à cette maladie.

(1) Cloninger CR, Svrakic DM, Przybeck TR. Can personality assessment predict future depression? A twelve-month follow-up of 631 subjects. J Affect Disord. 2006 May;92(1):35-44. Epub 2006 Jan 26.

(2) Elovainio M, Kivimäki M, Puttonen S, Heponiemi T, Pulkki L, Keltikangas-Järvinen L. Temperament and depressive symptoms: a population-based longitudinal study on Cloninger's psychobiological temperament model. J Affect Disord. 2004 Dec;83(2-3):227-32.

A prévenir le risque de suicide

La probabilité de faire un jour une tentative de suicide est-elle liée à certains traits de caractère ? Pour le savoir une équipe de chercheurs menée par Robert Cloninger a suivi 912 patients dont les chercheurs ont évalué la personnalité (1). Ils se sont alors aperçus que certains traits dominants du modèle de Cloninger était plus exprimés chez les patients suicidaires mais différaient selon les catégories de patients. Ainsi le risque de suicide associé au sexe dépendrait du trait de caractère « évitement de la souffrance » tandis que le risque de suicide lié au « manque de confiance en soi » serait en plus associé au score de détermination. Ce dernier expliquerait également le risque de suicide chez les jeunes. Les chercheurs suggèrent que ces considérations pourraient entrer en compte dans la prévention du suicide.

(1) Grucza RA, Przybeck TR, Cloninger CR. Personality as a mediator of demographic risk factors for suicide attempts in a community sample. Compr Psychiatry. 2005 May-Jun;46(3):214-22.

A expliquer certains troubles alimentaires

Y’a-t-il une personnalité qui prédispose à l’obésité ? Pour le savoir Robert Cloninger et ses collègues ont recruté 264 personnes de poids normal et 239 obèses dont 183 engagés dans un programme de perte de poids à qui ils ont fait passer le TCI (1). Les chercheurs se sont alors aperçus que les patients obèses avaient des scores plus élevés que les autres sur l’échelle de la recherche de la nouveauté et des scores plus bas sur l’échelle de la détermination et de la persistance définie comme la tendance d’un individu à poursuivre un comportement sans prendre ses conséquences en considérations ? Par ailleurs, les patients obèses qui se sont enrôlés dans un programme de perte de poids obtenaient un score plus élevé sur l’échelle de la dépendance de la récompense. Parmi eux ceux qui parvenaient à perdre du poids avaient un score plus bas sur l’échelle de la recherche de la nouveauté que ceux qui n’y parvenaient pas. Les chercheurs en concluent que l’obésité n’est pas seulement liée au mode de vie mais aussi à la personnalité et recommandent de prendre ces résultats en considération dans le cadre des programmes de gestion du poids pour les patients obèses.

En 2007 l’équipe du docteur Cloninger a mené une nouvelle étude sur le lien entre personnalité et troubles alimentaires (2). Les chercheurs ont identifié les patients boulimiques parmi un groupe de 910 individus. En leur faisant passer le TCI ils se sont aperçus que ces derniers présentaient également des scores plus élevés que la moyenne en recherche de la nouveauté

(1) Sullivan S, Cloninger CR, Przybeck TR, Klein S Personality characteristics in obesity and relationship with successful weight loss. Int J Obes (Lond). 2007 Apr;31(4):669-74. Epub 2006 Sep 5.

(2) Grucza RA, Przybeck TR, Cloninger CR. Prevalence and correlates of binge eating disorder in a community sample. Compr Psychiatry. 2007 Mar-Apr;48(2):124-31. Epub 2006 Nov 9.

A mieux comprendre la dépendance au tabac

Une équipe de chercheurs spécialisés dans les addictions s’est intéressée au lien entre la personnalité selon Cloninger et la capacité à arrêter de fumer (1). 203 fumeurs consommant plus de 15 cigarettes par jour ont été soumis à l’abstinence de tabac et ont rapporté les effets du manque aux chercheurs. En parallèle les chercheurs ont évalué la personnalité de chacun en les soumettant au TCI. Verdict : les fumeurs qui obtenaient des scores élevés sur l’échelle de la recherche de la nouveauté et d’évitement de la souffrance ont rapporté le plus de difficulté à se passer de leur cigarette. En revanche les explication à leur sentiment de manque n’étaient pas les mêmes. Ceux qui avaient des scores élevés sur l’échelle d’évitement de la souffrance soulignent en effet que la cigarette leur est nécessaire pour gérer le stress, plainte non retrouvée chez les fumeurs caractérisés par la recherche de la nouveauté.

D’ailleurs une autre étude menée par des chercheurs italiens souligne l’importance de la sérotonine, le neuromédiateur impliqué dans l’évitement de la souffrance, dans la relation au tabac. (2) Les chercheurs se sont intéressés à un transporteur de la sérotonine et notamment à un gène codant pour ce transporteur et plus particulièrement à une forme de ce gène appelée 5-HTTLPR. Les chercheurs ont voulu savoir s’il existait une association entre le génotype 5-HTTLPR et le comportement des adolescents vis-à-vis du tabac. 210 adolescents pour moitié fumeurs pour l’autre non fumeurs ont été recrutés et les chercheurs ont regardé la forme du gène 5-HTTPLR qu’ils présentaient. Résultat : ceux qui étaient porteur de la forme appelée SS était beaucoup plus enclins à fumer que les autres. Pour les chercheurs cela signifie que le risque de tabagisme est en relation avec certains traits de la personnalité.

(1) Leventhal AM, Waters AJ, Boyd S, Moolchan ET, Heishman SJ, Lerman C, Pickworth WB. Associations between Cloninger's temperament dimensions and acute tobacco withdrawal. Addict Behav. 2007 Dec;32(12):2976-89. Epub 2007 Jun 9.

(2) Gerra G, Garofano L, Zaimovic A, Moi G, Branchi B, Bussandri M, Brambilla F, Donnini C. Association of the serotonin transporter promoter polymorphism with smoking behavior among adolescents. Am J Med Genet B Neuropsychiatr Genet. 2005 May 5;135(1):73-8.

A expliquer certains troubles du sommeil

La dimension « évitement de la souffrance » du modèle Cloninger est liée à la sérotonine. Or ce neuromédiateur est également impliqué dans la régulation du sommeil. Dans ce cas peut-être y aurait-il un lien entre les traits de personnalité et les troubles du sommeil ? C’est l’hypothèse qui a été posée par une équipe de chercheurs suisses qui a recruté 32 patients souffrant d’insomnies et les a soumis au TCI (1). Les chercheurs se sont rendus compte que comme ils l’avaient supposé, l’évitement de la souffrance était beaucoup plus prononcé chez les patients souffrant d’insomnie. Ils ont d’ailleurs mis en évidence une relation entre le temps d’endormissement et le degré d’évitement de la souffrance : plus ce score était élevé, plus les patients mettaient de temps à s’endormir. Selon les chercheurs le mécanisme sérotoninergique expliquerait le score d’évitement de la souffrance comme trait de personnalité important chez les patients insomniaques.

(1) de Saint Hilaire Z, Straub J, Pelissolo A. Temperament and character in primary insomnia. Eur Psychiatry. 2005 Mar;20(2):188-92.

A choisir sa contraception !

Ça vous parait bizarre ? Pourtant le choix de la contraception semble bien lié à notre personnalité. Une étude publiée en 2007 s’est penchée sur le lien entre le caractère des jeunes filles et le choix de leur méthode de contraception. 102 jeunes femmes se sont prêtées au TCI et ont rapporté aux chercheurs les motivations qui les ont poussées vers telle ou telle méthode de contraception. Parmi elles 38 % avaient choisi l’implant contraceptif, 30 % le préservatif, 16 % le stérilet et 16 % la pilule. En reliant ces résultats aux scores du TCI les chercheurs se sont aperçus que celles qui avaient choisi la pilule avaient des scores élevés de détermination alors que celles qui choisissaient le stérilet avaient un score élevé en transcendance. A la lumière de ces résultats les chercheurs pensent que l’identification de la personnalité pourrait être prise en compte dans le choix des méthode de contraception proposées aux jeunes filles.

A choisir son orientation professionnelle !

Peut-on déterminer le choix des études grâce à la psychobiologie ? En tout cas les traits dominants de la personnalité semblent influencer le choix des études. Une équipe de chercheurs dirigés par le docteur Cloninger a suivi un groupe de 682 étudiants en médecine qui ont passé le TCI (1). Au moment du choix de leur spécialité les chercheurs se sont rendus compte que les étudiants qui optaient pour la médecine d’urgence, la chirurgie, la gynécologie et l’obstétrique avaient des scores élevés sur l’échelle de recherche de la nouveauté. Parmi eux les futurs chirurgiens avaient des scores plus bas en évitement de la souffrance et dépendance à la récompense que les autres. Les étudiants qui avaient choisi la médecine d’urgence, la gynécologie et l’obstétrique présentaient en revanche un score élevé sur l’échelle de la dépendance de la récompense, avec les futurs pédiatres obtenant les plus hauts scores. Les chercheurs en concluent que ces éléments de personnalité pourraient être pris en compte dans le choix de l’orientation professionnelle.

(1) Vaidya NA, Sierles FS, Raida MD, Fakhoury FJ, Przybeck TR, Cloninger CR. Relationship between specialty choice and medical student temperament and character assessed with Cloninger Inventory. Teach Learn Med. 2004 Spring;16(2):150-6.

La méthode Braverman pour rééquilibrer la chimie du cerveaus

La chimie de notre cerveau et l’équilibre entre les différents neurotransmetteurs influencerait non seulement notre personnalité mais également notre état de santé. Le docteur Eric Braverman part du principe que la baisse des facultés physiques, intellectuelles, les troubles de l’humeur et la plupart des ennuis de santé qui apparaissent avec l’âge s’expliquent par un déséquilibre de la chimie du cerveau et peuvent se soigner en corrigeant ce déséquilibre.

Là où la psychobiologie propose de déterminer la personnalité en fonction de vos taux de neurotransmetteurs, le docteur Braverman se propose d’identifier votre profil chimique cérébral en partant d’un test relatif à votre personnalité. En répondant à plusieurs questions, ce test détermine quel est votre neurotransmetteur dominant et identifie les éventuels déficits dont vous pouvez souffrir. Par la suite le livre du docteur Braverman vous propose un programme adapté à votre profil faisant appel à des conseils diététiques, des règles de vie, des suppléments nutritionnels, des hormones ou encore des médicaments pour corriger les déséquilibres.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le livre du docteur Eric Braverman, Un cerveau à 100 %.



La psychobiologie en pratique

Comment savoir quelles quantités de neurotransmetteurs contiennent notre cerveau ? La mesure directe de ces données n’est pas pratiquée. En revanche, les chercheurs ont trouvé une façon d’évaluer nos profils respectifs en dopamine, sérotonine et noradrénaline. Comment ? En dosant dans nos urines la quantité des métabolites respectifs de ces neurotransmetteurs. Concrètement les chercheurs vont doser dans les urines ou dans le sang les quantités de 5 composés : HVA (acide homovanillique), DOPAC, VMA (acide vanylmandélique), MHPG (3-méthoxy-4-hydroxyphénylglycol), 5HIAA (acides 5-hydroxyindolacétique).

  • Le HVA et le DOPAC sont des substances issues de la dégradation de la dopamine, donc en mesurant leur quantité dans les urines ou dans le sang, on peut évaluer la quantité de dopamine.

  • Le 5-HIAA est un produit de la dégradation de la sérotonine, sa mesure permet d’évaluer la quantité de ce neurotransmetteur.

  • Le VMA et le MHPG apparaissent quand la noradrénaline est dégradée, leur mesure permet donc de quantifier ce neurotransmetteur.

Si vous souhaitez connaître vos profils en ces neurotransmetteurs vous pouvez vous adresser à des laboratoires français ou étrangers. A Paris, le laboratoire Philippe Auguste met à votre disposition un « kit d’analyses » pour procéder au recueil des urines que vous renvoyez par la suite. Deux semaines plus tard et pour la somme de 90 euros vous recevrez les résultats donnant votre profil biologique pour chacun des neurotransmetteurs considérés.

Concrètement ça donne quoi ? Voilà l’exemple de trois profils réels réalisés il y a quelques années au sein du laboratoire du Dr Robert Nataf. Trois personnes se sont prêtées au jeu, un animateur télé connu, un homme politique célèbre, et un patient obsessionnel. L’interprétation des résultats a été faite au sein du laboratoire.

 

Animateur télé connu (longévité importante dans la télévision de service public)

 

L’analyse de l’expert

Ce profil est surprenant compte tenu de la profession du patient. Les activités « rétrécies » en dopamine et noradrénaline (et en leurs produits de dégradation) sont évocatrices d’un individu peu imaginatif, peu passionné, plus effacé que narcissique. Associée à cette activité noradrénergique diminuée, l’activité sérotoninergique très élevée éclaire le comportement professionnel du patient :

- superficiel (sujets effleurés, interlocuteurs interrompus dans leur exposé)

- manipulateur (interlocuteur réduit à la portion congrue)

- cynique (mimiques ou expressions verbales éloquentes du peu d’intérêt pour le sujet évoqué).

 

Ancien président de la République

 

L’analyse de l’expert

Les activités soutenues en noradrénaline et dopamine (et leurs produits de dégradation) nourrissent l’ambition au service de la conquête du pouvoir. L’activité en noradrénaline supérieure à l’activité en dopamine explique que cet homme ait privilégié la réflexion à l’action. L’association d’une activité élevée en dopamine et d’une activité élevée en sérotonine (et ses produits de dégradation) explique son caractère hypothymique et son goût pour l’attente, la temporisation, qui sont la traduction existentielle d’une certaine indécision. L’association de deux activités élevées en noradrénaline et en sérotonine explique son goût pour la manipulation et l’intrigue. Enfin et surtout le type de fonctionnement, phasique, de son activité en noradrénaline, de niveau basal faible, allumé par des stimuli d’ordre affectif, sociologiques ou politiques, explique les contradictions de sa personnalité : il est chaleureux et distant, humaniste et opportuniste, généreux et cynique, fidèle et séducteur.

 

Patient obsessionnel

 

L’analyse de l’expert

Ce patient était examiné sans succès, depuis 18 mois, pour allergie cutanée à déclenchement alimentaire. Finalement, son médecin traitant me l’adresse pour un bilan complet. L’augmentation considérable de l’activité en noradrénaline (et ses produits de dégradation) est corrélée à l’anxiété. Le niveau de dopamine supérieur à celui de noradrénaline reflète la somatisation paroxystique de l’anxiété ; l’explosion de l’activité en sérotonine est associée à l’obsession de type alimentaire. Je dicte le commentaire suivant « Stop à toute enquête allergologique ! Obsession avec attaque de panique. Psychotropes ». La secrétaire me confirme par la suite que le patient s’est enfui de la salle d’attente et qu’il a du être rattrapé dans la rue.

Les dérives de la psychobiologie

L’histoire, révélée par le quotidien japonais Asahi, se déroule il y a quelques années. Pour la mise au point et le lancement d’une nouvelle machine révolutionnaire, l’un des plus gros fabricants japonais de fax décide de composer une équipe constituée de personnalités « rigoureuses et organisées. » Les psychologues maison sont consultés. Leur diagnostic : administrer un test sanguin aux employés et ne retenir que les porteurs du groupe sanguin AB, ce qui fut fait. Pour la plupart des Japonais, en effet – et pour 90% des étudiants - ils ne fait aucun doute que la personnalité est inscrite dans le groupe sanguin. Si les AB sont volontiers décrits comme « organisés », ils ont aussi la réputation d’exercer « une influence négative » si bien que le choix du fabricant de fax n’était peut-être pas si inspiré que ça ! Fallait-il retenir des groupes A, que la rumeur décrit comme « prudents » ? Ou des groupes B réputés « peu soucieux des détails » ? En réalité, explique Kiyoshi Ando, professeur de psychologie à l’université chrétienne de Tokyo, aucune étude sérieuse n’a jamais trouvé la moindre association entre le groupe sanguin et la personnalité, ce qui n’empêche pas une bonne proportion d’écoles maternelles japonaises de proposer aux enfants des modules d’enseignement fondés sur leur groupe sanguin.

 

Alibis scientifiques

Mais les progrès récents de la psychobiologie pourraient parer les curieuses pratiques japonaises d’un alibi scientifique. Si l’on reste loin de pouvoir prédire avec précision la personnalité à partir de marqueurs biologiques, le domaine est loin d’en être à ses balbutiements. Récemment, la seule analyse de quelques marqueurs sanguins a permis à une équipe américaine de dire avec 90% de réussite lesquels des participants étaient dépressifs. Selon Gilberto Gerra (université de Parme), qui est l’un des meilleurs spécialistes européens de neuroendocrinologie, il paraît aujourd’hui possible, par l’analyse de biomarqueurs et l’administration d’agonistes et d’antagonistes, de déterminer l’intensité des traits « recherche de la nouveauté » et « évitement de la souffrance » chez une personne, avec une assez grande fiabilité. Sachant que la recherche de la nouveauté caractérise souvent des personnalités dynamiques et curieuses, la tentation serait grande pour notre fabricant de fax de proposer des tests de ce type à ses employés.

Quant aux responsables de maternelles, nul doute qu’ils suivent avec intérêt les travaux de Richard Ebstein (Sarah Herzog Memorial Hospital, Jerusalem, Israël) qui a trouvé chez des nouveaux-nés âgés de deux mois une association entre le tempérament et la présence d’une altération des gènes du récepteur D4 de la dopamine et du transporteur de la sérotonine. Ces enfants, explique le chercheur,

réagissent négativement aux situations quotidiennes, un signe qui pourrait prédisposer aux névroses à l’âge adulte. Richard Ebstein n’a pas encore trouvé d’altération génétique de ce type chez les enfants atteints de déficit d’attention-hyperactivité (ADHD), un trouble controversé du comportement et de l’apprentissage. Le diagnostic d’ADHD repose jusqu’ici sur un questionnaire clinique, mais selon Merle G. Paule (Centre national de recherche en toxicologie, Jefferson, Arkansas) la biologie pourrait bientôt permettre un dépistage précoce : « Les études d’imagerie cérébrale ont montré des différences dans certaines zones du cerveau d’enfants atteints d’ADHD, comme le corpus callosum antérieur. De plus, l’imagerie fonctionnelle suggère que chez ces enfants, le flux sanguin et l’utilisation d’énergie sont diminués dans le cortex préfrontal et le striatum. » Selon certaines estimations, l’ADHD affecterait 10 à 15% des jeunes Américains, un chiffre énorme qui pourrait inciter de nombreux parents à soumettre dès le plus jeune âge leur progéniture à des tests avant de leur administrer un long traitement.

Les psychobiologistes rassurants

Lorsqu’ils sont interrogés sur les dérapages qui pourraient toucher leur discipline, les psychobiologistes se veulent rassurants. Dean Hamer (Institut national de la santé, Bethesda, Maryland) ne croit pas un instant que les tests génétiques serviront un jour de discriminant de la personnalité. Et Robert Cloçninger (université Washington, St Louis, Missouri) explique qu’il est « impossible de comprendre la personnalité humaine par les seules molécules. » Mais il faudra probablement toute la vigilance des comités d’éthique pour que le prochain fax révolutionnaire ne soit lancé par un quarteron de porteurs d’allèles longs du gène D4 du récepteur de la dopamine.

Références :

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