Prévenir infarctus et AVC avec la vitamine D : quelle fréquence, quelle dose ?

Par Marie-Céline Ray Publié le 07/08/2017 Mis à jour le 08/03/2018
Actualité

De fortes doses mensuelles de vitamine D ne préviendraient pas les maladies cardiovasculaires. 

Pourquoi c'est important

Les études épidémiologiques indiquent que le risque de maladie cardiovasculaire est plus élevé lorsqu'on manque de vitamine D. Mais il s'agit d'études d'observation, ne permettant pas de tirer une conclusion de cause à effet. La vitamine D est fabriquée naturellement par l’organisme quand il est exposé à des radiations ultraviolettes du soleil. La vitamine D peut aussi se trouver dans des aliments comme les poissons gras, l’œuf, les laits enrichis en vitamine D. Or le risque de maladie cardiovasculaire est plus important chez les personnes qui ont de bas niveaux de vitamine D ; les maladies cardiovasculaires sont plus fréquentes l’hiver quand l’organisme a peu de vitamine D. Sachant cela, que se passe-t-il quand on prend des suppléments pour se mettre à l'abri des déficits ?

C'est ce qu'a voulu évaluer une étude d'intervention parue en 2017. Ses résultats montrent qu'il n'y a pas de martingale miraculeuse, et que la biologie de la vitamine D est beaucoup plus complexe qu'on ne croyait.

Les études

Des chercheurs néo-zélandais ont suivi la santé cardiaque de 5100 adultes âgés de 50 à 84 ans entre avril 2011 et novembre 2012 dont une partie a pris des doses élevées de vitamine D tous les mois. L'étude est parue dans JAMA Cardiology. Le suivi a duré jusqu’en juillet 2015, soit plus de trois années. L’âge moyen des participants était de 65,9 ans et 58 % étaient des hommes. La concentration moyenne de vitamine D dans le sang des participants était de 26,5 ng/ mL au départ et environ un quart d’entre eux (1270) avait un déficit en vitamine D au début de l’étude, avec moins de 50 nmol/L de vitamine D dans le sang. La moitié du groupe (2558 personnes) a eu une forte dose de vitamine D une fois par mois, avec une dose initiale de 200 000 UI, puis une dose mensuelle de 100 000 UI. L’autre moitié du groupe (2552 personnes) a pris un placebo.

A la fin de l’essai, environ 12 % des personnes dans les deux groupes avait développé une maladie cardiovasculaire : 11,8 % dans le groupe vitamine D et 11,5 % dans le groupe placebo. Des résultats similaires étaient observés pour les participants qui avaient un déficit en vitamine D au départ. Le risque de développer de l’hypertension, de faire une crise cardiaque, un AVC, une insuffisance cardiaque ou une angine de poitrine était le même, avec ou sans vitamine D.

Dans une étude parue en janvier 2018 dans International Journal of Nanomedicine, des chercheurs ont montré au contraire que la vitamine D3 pourrait aider à soigner ou prévenir des dommages cardiovasculaires causés par des maladies. Tadeusz Malinski, un des auteurs de cette recherche, a expliqué dans un communiqué de l'université de l'Ohio « Au cours des dernières années, dans les milieux cliniques, les gens reconnaissent que de nombreux patients qui ont une crise cardiaque ont une déficience de vitamine D3. Cela ne signifie pas que la carence a causé la crise cardiaque, mais elle a augmenté le risque de crise cardiaque. »

Son équipe a utilisé des nanocapteurs pour connaître l’impact de la vitamine D3 sur les cellules des vaisseaux sanguins. Les chercheurs ont travaillé sur un modèle cellulaire de l’hypertension. Ils ont ainsi trouvé que la vitamine D3 stimule le monoxyde d’azote (NO), une molécule signal qui favorise la vasodilatation et prévient la formation de caillots sanguins. La vitamine D3 réduit aussi le stress oxydatif dans le système cardiovasculaire.

En s’appuyant sur ces résultats, les auteurs suggèrent que la vitamine D3 pourrait restaurer des dommages au système cardiovasculaire causés par différentes maladies (hypertension, diabète, athérosclérose, AVC…) et réduire le risque de crise cardiaque. « C'est une solution très peu coûteuse pour réparer le système cardiovasculaire. Nous n'avons pas besoin de développer un nouveau médicament. Nous l'avons déjà. »

Une autre étude parue en mars 2018 dans The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism montre quant à elle que les personnes atteintes de maladie cardiovasculaire peuvent réduire de 30 à 40% leur risque de décès si elles ont un statut en vitamine D adéquat.

Les chercheurs ont suivi 4114 personnes ayant des antécédents cardiovasculaires pendant 12 ans et ont mesuré leur taux sanguin de vitamine D. Ils ont trouvé que les personnes qui ont une concentration sanguine située entre 42 et 100 nmol/l réduisent leur risque de décès par maladie cardiovasculaire de 30 à 40% par rapport à ceux qui ont les concentrations sanguines en vitamine D les plus faibles.

Avoir des apports en vitamine D trop élevés ne serait cependant pas indiqué : ceux qui ont un statut en vitamine D supérieur à 100 nmol/l ont en effet un risque de décès toutes causes plus élevé que ceux qui se situent dans les valeurs « normales » (entre 42 et 100 nmol/l).

En pratique

Alors que les études épidémiologiques suggèrent qu'un bon statut en vitamine D protège des maladies cardiovasculaires, il faut pour le vérifier conduire des essais cliniques. L'étude WHI n'a pas trouvé de bénéfice d'un supplément quotidien de vitamine D (avec calcium), mais ce résultat a été critiqué car la dose de vitamine D était faible (400 UI/j.). Une autre étude d'intervention a rapporté une réduction de 10% de l'incidence de maladie cardiovasculaire après 4 mois de prise de suppléments (dose mensuelle de 100000 UI). Mais la diminution n'était pas significative. Une autre étude qui visait à diminuer les fractures a montré (en seconde analyse) que la prise de vitamine D (800 UI/j) réduisait de 25% le risque d'insuffisance cardiaque, mais pas d'infarctus ni d'AVC. La dernière étude néo-zélandaise montre qu'une dose mensuelle élevée ne réduit pas les maladies cardiovasculaires. Reste à savoir ce qu'il se passerait avec une dose quotidienne supérieure à 800 UI, ou une dose hebdomadaire. Le problème des doses mensuelles élevées est que la vitamine D ne reste que quelques jours dans la circulation en raison de sa demi-vie courte. Autre hypothèse : le taux de vitamine D n'est qu'un marqueur de l'exposition au soleil, qui aurait d'autres bénéfices que le seul impact sur le taux de vitamine D.

Lire : Trop peu de soleil, à l'origine du manque de vitamine D

Les chercheurs ne considèrent donc pas que le dossier est clos. En attendant, il est probablement préférable, si on est déficitaire, de prendre des suppléments quotidiens ou hebdomadaires, plutôt que des suppléments mensuels. LaNutrition.fr conseille d’avoir un taux de vitamine D circulante compris entre 30 à 45 ng/mL. Nous vous aidons à interpréter vos résultats (réservé abonnés) pour que vous sachiez si vous avez besoin de prendre des suppléments (à la saison froide) ou vous exposer plus souvent au soleil (aux beaux jours).

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