Couches jetables : les risques, les bonnes marques, les alternatives

Par Juliette Pouyat - Journaliste scientifique Publié le 12/01/2021 Mis à jour le 12/01/2021
Enquête

Les industriels ont commencé à limiter la quantité et la dangerosité des produits chimiques contenus dans les couches pour bébés, Résultat : il y a du mieux mais ce n'est pas parfait. Voici ce qu'on peut dire de la toxicité des couches jetables et des conseils pour que bébé reste au sec et en bonne santé.

En 2017, le magazine 60 Millions de consommateurs a dénoncé la présence de substances chimiques telles que pesticides, dioxines, furanes et composés organiques volatils dans les couches jetables pour bébés. À la même époque, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a lancé une expertise concernant la sécurité des couches jetables et les risques liés au contact de ces produits avec la peau et les muqueuses des bébés. Les contaminants détectés dans les couches sont en effet soit des cancérigènes, soit des perturbateurs endocriniens ou encore des composés irritants. Leur présence dans les couches pose alors un véritable problème en termes de risque pour la santé des bébés, surtout lorsqu’on sait qu’avant d'être propre un enfant portera entre 3 800 et 4 800 couches.

Les fabricants sont alors sommés d’améliorer la sécurité sanitaire de leurs couches jetables pour bébés. Où en sommes-nous aujourd’hui ? La Nutrition.fr fait le point pour vous.

Quels matériaux sont présents dans les couches ?

Les matériaux utilisés pour la fabrication des couches sont soit d’origine naturelle, soit d’origine synthétique. Cependant, la composition exacte des couches est parfois floue : il n’existe pas d’obligation pour le fabricant de la mentionner sur l’emballage. Toutefois, de plus en plus de fabricants jouent la transparence afin de respecter leur engagement de mieux informer les consommateurs, pris en février 2019 suite à la publication du rapport de l’Anses.  
Les produits d’origine naturelle proviennent de la cellulose du bois mais subissent un traitement chimique de blanchiment, notamment au chlore, ce qui explique la présence de résidus chlorés dans les couches (dioxines par exemple). Les composés synthétiques proviennent, eux, de la pétrochimie : c’est le cas notamment du polyacrylate de sodium, présent dans toutes les couches et qui joue le rôle de super-absorbant.

Des essais ont été menés entre 2016 et 2018 par l’INC (Institut National de la Consommation) et le SCL (Service commun des laboratoires) sur des broyats de couches entières et sur des parties de couches broyées pour évaluer la présence de substances nocives dans les couches dont certains peuvent migrer dans l’urine et rester en contact prolongé avec la peau des bébés.

La liste des composés détectés à ce moment-là était longue : composés organiques volatiles, formaldéhyde, pesticides (par exemple le glyphosate et son métabolite AMPA), dioxines, furanes, PCB (polychlorobiphényle), substances parfumantes ou encore des HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) dans les élastiques. Même les couches dites « écologiques » contenaient des substances contaminantes. Il faut souligner que, hormis les substances parfumantes, les autres composés détectés ne sont pas ajoutés intentionnellement par les fabricants, ils proviennent soit d’une contamination des matières premières (pesticides) soit sont formés au cours de la fabrication lors du blanchiment ou du collage (PCB, furanes, dioxines). Certains procédés de fabrication nécessitent des températures élevées qui favorisent la formation des HAP. Parmi tous ces composés, certains ont des effets cancérigènes, d’autres sont des perturbateurs endocriniens ou encore des sensibilisants cutanés (substances parfumantes).

Quels sont les risques ?

Pour évaluer le risque sanitaire lié au port des couches, il faut considérer entre autres les effets systémiques potentiels (toxicité pour la reproduction et le développement, cancérogénicité, neurotoxicité…) et locaux (irritation cutanée, dermatite allergique de contact).

Si des substances chimiques potentiellement toxiques sont effectivement présentes dans les couches pour bébés (et que certaines dépassent les seuils sanitaires), aucune étude n’avait mis en évidence une association entre le port des couches et un risque sanitaire, selon l'Anses, en 2019. L'Agence ne pouvait cependant pas exclure ce risque.

Les expériences menées avec des simulants d’urine montrent que des substances présentes dans la couche peuvent migrer dans l’urine et rester au contact de la peau du bébé. C’est le cas des dioxines, furanes, PCB, formaldéhyde et des HAP, qui sont potentiellement toxiques. En revanche, le super-absorbant SAP (polyacrylate de sodium) a fait l’objet de plus de 400 études qui concluent à l’absence de toxicité ou d’effet cutané. Les matériaux constitués de polymères de grande taille ne posent à priori pas de problème car ils sont inertes et ne sont pas absorbés par la peau.

La composition des couches peut influencer le risque de pathologies cutanées notamment en raison de la présence de substances irritantes. Les dermatites au niveau des fesses des bébés sont d’ailleurs fréquentes. Dans la majorité des cas, il s’agit de dermatites irritatives provoquées par l’humidité, la présence d’urine et de selles, le frottement avec la couche ou encore le pH alcalin élevé. Elles peuvent également être d’origine infectieuse ou inflammatoire. Dans ce dernier cas elles sont provoquées par une allergie à l’un des constituants. Il faut savoir qu’une peau lésée perd sa fonction barrière et sera plus perméable aux substances chimiques.
Toutefois, la fréquence ainsi que la sévérité des dermatites ont tendance à diminuer en raison de l’augmentation des performances des couches.

Même si les expositions à ces substances, prises de façon isolée et individuelle, ne présentent pas forcément de danger elles viennent s’ajouter à d’autres sources de contaminations (environnement, alimentation…).

Les préconisations de l’Anses aux fabricants

Dans son rapport de 2019, l’Anses préconise d’abandonner l’utilisation de substances parfumantes allergisantes dans les couches jetables, de mieux maîtriser l’origine des matières premières naturelles pour limiter le risque de contamination et d’améliorer les procédés de fabrication des couches pour limiter l’apparition de composés toxiques. Ces préconisations aboutissent en février 2019 à l’engagement des fabricants d’améliorer rapidement la sécurité de leurs produits.

Plus récemment, en décembre 2020, l’Anses  a soumis une proposition de restriction des substances chimiques dangereuses auprès de l’Agence européenne des produits chimiques. Le but est de limiter au maximum la présence, dans les couches jetables destinées aux enfants de 0 à 3 ans, de près de 200 substances dont les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dioxines, furanes, PCB et formaldéhyde. Selon l’Anses, « cette restriction permettrait de réglementer sur le marché européen la commercialisation des couches et de garantir le même niveau de sécurité sanitaire pour tous les produits ».

L’Anses espère ainsi écarter tout risque pour la santé des bébés lié au port des couches jetables en fixant des concentrations seuils à ne pas dépasser et en proposant une méthode d’analyse des couches à harmoniser au niveau européen. L’Agence propose également de mieux contrôler les matières premières – pour exclure toute contamination avant la fabrication – et les processus de fabrication,  afin de limiter l’apparition de substances suspectes.

Quelles couches jetables choisir ?

Suite à l’enquête du magazine 60 Millions de consommateurs et à l’expertise de l’Anses, les fabricants ont fait évoluer leurs produits. La qualité des couches jetables s’est globalement améliorée même s’il reste des efforts à faire pour certaines marques. Des évaluations récentes ont été réalisées. Entre 2019 et juillet 2020, la DGCCRF a réalisé une enquête sur 32 références de couches jetables et a constaté qu’aucune d'entre elles ne contenait de substances toxiques au-delà des seuils sanitaires définis par l’Anses.  
Les analyses n’ont pas mis en évidence la présence d’allergène ou de résidu de pesticides et une diminution des taux de dioxines et furanes, de composés chlorés et d’HAP a également été constatée.
Si une amélioration est également constatée pour le formaldéhyde – connu pour ses effets irritants – dans la plupart des références, 3 d’entre elles (Marmailles Plus, Pampers Premium Protection, Moina Zaza) font office de mauvais élève et dépassent 10% du seuil sanitaire, ce qui nécessite des améliorations complémentaires.

Dans son numéro d’octobre 2020, 60 Millions de consommateurs a également constaté l’amélioration de la qualité des couches et le respect de l’engagement de la plupart des fabricants d’informer le consommateur sur la composition des couches. La marque Lillydoo arrive en haut du classement en alliant une bonne absorption, une bonne protection contre l’humidité et une composition sans défaut.

Bien sûr ces résultats ne sont pas figés, car les fabricants font évoluer leurs produits. Par exemple, pour les couches Pampers Harmonie, les résultats sont différents entre l’analyse réalisée par la DGCCRF et l’évaluation faite par le magazine 60 Millions de consommateurs. C’est la même chose pour la marque Love&Green qui arrive en première position du classement de 60 millions de consommateurs mais pour laquelle la DGCCRF a détecté des HAP dans « une quantité qui ne conduit pas à un dépassement du seuil d’exposition dû aux couches uniquement mais qui ne permet pas de garantir l’absence de risques dans le cadre des expositions cumulées ». Cependant, ces résultats ont été contestés par la marque et n’ont d’ailleurs pas été confirmés par les évaluations réalisées par 60 millions de consommateurs. Les différences obtenues entre deux évaluations peuvent s’expliquer par une évolution du produit mais également par des méthodes d’analyse, des limites de détection et/ou de quantification différentes. Les critères de qualité peuvent également être différents. Des enquêtes régulières ainsi qu’une harmonisation et une amélioration des méthodes d’analyse sont donc nécessaires pour évaluer la qualité des produits qui sont sur le marché.

Les meilleures couches
    Points forts  
 À améliorer
Lillydoo
Absence de contaminants
Information au consommateur : composants, rapports d’analyse toxicologiques
Très bonne protection contre l’humidité    
 
Love&Green 
Absence de contaminants
Information au consommateur : composants, rapports d’analyse toxicologiques
    Prix (0,44 € par couche)
Mots d’enfants
Absence de contaminants
Prix (0,30 € par couche)
Transparence sur les composants

 

Les moins bonnes Points faibles À améliorer
Lupilu (Lidl)  Présence de composés organiques halogénés = irritants
Traces de pesticides organochlorés = cancérigènes
Absorption et protection contre l’humidité peu satisfaisantes
Composition
Performance
Auchan Baby Présence de composés organiques halogénés
Performance en termes d’absorption peu satisfaisante
Composition
Performance
Pampers Harmonie Présence d’AMPA, métabolite du glyphosate =  irritant
Performance en termes de protection contre l’humidité peu satisfaisante
 Composition
Performan


Les marques indiquées ici sont issues de l’enquête la plus récente réalisée par le magazine 60 Millions de consommateurs. Bien sûr ne peuvent figurer dans le classement que les marques qui ont été évaluées.

Pour vous guider dans votre achat, vous pouvez aussi vérifier que le fabricant joue la transparence en indiquant la composition des couches sur l’emballage. Plusieurs labels existent et peuvent être mentionnés sur l’emballage. Parmi eux, la mention « TCF » pour Totally Chlorine Free, qui indique que les couches ne contiennent aucun résidu chloré (PCB, dioxines…) peut vous aider à faire votre choix. Quant à la performance des couches, il faut souvent laisser parler l’expérience...

Une alternative saine et écologique : les couches lavables

Si la composition des couches jetables s'est améliorée, il reste un souci : les déchets qu'elles génèrent qui correspondent à une tonne par enfant ! Marianne Bertrel, l'auteure du Guide complet des couches lavables explique que le coût du traitement de ces déchets pour la communauté est de 120 à 150 € (à multiplier par le nombre de bébés), que cela génère une tonne de CO2. Utiliser des couches lavables permet de « réduire cette production de déchet de 95% », pas moins.

La production des couches lavables est aussi moins coûteuse en ressources (eau, matières premières, transport...).

En plus, les couches lavables permettent de faire des économies. En comptant 2,5 ans pour l'acquisition de la propreté par bébé, les couches jetables coûtent entre 750 et 2500 € (en moyenne 1625 €) contre 200 à 1000 € pour les couches lavables (en moyenne 800 €). Sans compter que les couches pourront être réutilisées pour 2 ou 3 enfants, ce qui permet une économie non négligeable.
Côté composition, pas de souci : ces couches peuvent être fabriquée entièrement en matières naturelles ou en fibres certifiées Oeko-Tex donc garanties sans produits nocifs pour le bébé.

Pour en savoir plus sur ces alternatives, lire Le guide complet des couches lavables

Références
  1. Substances chimiques dans les couches pour bébés : l’enquête de la DGCCRF confirme l’amélioration de la qualité des produits et l’absence de dépassement des seuils sanitaires. Communiqué de presse. Juillet 2020.
  2. Avis de l’ANSES. Rapport d’expertise collective. Sécurité des couches pour bébé. Janvier 2019. Edition Scientifique.
  3. 60 Millions de consommateurs. Institut national de la consommation. N°562. Octobre 2020
  4. Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à la proposition de restriction au titre du Règlement REACH : « Formaldéhyde, HAP, Dioxines, Furanes et PCB dans les couches pour bébé à usage unique », novembre 2020.

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