Obésité : les bactéries responsables ?

Par Lanutrition.fr Publié le 29/12/2009 Mis à jour le 21/02/2017
L’obésité dépend de nombreux facteurs, comportementaux et génétiques.La flore intestinale joue, elle aussi, un rôle dans la régulation des apports énergétiques.

La composition de la flore intestinale peut-elle expliquer certaines prises de poids ? C’est ce que pensent de nombreux chercheurs. Explications.


Des milliers de milliards

Les bactéroïdètes et les firmicutes, deux grandes familles de bactéries

Ensemble, les firmicutes et les bactéroïdètes constituent plus de 90 % de notre flore intestinale.

Les firmicutes comportent plus de 250 genres parmi lesquels les lactobacilles, les streptocoques, les entérocoques et les clostridium.

Les bactéroïdètes, dont il existe une vingtaine de genres différents, sont largement diffusées dans l'environnement, notamment le sol, les sédiments, l'eau de mer et les intestins d'animaux. Ces bactéries abondent dans les selles des animaux à sang chaud dont les humains et un groupe d'organismes vivant dans la cavité buccale de l'homme.

de bactéries

Les bactéries grouillent dans notre système digestif : environ 100 000 milliards de bactéries vivent naturellement et de manière autonome dans nos intestins, c'est-à-dire dix fois plus que le nombre de cellules humaines dans le corps ! Globalement, notre flore intestinale est composée de près d'un millier d'espèces. Au total, cela représente une masse d'environ 1,5 kg.

Avec notre organisme, elles forment un système intégré, qui fonctionne en symbiose. La flore intestinale assure la maturation du système immunitaire intestinal. Par ailleurs, les bactéries de l’intestin ont un potentiel enzymatique élevé, elles interviennent sur le transit intestinal, la synthèse des vitamines B12 et K, le métabolisme du cholestérol, la dégradation des nutriments (glucides, lipides, protides).


Un équilibre fragile

Un système digestif sain dépend de l'équilibre entre les milliards de bactéries qui y résident. Le stress, un régime défectueux, la prise d'antibiotiques ou la simple fatigue peuvent altérer l'équilibre naturel dans les intestins. Et une flore intestinale déstabilisée peut entraîner des indigestions, une immunité réduite ou une tendance à la diarrhée, voire même… une obésité.


Des bactéries qui rendent obèses ?

Lorsqu’on compare les compositions bactériennes des flores intestinales de personnes obèses et de personnes de corpulence normale, on s’aperçoit qu’elles diffèrent (1). Deux familles de bactéries dominent dans l’intestin : les bactéroïdètes et les firmicutes. Chez les personnes obèses, l’équilibre est rompu en faveur des firmicutes. Cette communauté microbienne a une plus grande capacité à digérer les glucides complexes. Plus nombreuses, les bactéries extraient davantage de calories des aliments, ce qui entraîne une augmentation de la masse graisseuse. « La flore intestinale est plus efficace chez les obèses pour extraire encore plus de calories, alors qu'ils ont déjà eux-mêmes beaucoup engrangé d'énergie », explique Randy J. Seely, directeur du Centre de recherche sur l’obésité de l’université de Cincinnati (États-Unis). L’équilibre se rétablit après une perte de poids. Lorsque des sujets obèses ont perdu du poids sur une année, la proportion des firmicutes se rapprochait de celles des sujets minces.

D'autres études confirment ces résultats :

- En Espagne sur des adolescents (2) ;

- En Finlande sur des enfants et sur des femmes enceintes ;

- En Inde sur des enfants âgés de 11 à 14 ans (3).


Les probiotiques, des bactéries vraiment bonnes pour la santé ?

Connus depuis plusieurs décennies, les probiotiques sont « des micro-organismes vivants qui, ingérés en quantité suffisante, produisent des effets bénéfiques sur la santé de celui qui les consomme », selon la définition officielle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il existe de très nombreux probiotiques dont les plus connus sont les bifidobactéries et les lactobacilles. Des noms bien représentés au rayon « yaourts » des supermarchés, mais on trouve aussi des probiotiques dans d'autres aliments fermentés (choucroute, pollen, charcuterie, olives…).

Les principaux bienfaits des probiotiques

Les probiotiques agissent à plusieurs niveaux :

- Ils stabilisent la flore intestinale par compétition avec des bactéries pathogènes ;

- Ils entretiennent la fonction barrière de la muqueuse intestinale ;

- Ils modifient l’écologie intestinale ;

- Ils diminuent les diarrhées associées aux antibiotiques ou aux rotavirus ;

- Ils améliorent la digestion du lactose ;

- Ils stimuleraient l’immunité.

Des probiotiques qui font grossir les poulets

Ces mêmes probiotiques sont cependant utilisés dans l’élevage des animaux, pour les faire grossir plus vite. Le professeur Didier Raoult, chef du laboratoire de virologie et de bactériologie de l'hôpital de La Timone, à Marseille, a mené une expérience sur des poussins provenant d’une même mère (4). Les œufs ont éclos le même jour et les oisillons ont mangé la même nourriture. Didier Raoult a simplement introduit dans le tube digestif de certains poussins la bactérie Lactobacillus fermentum. Résultat : « Six semaines plus tard, le groupe de poulets qui avaient ingéré la bactérie pesait 30 % de plus que les poulets témoins », explique Didier Raoult. Il a obtenu des résultats similaires avec la bactérie bifidobacterium. Des résultats à confirmer avant de pouvoir extrapoler à la physiologie humaine.

 

Pour tout savoir des probiotiques, lire également nos articles :

Les probiotiques, des bactéries qui nous veulent du bien

Les vertus des probiotiques

Concernant l'obésité, lire notre article Les gènes impliqués dans l'obésité.

Références

(1) Ley RE, Turnbaugh PJ, Klein S, Gordon JI. Microbial ecology: human gut microbes associated with obesity. Nature. 2006 Dec 21;444(7122):1022-3.

(2) Santacruz A, Marcos A, Wärnberg J, Martí A, Martin-Matillas M, Campoy C, Moreno LA, Veiga O, Redondo-Figuero C, Garagorri JM, Azcona C, Delgado M, García-Fuentes M, Collado MC, Sanz Y. Interplay between weight loss and gut microbiota composition in overweight adolescents. Obesity. 2009 Oct;17(10):1906-15.

(3) Balamurugan R, George G, Kabeerdoss J, Hepsiba J, Chandragunasekaran AM, Ramakrishna BS. Quantitative differences in intestinal Faecalibacterium prausnitzii in obese Indian children. British Journal of Nutrition. 2009 Oct 23:1-4. [Epub ahead of print]

(4) Didier Raoult. Probiotics and obesity: a link? Nature Reviews Microbiology 7, 616 (1 September 2009). doi:10.1038/nrmicro2209

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