Le vaccin contre la grippe protège-t-il vraiment ?

Par Lanutrition.fr Publié le 04/01/2016 Mis à jour le 10/03/2017
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Les preuves formelles de l'intérêt de la vaccination systématique contre la grippe manquent, surtout après 65 ans. Le vaccin pourrait avoir une utilité chez l'enfant et dans l'asthme et la bronchite chronique.

Le vaccin contre la grippe saisonnière change chaque année. Sa formulation utilise des protéines provenant de trois ou quatre souches virales circulantes, de type H1N1, H3N2 ou B. Le mécanisme de protection vaccinale repose sur la production d’anticorps : les lymphocytes B produisent des anticorps qui doivent reconnaître les souches pathogènes et protéger l’organisme contre l’infection. En France, la campagne de vaccination contre la grippe cible tout particulièrement les plus de 65 ans. Or dans cette tranche d'âge, ce vaccin ne semble pas particulièrement efficace ! Et pour les autres catégories de la population, les preuves sont le plus souvent incertaines. Alors pourquoi continuer de vacciner systématiquement, à un coût important, alors que les preuves manquent ?

Une efficacité médiocre chez les adultes en bonne santé

Le groupe indépendant Cochrane a conclu, sur la base de l'ensemble des données scientifiques publiées, qu'un adulte qui se fait vacciner évite en moyenne 0,04 jours de congé maladie, c'est-à-dire presque rien. Ces épidémiologistes estiment qu'il n'y a aucune preuve pour soutenir la vaccination systématique des adultes en bonne sante comme mesure de santé publique. En 2011, The Lancet of Infectious Disease, a publié les résultats d'une vaste méta-analyse orchestrée par des chercheurs américains dans laquelle ils ont collecté les données d'une trentaine d'études sur les vaccins contre la grippe et leur efficacité. Conclusion : les vaccins sont peu efficaces, atteignant une efficacité maximale de 60 %, ce qui est peu pour un vaccin. Pis : pour les personnes auxquelles on recommande habituellement le plus la vaccination (personnes âgées de 65 ans ou plus), le bénéfice n'est même pas suffisamment démontré. 

Pas de preuves qu'il est bénéfique chez les plus de 65 ans

Chaque année entre septembre et fin janvier, une campagne de l’Assurance maladie invite les personnes âgées à se faire vacciner contre la grippe saisonnière. Le vaccin est remboursé pour les personnes de plus de 65 ans. Selon l’Assurance maladie, « il faut environ deux semaines après le vaccin pour être protégé ». Mais protégé comment ?

En 2013, une étude du gouvernement américain a recensé les conséquences de la vaccination sur 2.697 enfants et adultes. Résultat : la vaccination contre la grippe 2012-2013 aurait apporté un bénéfice à seulement 9 % des plus de 65 ans. Cette analyse se base sur la fréquence des consultations chez un médecin (et non les complications de l’infection ou la mortalité). Les Centers for Disease Control, qui ont mené cette étude, expliquent le résultat par la baisse de la réponse immunitaire avec l’âge, et par une moindre réaction immunitaire à la composante de la grippe A (H3N2) du vaccin.

Cependant, le groupe indépendant Cochrane, qui a analysé l'ensemble des données scientifiques disponibles, pas seulement celles de l'année 2013, a conclu que les études sur ce vaccin étaient de qualité médiocre et qu'elles ne permettaient pas de conclure à un bénéfice.

Il ne permet pas une bonne production d’anticorps chez les personnes âgées

L'une des raisons pour lesquelles le vaccin est peu efficace après 65 ans, c'est que les séniors ne répondent pas bien à la vaccination contre la grippe. Une étude de 2015 parue dans la revue Immunity explique pourquoi. Pour cette recherche, les chercheurs ont vacciné 212 personnes dont 54 personnes âgées de plus de 65 ans, au cours de cinq saisons de grippe, de 2007 à 2011. Ils ont ensuite analysé les échantillons sanguins pour trouver les différences moléculaires entre les individus. Ils ont aussi utilisé des données qui avaient déjà été publiées sur 218 autres personnes.

Résultats : dans la semaine suivant la vaccination, les personnes jeunes avaient des niveaux élevés de lymphocytes B, les cellules qui produisent les anticorps. En revanche, les personnes âgées avaient des niveaux élevés de monocytes, d’autres cellules immunitaires qui provoquent une réaction inflammatoire. Ces différences dépendantes de l’âge expliquent que les personnes âgées ne répondent pas aussi bien au vaccin que les personnes plus jeunes : les plus de 65 ans produisent moins de lymphocytes B et donc moins d'anticorps après une vaccination anti-grippe, par rapport aux plus jeunes.

Pour aller plus loin, lire : Prévenir et guérir la grippe de Thierry Souccar

Plus efficace chez les enfants sains, mais il réduit leur immunité contre les autres virus grippaux

Chez les enfants, la vaccination procurerait un bénéfice modeste, même si le groupe Cochrane estime que les études sont de qualité médiocre. Le nombre d'enfants à vacciner pour prévenir 1 cas de grippe varie de 7 (vaccins vivants atténués) à 28 (vaccins inactivés) et l'efficacité évolue considérablement selon la saison.

Si le vaccin protège un peu les enfants de la grippe, il pourrait conduire aussi à des problèmes. Une étude publiée en 2011 dans Journal of Virology a montré que le vaccin contre la grippe saisonnière peut rendre les enfants sensibles à d'autres types de virus grippaux. Pour étudier les effets de la vaccination saisonnière, les chercheurs ont recueilli des échantillons de sang de 27 enfants non-vaccinés en bonne santé (âge médian, 6 ans) et de 14 enfants atteints de fibrose cystique qui avaient reçu la vaccination antigrippale annuelle (âge médian, 6,2 ans). Aux Pays-Bas, seules les populations d'enfants, comme ceux atteints de fibrose cystique, sont systématiquement vaccinés contre la grippe.

Parmi les enfants non-vaccinés, 24 sur 27 (89 %) avaient des anticorps contre au moins 1 virus A/H3N2 virus, et 20 (74 %) avaient des anticorps contre au moins 1 virus A/H1N1. Tous les enfants vaccinés avaient des anticorps contre au moins 1 virus de la grippe, y compris le fameux A/H1N1 (2009). Cependant, les enfants non-vaccinés avaient une moyenne géométrique des titres en anticorps plus élevée contre plusieurs virus, y compris ceux de la grippe A/Panama/07/99 (H3N2) et A/Iles Solomon/3/2006 (H1N1). Chez les enfants âgés de 5 ans, les enquêteurs ont trouvé un pourcentage significativement plus élevé de cellules T CD8 + dans le groupe non-vacciné (moyenne, 0,86 %) que dans le groupe vacciné (moyenne, 0,37 %).

Lire : Le vaccin contre la grippe A (H1N1) lié à un risque accru de maladies auto-immunes

Asthme, bronchite chronique obstructive : des bénéfices possibles

La vaccination contre la grippe bénéficie-t-elle aux asthmatiques ? Les résultats sont incertains. En revanche, la vaccination pourrait être intéressante chez les personnes souffrant de bronchite chronique obstructive.

Personnel soignant : pas de preuves

Les médecins, infirmiers et plus généralement les personnels de santé sont invités à se faire vacciner pour diminuer le potentiel de contamination de ceux qu'ils soignent. Mais une analyse des études sur le sujet, qui portait sur des soignants s'occupant de personnes âgées n'a trouvé aucune différence dans le nombre de cas de grippe, d'hospitalisations ou de décès par infections respiratoires chez les résidents, que le personnel ait été vacciné ou pas.

Conclusion

Il n'y a pas de preuves formelles de l'efficacité de la vaccination contre la grippe après 65 ans. A discuter donc avec son médecin traitant, en fonction de ses facteurs de risque. Rappelons qu'il existe parallèlement des moyens simples et peu coûteux d'améliorer les capacités innées de son système immunitaire, à commencer par s'assurer qu'on ne manque pas de vitamine D. Pour prévenir la grippe, il est aussi possible de prendre quelques précautions dans la vie de tous les jours.

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Sources

Osterholm Michael, Kelley Nicholas et al. Efficacy and effectiveness of influenza vaccines: a systematic review and meta-analysis. Lancet Infect Dis. 2011 Oct 26.

Journal of Virology. 2011;85:11995-12000

CDC : Interim Adjusted Estimates of Seasonal Influenza Vaccine Effectiveness — United States, February 2013. Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR), February 22, 2013 / 62(07);119-123.

Nakaya HI, Hagan T, Duraisingham SS, Lee EK, Kwissa M, Rouphael N, Frasca D, Gersten M, Mehta AK, Gaujoux R, Li GM, Gupta S, Ahmed R, Mulligan MJ, Shen-Orr S, Blomberg BB, Subramaniam S, Pulendran B. Systems Analysis of Immunity to Influenza Vaccination across Multiple Years and in Diverse Populations Reveals Shared Molecular Signatures. Immunity. 2015 Dec 15;43(6):1186-98. doi: 10.1016/j.immuni.2015.11.012.

 

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