Infections respiratoires : que valent les conseils habituels ?

Par Marc Gomez Publié le 07/02/2020 Mis à jour le 07/02/2020
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Contre les virus du rhume, de la grippe, on conseille généralement de se laver les mains, dormir suffisamment et, si l’on est malade, boire beaucoup. Que dit la science ?

« Lavez-vous fréquemment les mains »

« Lavez-vous les mains pendant 20 secondes avec de l'eau et du savon ordinaires avant de manger et de préparer les repas, après être allés aux toilettes, après avoir changé des couches ou manipulé d'autres déchets, et après avoir toussé ou éternué. » Cette recommandation de bon sens, probablement avisée, ne repose pourtant pas sur des preuves scientifiques évidentes.

Des études d’intervention ont été conduites pour savoir si le fait de se laver les mains lors d’un épisode infectieux protège les personnes en bonne santé, mais elles ont donné des résultats contrastés, sans montrer de protection flagrante ou seulement dans certains sous-groupes. Une étude d’observation conduite en Suède n’a pas trouvé que les personnes qui se sont lavé les mains plus de 4 fois par jour ont été moins touchées par la grippe de 2009-2010 que celles qui se lavaient les mains 2 à 4 fois par jour seulement (1).

Il n’y a pas aujourd'hui de preuves formelles de l’intérêt de cette mesure pour la santé publique, mais absence de preuves ne veut pas dire absence d'efficacité, les protocoles des études étant peut-être inadaptées. Il n'y a aucun risque à se laver fréquemment les mains, et il y a des bénéfices potentiels à le faire…

« Dormez au moins sept heures »

Pendant qu’on dort, notamment dans les premières heures, la réponse immunitaire est stimulée. Le manque de sommeil chronique (pas aigu) entraîne au contraire une baisse de l’immunité, ce qui n’est pas désirable en période de risque infectieux (2).

Mais combien de temps faudrait-il dormir idéalement ? Les spécialistes conseillent généralement, à l’âge adulte, 7 à 9 h par nuit. Cependant, une étude sur les chasseurs-cueilleurs Hadza de Tanzanie a trouvé que ces hommes et femmes dont le mode de vie se rapproche de celui de nos ancêtres, dorment en moyenne 6 h 30 d’un sommeil entrecoupé de réveils (3). Les chercheurs qui ont conduit cette étude pensent donc que la norme « sommeil » dans l’espèce humaine est inférieure à ce qui est habituellement recommandé. Une étude suggère que l'on est plus suceptible au virus du rhume lorsqu'on dort moins de 6 heures par nuit.  

On peut donc penser que si vous ne dormez pas sept heures chaque nuit, mais au moins six à six heures trente, tout devrait aller bien.

« Buvez beaucoup d’eau »

Le corps médical conseille généralement de boire plus que d’ordinaire au cours d’une infection respiratoire. Il s’agit, au moins en théorie, de remplacer les pertes hydriques insensibles dues à la fièvre, de corriger la déshydratation due à une consommation réduite et de diminuer la viscosité du mucus. Cependant, il y a des raisons de douter de la pertinence de ce conseil.

L'hormone antidiurétique (vasopressine) conserve l’eau présente dans le corps en stimulant sa réabsorption par les reins. Or on a observé que pendant une infection respiratoire, la sécrétion de cette hormone est spontanément augmentée pour prévenir la déshydratation. Que se passe-t-il si on boit plus d'eau alors que la sécrétion d'hormones antidiurétiques est accrue ? Cela peut, en théorie, faire baisser la concentration en sodium dans le sang et conduire à une hyponatrémie, avec des effets secondaires potentiellement graves. 

De fait, une étude de 2004 a trouvé que le fait de donner plus à boire aux patients souffrant d’une infection respiratoire aigüe peut faire plus de mal que de bien (4). 

Une chose est sûre : il faut éviter de boire de l’alcool, qui peut entraîner un gonflement des muqueuses des sinus.

Lire aussi : Les aliments qui stimulent l'immunité

Références
  1. Merk H, Kühlmann-Berenzon S, Linde A, Nyrén O. Associations of hand-washing frequency with incidence of acute respiratory tract infection and influenza-like illness in adults: a population-based study in Sweden. BMC Infect Dis. 2014;14:509.
  2. Besedovsky L, Lange T, Born J. Sleep and immune function. Pflugers Arch. 2012;463(1):121–137. doi:10.1007/s00424-011-1044-0.
  3. Samson DR, Crittenden AN, Mabulla IA, Mabulla AZP, Nunn CL. Chronotype variation drives night-time sentinel-like behaviour in hunter-gatherers. Proc Biol Sci. 2017 Jul 12;284(1858).
  4. Guppy Michelle P B, Mickan Sharon M, Mar Chris B Del. “Drink plenty of fluids”: a systematic review of evidence for this recommendation in acute respiratory infections BMJ 2004; 328 :499.

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