Les produits light font grossir

Par Juliette Pouyat Publié le 14/12/2016 Mis à jour le 22/07/2017
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Les produits light font maigrir... selon les industriels mais pas selon les chercheurs. Pire, ils pourraient favoriser le surpoids et le diabète en leurrant le cerveau et en interagissant avec la flore intestinale.

Généralement, les produit allégés ou light contiennent des édulcorants artificiels. Parmi eux, l’aspartame qui est l’édulcorant le plus utilisé au monde (il est présent dans plus de 6000 produits). L'intérêt ? Pas de calories et toujours un goût sucré. Tout bénef' a priori puisque selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments, l’aspartame serait sans danger pour la santé… Pourtant, pour le Pr Jean-François Narbonne, toxicologue, expert auprès de l'ANSES, consultant pour LaNutrition.fr, « il est préférable d’éviter l'aspartame ». Même si les preuves de son implication dans les problèmes de santé manquent et que les résultats restent encore contradictoires, l’aspartame ne semble pas anodin et représenterait à la fois un obstacle à la perte de poids et un facteur de risque d’intolérance au glucose et de diabète.

Lire : Aspartame : des dangers confirmés?

Les études suggèrent en effet que l’aspartame provoque deux phénomènes :

  • une augmentation de l’appétit due au fait que l’aspartame - comme les autres édulcorants artificiels - n’active pas les circuits de récompense de la même façon que le sucre entraînant une sur-alimentation pour compenser ;
  • des modifications du microbiote intestinal qui expliqueraient des changements métaboliques.

Les édulcorants empêchent de perdre du poids

Beaucoup de personnes qui veulent perdre du poids adoptent les boissons light... mais selon une nouvelle étude parue dans la revue Applied Physiology, Nutrition and Metabolism il semblerait que ce soit un mauvais choix. Au contraire, les boissons light qui contiennent de l’aspartame nuisent à la perte de poids.

« Les substituts du sucre comme l’aspartame sont conçus pour favoriser la perte de poids et limiter l’incidence du syndrome métabolique mais plusieurs études cliniques et épidémiologiques ont suggéré que ces produits ne fonctionnent pas très bien et peuvent même aggraver les choses » expliquent les auteurs de l’article.

Les chercheurs ont étudié 4 groupes de souris pendant 18 semaines. 2 groupes ont reçu un régime alimentaire normal, l’un avec de l’eau ordinaire et l’autre avec de l’eau contenant de l’aspartame. Les 2 autres groupes ont reçu une alimentation riche en matières grasses, avec les mêmes variantes pour l’eau.

Les chercheurs ont montré que des souris qui consomment de l’aspartame dans leur eau prennent plus de poids que celles qui n’en reçoivent pas, malgré une alimentation similaire. Cependant, lorsque les souris étaient nourries avec le régime alimentaire normal, les chercheurs ont trouvé peu de différence de poids entre le groupe eau+aspartame et le groupe eau. Par contre avec une alimentation riche en matières grasses, la prise de poids était significativement supérieure dans le groupe aspartame. De la même façon, les chercheurs constatent une intolérance au glucose plus élevée chez les souris qui consomment de l’aspartame et une alimentation riche en graisses.

« Nous avons constaté qu’un métabolite de l’aspartame -la phénylalanine- bloque une enzyme intestinale appelée la phosphatase alcaline intestinale (IAP) qui est en temps normal capable de prévenir obésité, diabète et syndrome métabolique. Nous pensons que l’aspartame bloque les effets bénéfiques de cette enzyme ». L’activité de l’enzyme diminue de 50% en présence d’aspartame.

« Les consommateurs ne comprennent pas pourquoi ces édulcorants artificiels ne fonctionnent pas. Il existe des preuves qu’ils peuvent réellement vous donner plus faim et être associés à une augmentation de la consommation de calories. Nos résultats concernant l’inhibition de l’IAP par l’aspartame peuvent également expliquer pourquoi utiliser l’aspartame est contre-productif ».

Dans une étude antérieure menée sur 23 695 personnes, des chercheurs avaient montré que pour des personnes en surpoids boire des sodas allégés conduisait à consommer plus de calories solides que les sodas sucrés. Les édulcorants artificiels présents à hautes doses dans les sodas allégés activent en effet les centres de la récompense dans le cerveau, et modifient le ressenti au goût sucré. Les édulcorants agissent en modifiant le contrôle de l’appétit : le cerveau ne dispose plus d’informations fiables sur la consommation énergétique.

Lire : le cerveau fait la différence entre vrai et faux sucre

Ils augmentent le risque de diabète en modifiant le microbiote intestinal

En étudiant l'impact des édulcorants artificiels sur des souris de laboratoire et sur des volontaires, des chercheurs ont montré que les faux sucres - dont l’aspartame - perturbent la composition de la flore intestinale ainsi que la capacité à utiliser le glucose.

«Les édulcorants artificiels ont été introduits massivement dans notre alimentation avec l'idée de réduire les apports caloriques et de normaliser les niveaux de glucose sanguin sans remettre en cause notre appétence pour le sucré» écrivent les chercheurs. « Mais nos travaux suggèrent qu’ils pourraient avoir directement contribué à renforcer l'épidémie qu'ils étaient censés combattre».

Trois édulcorants très répandus (aspartame, sucralose et saccharine) ont été ajoutés à de l'eau ingérée par les souris, aux doses journalières admissibles fixées par l'agence américaine de santé (FDA). Ces souris ont développé une intolérance au glucose contrairement à celles qui n'avaient ingéré que de l'eau ou de l'eau sucrée. L'intolérance au glucose survient lorsque l'organisme réagit moins aux effets de l'insuline pour contrôler le taux de sucre dans le sang. Elle précède le diabète.

Dans cette même étude, les chercheurs ont montré sur des volontaires que les édulcorants artificiels modifiaient la flore intestinale.

Une autre étude menée sur 66 188 femmes en France a révélé pour la première fois  un risque de diabète plus élevé avec des boissons dites "light"  (avec édulcorants artificiels donc) qu’avec des boissons sucrées.

Les résultats montrent que les femmes qui consomment des boissons sucrées "light" en boivent plus que celles qui consomment des boissons sucrées "normales" (2,8 verres/semaine soit 568 mL contre 1,6 verres/semaine soit 328 mL en moyenne, respectivement).

Par rapport à celles qui n’en consomment pas du tout, les femmes qui boivent le plus de boissons sucrées (soit plus de 359 mL/semaine) ont un risque de diabète augmenté de 34 % au cours de l’étude (14 ans) ; celles qui boivent le plus de boissons « light » (plus de 603 mL/semaine) ont un risque multiplié par 2,21.

Ces composés pourraient, selon les chercheurs, modifier le microbiote intestinal : certaines bactéries de l'intestin pourraient ainsi interagir avec les composés chimiques des édulcorants - qui ne sont pas absorbés par l'intestin - en favorisant des réactions inflammatoires à l’origine de troubles métaboliques tels que l'intolérance au glucose ou le diabète.

Sources

Sarah S. Gul, A. Rebecca L. Hamilton, Alexander R. Munoz, Tanit Phupitakphol, Wei Liu, Sanjiv K. Hyoju, Konstantinos P. Economopoulos, Sara Morrison, Dong Hu, Weifeng Zhang, Mohammad Hadi Gharedaghi, Haizhong Huo, Sulaiman R. Hamarneh, Richard A. Hodin. Inhibition of the gut enzyme intestinal alkaline phosphatase may explain how aspartame promotes glucose intolerance and obesity in mice Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism, 0, 0, 10.1139/apnm-2016-0346

Bleich SN, Wolfson JA, Vine S, Wang YC. Diet-Beverage Consumption and Caloric Intake Among US Adults, Overall and by Body Weight. Am J Public Health. 2014 Jan 16.

Fagherazzi G, Vilier A, Saes Sartorelli D, Lajous M, Balkau B, Clavel-Chapelon F. Consumption of artificially and sugar-sweetened beverages and incident type 2 diabetes in the Etude Epidemiologique aupres des femmes de la Mutuelle Generale de l'Education Nationale-European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition cohort. Am J Clin Nutr. 2013 Jan 30.

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