Quel régime pour les diabétiques de type-1?

Par Pierre Lombard Publié le 05/07/2016 Mis à jour le 02/08/2017
Actualité

Un régime pauvre en glucides pourrait bénéficier aux diabétiques de type-1. Mais d'autres options sont possibles.  

Une nouvelle étude (1) publiée dans le Asia Pacific Journal of Clinical Nutrition a étudié la faisabilité et les bénéfices d’un régime très pauvre en glucides, destiné à des personnes atteintes de diabète de type 1.

Le diabète de type 1 est la deuxième maladie auto-immune la plus fréquente chez l’enfant. Son origine est inconnue, certains facteurs ont été proposés comme la consommation de lait de vache pendant l’enfance, le manque de vitamine D, des infections, ou encore la prise de certains antibiotiques. Elle se déclare très souvent dans l’enfance ou l’adolescence, elle est diagnostiquée par une glycémie à jeun supérieure à 1,26 g/L et par la présence d’anticorps anti-îlot de Langherans, anti-insuline, anti-décarboxylase de l'acide glutamique ou anti-tyrosine phosphatase membranaire. Autrement dit, le système immunitaire est comme "déboussolé" : au lieu de s'attaquer uniquement aux cellules et molécules étrangères, il détruit les cellules du pancréas responsables de la synthèse d'insuline, l'hormone qui permet de faire baisser la glycémie en faisant rentrer le glucose sanguin dans les cellules. Ce déficit en insuline provoque une hyperglycémie chronique, à l’origine d’un stress oxydant et d’une déterioration de différents organes. Les malades doivent s’injecter de l’insuline eux-mêmes après chaque repas afin d’abaisser leur glycémie "manuellement".

Pour plus d'informations sur le diabète, lire aussi notre article : Le diabète. 

Autrefois, un régime pauvre en glucides était le seul “traitement” pour les diabétiques de type 1. Puis, la production industrielle d’insuline a révolutionné la vie des malades qui pouvaient alors avoir une alimentation "normale". Cependant, de très nombreux diabétiques rapportent qu’une grosse dose d’insuline pour compenser un repas riche en glucides (à charge glycémique élevée) donne régulièrement une glycémie totalement aléatoire. Ce qui les expose à des risques accrus d’hyperglycémie et surtout d’hypoglycémie, parfois à l’origine de séquelles cérébrales irréversibles.  Cette équipe de chercheurs a donc voulu savoir si un régime pauvre en glucides permettait de limiter les doses d’insuline et de mieux contrôler la glycémie qu’une alimentation normale.

Pour répondre à leurs interrogations, les chercheurs ont sélectionné 10 personnes présentant un diabète de type 1 et les ont séparées en 2 groupes : un groupe standard (contrôle) et un groupe low-carb (pauvre en glucides).
Le régime low-carb consistait à consommer moins de 75g de glucides par jour, soit l’équivalent de trois pommes ou de 4 petites pommes de terre, sans aucune autre restriction.

Les chercheurs ont procédé à de multiples mesures (taille, poids, pression artérielle; hémoglobine glyquée, profil lipidique, etc) avant et à la fin de l’expérience, qui a duré 3 mois (12 semaines). Pendant les 3 mois de l’étude, les participants devaient remplir régulièrement des questionnaires alimentaires, tout en notant dans un carnet le nombre et l’heure des injections d’insuline.
Les participants ont vu leur glycémie mesurée en continu durant 3 jours.

Afin d’aider les individus à mieux estimer le contenu en glucides de leur alimentation, les participants du régime pauvre en glucides ont suivi des cours pratiques sur le contenu en glucides des aliments. Ils pouvaient également utiliser une application sur leur téléphone pour les aider à estimer l’apport total en glucides. Malgré ces mesures, le groupe low-carb n’est pas parvenu à consommer 75 g de glucides par jour. En réalitét, ils en consommaient environ 100 grammes, soit tout de même deux fois moins qu’avant l’expérience.
Fait étonnant, on pouvait s’attendre à ce que le groupe low-carb compense en consommant plus de lipides et de protéines, il n’en fut rien. Ils consommaient même légèrement moins de protéines et de lipides que le groupe témoin.
Ceci suggère que les participants ont gardé presque la même alimentation tout en limitant fortement la quantité de féculents en les remplaçant notamment par des fruits. En conséquence, ils consommaient bien moins de calories que le groupe témoin (1400 calories - kcal - contre 1900 kcal).

Les résultats positifs: 

Le régime low carb a permis aux individus de s’injecter 20 unités d’insuline en moins (64 puis 44).
L’hémoglobine glyquée a diminué de 0.7% (7.9% puis 7.2%). L'hémoglobine glyquée donne une bonne indication de la glycémie moyenne durant les 2-3 derniers mois. Le taux normal est inférieur à 6 %; chez un diabétique non équilibré, ce taux peut être supérieur à 10 %. Un diabétique de type-1 est considéré comme équilibré pour une hémoglobine glyquée proche de 7,5 %.

En moyenne, les participants ont perdu près de 5 kg durant l’étude (contre 0 kg dans le groupe témoin) tandis que lpression artérielle systolique et diastolique a diminué. Cependant, ces changements n'étaient pas significatifs. 

Les résultats mitigés :

Cependant, bien que les participants du groupe bas en glucides aient ingéré 2 fois moins de glucides que le groupe de contrôle (100 g vs 200 g), ils s’injectaient autant de doses d’insuline (44 vs 44).
Certains participants du groupe low-carb ont rapporté parfois devoir s’injecter 5 fois la dose d’insuline prévue par la quantité de glucides consommée. Les auteurs l’expliquent par une synthèse probable de glucose à partir des protéines, qui augmenterait alors le glucose sanguin, malgré des faibles apports en glucides.

 

Qu’en disent les autres études ?

Des chercheurs hongrois rapportent avoir “guéri”, au moins temporairement, un enfant atteint d’un diabète de type 1 par un régime draconien, le régime paléo-cétogène. C'est un régime sans glucides.

Lire : Diabète de type-1 : un enfant guéri par un régime paléo-cétogène.

Les chercheurs qualifient ce régime paléo-cétogène car comme le régime cétogène, il limite fortement les glucides de toutes sortes, afin de réaliser une cétose. Le régime paléo-cétogène est un régime alimentaire contraignant, qui peut avoir des effets indésirables, comme les calculs rénaux ou encore l'acidocétose (surtout chez les diabétiques). Qui plus est, très restrictif puisqu’il se résume à de la viande, des abats, des œufs, des graisses animales et le cas échéant un peu de légumes. Il faudra attendre que ce cas soit confirmé dans d'autres études avant de recommander ce type de régime draconien aux diabétiques de type 1. 

Les études d’observation rapportent que le diabète est mieux contrôlé (hémoglobine glyquée basse) chez les personnes consommant le plus de fibres, de fruits, d' aliments à faible index glycémique et le plus de graisses insaturées (2,3). Tandis que les protéines, les graisses saturées et surtout les sodas sont à éviter, car associés à une glycémie plus élevée (3,4).

Ces résultats peuvent s'expliquer par les effets bénéfiques de la flore intestinale sur le métabolisme. La flore intestinale est plus diversifiée et saine lorsque l'on mange des végétaux riche en fibres (fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes). Elle est moins saine lorsque l'on mange des produits transformés ou encore lorsqu'on consomme trop d'acides gras saturés (viande rouge, charcuterie, crême fraîche, beurre, etc).

Lire : Les fibres. 

Une autre étude clinique, qui a duré 4 ans (5) a rapporté qu’un régime low-carb a permis de baisser l’hémoglobine glyquée sous la barre des 7.5% (6.4%) en quelques semaines, et que l’effet pouvait perdurer pendant au moins 4 ans. De plus, selon les auteurs de l’étude, le régime low-carb n’était pas difficile à suivre chez les diabétiques motivés. Cette étude confirme la petite étude low-carb, mais trop peu de paramètres ont été mesurés pour pouvoir conclure. 

Une étude, chez les diabétiques de type-2 cette fois, a étudié les effets bénéfiques d’un régime paléo seul et d’un régime paléo allié à 3 séances de sport par semaine, et ce pendant 12 semaines. Résultats : le régime paléo seul a permis de diminuer l’hémoglobine glyquée de 0.9% et de 1.1% pour le régime paléo avec activité physique. La sensibilité à l’insuline était augmentée de 45%.

Pour finir, selon des chercheurs d'AgroParisTech, la cystéine, un acide aminé souffré essentiel pour la protection des artères pourrait diminuer le risque de diabète. Les meilleures sources de cystéine sont les oeufs et les viandes maigres (poulet, dinde, porc) ou encore les noix. 

Lire François Mariotti : "Les protéines de colza contre le diabète". 

L’avis de LaNutrition.fr : Pris ensembles, ces résultats suggèrent qu'un régime low-carb ou plus simplement un régime à index glycémique bas de type méditerranéen ou paléo à dominante végétale : riche en fibres, en fruits et légumes, avec du poisson et des viandes maigres, pauvre en viandes rouges et gras, permettrait de mieux contrôler la glycémie. Il faudrait donc veiller à limiter les produits transformés et les féculents à index glycémique élevé comme le pain blanc, les pommes de terre, ou encore le riz blanc. On peut également conseiller aux diabétiques de type 1 (et 2) de consommer des petites portions de légumineuses et céréales complètes, de noix, de chocolat noir, qui boostent la "bonne" flore intestinale. L'activité physique, en particulier l'association sport d'endurance et musculation, permet aussi d'améliorer le contrôle de la glycémie.

Lire aussi Quel sport contre le diabète?

RÉFÉRENCES :

(1) Krebs JD, Parry Strong A, Cresswell P, Reynolds AN, Hanna A, Haeusler S. “A randomised trial of the feasibility of a low carbohydrate diet vs standard carbohydrate counting in adults with type 1 diabetes taking body weight into account.” Asia Pac J Clin Nutr. 2016;25(1):78-84. doi: 10.6133/apjcn.2016.25.1.11.

(2) Nansel TR, Lipsky LM, Liu A. “Greater diet quality is associated with more optimal glycemic control in a longitudinal study of youth with type 1 diabetes.” Am J Clin Nutr. 2016 Jul;104(1):81-7. doi: 10.3945/ajcn.115.126136. Epub 2016 May 18.

(3) Maffeis C, Morandi A, Ventura E, Sabbion A, Contreas G, Tomasselli F, Tommasi M, Fasan I, Costantini S, Pinelli L. “Diet, physical, and biochemical characteristics of children and adolescents with type 1 diabetes: relationship between dietary fat and glucose control.”
Pediatr Diabetes. 2012 Mar;13(2):137-46. doi: 10.1111/j.1399-5448.2011.00781.x. Epub 2011 Jun 15.

(4) Bortsov AV, Liese AD, Bell RA, Dabelea D, D'Agostino RB Jr, Hamman RF, Klingensmith GJ, Lawrence JM, Maahs DM, McKeown R, Marcovina SM, Thomas J, Williams DE, Mayer-Davis EJ. “Sugar-sweetened and diet beverage consumption is associated with cardiovascular risk factor profile in youth with type 1 diabetes.” Acta Diabetol. 2011 Dec;48(4):275-82. doi: 10.1007/s00592-010-0246-9. Epub 2011 Jan 20.

(5) Nielsen J. et al. “Low carbohydrate diet in type 1 diabetes, long-term improvement and adherence: A clinical audit.” Diabetol Metab Syndr. 2012; 4: 23. Published online 2012. May 31. doi:10.1186/1758-5996-4-23. PMCID: PMC3583262.

(6) Otten J, Stomby A, Waling M, Isaksson A, Tellström A, Lundin-Olsson L, Brage S, Ryberg M, Svensson M, Olsson T.“Benefits of a Paleolithic diet with and without supervised exercise on fat mass, insulin sensitivity, and glycemic control: a randomized controlled trial in individuals with type 2 diabetes.” Diabetes Metab Res Rev. 2016 May 27. doi: 10.1002/dmrr.2828.

(7) J Endocrinol Invest. 2012 Feb;35(2):160-8. doi: 10.3275/7755. Epub 2011 May 27.
Lipid profile and nutritional intake in children and adolescents with Type 1 diabetes improve after a structured dietician training to a Mediterranean-style diet.
Cadario F, Prodam F, Pasqualicchio S, Bellone S, Bonsignori I, Demarchi I, Monzani A, Bona G.

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