De nombreux médicaments restent efficaces bien après leur date de péremption

Par Marie-Céline Ray Publié le 01/08/2017 Mis à jour le 03/08/2017
Actualité

La durée de vie des médicaments est souvent fixée à 2 ou 3 ans mais beaucoup pourraient servir plus longtemps.

La date limite d'utilisation inscrite sur les boîtes de médicaments correspond au moment jusqu’auquel les laboratoires pharmaceutiques et les autorités sanitaires assurent que le médicament reste efficace. Pour déterminer sa durée de vie, un médicament subit des tests pour voir comment il se dégrade, par exemple en présence de chaleur ou de moisissures. Pour la majorité d'entre eux, la durée de validité est estimée entre deux et trois ans. Pourtant les médicaments ne deviennent pas forcément inefficaces à leur date de péremption. 

Roy Gerona, chercheur à l’université de Californie à San Francisco, et Lee Cantrell, pharmacien et toxicologue, ont testé en laboratoire des médicaments qui avaient été fabriqués il y a plusieurs décennies. Parmi les 14 composés testés, il y avait des antihistaminiques, des antidouleurs et des stimulants. Tous étaient encore dans leurs emballages originaux. Sur 14 médicaments 12 étaient toujours actifs, certains atteignant des concentrations proches de 100 %. Les composés actifs étaient donc remarquablement stables.

Suite à ces résultats parus dans Archives of Internal Medicine, les deux auteurs ont été accusés de suggérer de prendre des médicaments périmés. Pour Lee Cantrell, ce n'était pas son propos : il s’agissait surtout de souligner la façon arbitraire dont les dates de péremption sont déterminées. Car les systèmes de santé, les les hôpitaux, pourraient faire des millions d’économies si les dates de péremption étaient mieux fixées. Mais les laboratoires pharmaceutiques, eux, n’ont rien à gagner à faire des recherches pour savoir si leurs produits peuvent durer plus longtemps : ils en vendent plus si les pharmacies et les particuliers sont contraints de les jeter à cause de dates expirées…

Pourtant cette durabilité des médicaments serait un secret de Polichinelle chez les professionnels. En 2006, une étude sur 122 médicaments avait ainsi montré que les deux tiers des médicaments ayant dépassé leur date de péremption restaient stables. En revanche, d’autres perdaient de leur efficacité : un bonchodilatateur (salbutamol), un antihistaminique (diphénhydramine) ou un anesthésique local de lidocaïne et d’adrénaline.

Autre exemple : l’EpiPen. C’est un médicament d’urgence qui injecte de l’adrénaline lors de réactions allergiques graves. Il coûte 75 € environ et fait partie de kits d’urgence qui sont rarement utilisés. Dans un article de Propublica, un pharmacien de l’hôpital Newton-Wellesley (Massachusetts) explique qu’il en a une cinquantaine qui vont être jetés ... En mai dernier, Roy Gerona et Lee Cantrell ont publié une étude dans laquelle ils ont examiné une quarantaine d’Epipen et d’Epipen junior (une version plus petite) qui étaient passés de date. Ils avaient été donnés par des consommateurs qui ne les avaient pas forcément conservés dans des conditions optimales. Pourtant les tests ont montré que 24 des 40 produits contenaient au moins 90 % de la quantité initiale d’adrénaline, ce qui est suffisant pour qu’ils aient l’effet escompté ; tous en avaient au moins 80 %. Aussi, pour Lee Cantrell, en cas d’urgence mieux vaut utiliser un Epipen périmé que pas d’Epipen du tout…

Et de manière générale, il serait bon de réévaluer les dates de péremption et les conditions optimales de conservation des médicaments, pour éviter le gaspillage inutile.

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