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Aliments à la loupe

L’aspartame est-il un poison ?

  • L’aspartame est accusé depuis l’origine d’être responsable d’une myriade de problèmes de santé qui vont du cancer à l’asthme, aux crises d’épilepsie et plus récemment aux accouchements prématurés.

  • Enquête sur un domaine qui, une nouvelle fois, divise associations, chercheurs, médecins et toxicologues.

Aline PÉRIAULT - Mercredi 27 Avril 2011
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L’aspartame est-il un poison ?
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Les cancers

L"aspartame est accusé depuis 1974 de favoriser les cancers. Ce soupçon repose principalement sur les résultats d'études récentes conduites en Italie sur le rat et la souris (lire à ce propos l'entretien avec l'auteur de ces études, le Pr Morando Soffritti). En revanche, les études épidémiologiques n'ont pas mis en évidence de lien entre consommation d'aspartame et cancers, en particulier tumeurs du cerveau (lire l'entretien avec le toxicologue Mostafa Ould Elhkim). Pour répondre à la question de savoir si l'aspartame donne le cancer, LaNutrition.fr a analysé l'ensemble des études disponibles, tant chez l'animal que chez l'homme : lire cette enquête (réservé abonnés).

Les troubles neurologiques

Les témoignages de très nombreux médecins et ceux tout aussi nombreux de consommateurs sont plutôt convaincants : en arrêtant l’aspartame, on irait mieux. On serait débarrassé des petits maux quotidiens et d’autres, plus lourds, plus handicapants, plus préoccupants. Un texte qui circule sur Internet associe d’ailleurs la consommation d’aspartame à une liste impressionnante de troubles et maladies (lire encadré). Au-delà du caractère souvent passionnel qui entoure ce dossier, ces plaintes et ces témoignages ne sont pas pris à la légère. En 1984, la Food and Drug Administration a demandé au Centre de Contrôle des Maladies (CDC) d’enquêter sur 517 plaintes de consommateurs liées à l’aspartame. Les consommateurs se plaignaient d’une myriade de troubles, légers ou sérieux allant des maux de tête aux nausées en passant par les convulsions. Le CDC trouva que ces plaintes « ne permettent pas de conclure que l’aspartame provoque des effets indésirables. » En 1998, Judith Wurtman (Massachusetts Institute of Technology, Cambridge) – dont le mari Richard avait l’un des premiers alerté les autorités sanitaires sur les effets secondaires potentiels de l’aspartame – a conduit une étude sur 48 personnes qui ont consommé pendant 20 jours du soda et des capsules avec au choix de l’aspartame, du sucre ou un placebo. L’étude n’a pas trouvé que les consommateurs à qui on a donné de l’aspartame avaient plus de troubles neurophysiologiques (maux de tête, convulsions) et de troubles du comportement (attaques panique) que ceux qui recevaient un placebo ou du sucre.

L’aspartame a aussi été accusé de favoriser les crises d’épilepsie chez les personnes sensibles et cet aspect de la sécurité de l’aspartame reste controversé. Selon le toxicologue de l’Anses, Mostafa Ould Elhkim, « l’analyse de la littérature met en évidence l’absence d’arguments pour établir un lien de causalité entre aspartame et crises d’épilepsie ou anomalies de l’électroencéphalogramme chez l’homme. » C’est aussi l’avis de John Fernstrom, professeur de psychiatrie à l’université de Pittsburgh, et l’un des experts mondiaux dans le domaine des neurotransmetteurs, qui a conduit des études sur les effets de l’aspartame et de ses produits de dégradation sur le système nerveux. Cependant, des chercheurs de l’université de Prétoria (Afrique du Sud) ont récemment soutenu qu’une consommation excessive d’aspartame pourrait entraîner chez certaines personnes des troubles mentaux, du comportement ou émotionnels.

Ces études, aussi rassurantes soient-elles, ont par nature leurs limites. Elles ne nous disent rien d’une consommation régulière d’aspartame, des années durant, en particulier chez les plus vulnérables, les enfants. Car l’aspartame donne naissance dans l’organisme en plusieurs composés, dont certains suffisamment suspects pour alimenter tous les soupçons.

Qu’y a-t-il dans l’aspartame ?

L’aspartame est dégradé en acide aspartique et phénylalanine (deux acides aminés, c’est-à-dire des constituants des protéines), mais aussi en méthanol (alcool de bois). A haute dose, ces composés sont toxiques (le méthanol, l’acide aspartique) ou de nature à modifier l’humeur (phénylalanine). Le débat porte sur les niveaux auxquels nous sommes exposés lorsque nous consommons de l’aspartame, mais aussi sur les interactions possibles entre toutes ces molécules – et d’autres additifs alimentaires ! C’est là que le champ des certitudes se rétrécit.

Environ 40% de l’aspartame (en masse) que nous avalons donne naissance à de l’acide aspartique. L’acide aspartique se comporte en messager chimique excitateur au niveau du cerveau. Normalement, l’acide aspartique sanguin ne passe pas la barrère hémato-encéphalique - l’enveloppe étanche qui protège le cerveau, mais il existe des zones cérébrales qui ne sont pas protégées. A dose élevée, expérimentalement, il peut détruire les neurones, parce que la quantité d’ions calcium qui pénètre dans la cellule nerveuse est trop importante. Hors la question précise du rôle de l’aspartame, ces phénomènes d’excitotoxicité pourraient être à l’origine d’accident vasculaire cérébral, de sclérose en plaque, d’Alzheimer ou de Parkinson… Malgré tout, les experts que nous avons interrogés ne pensent pas que l’acide aspartique issu de l’aspartame représente un risque significatif pour les hommes et les femmes en bonne santé. Il faut donner 100 mg d’aspartame par kg de poids pour voir le niveau d’acide aspartique dans le sang augmenter, mais ces changements sont identiques à ceux qu’on observe avec les protéines alimentaires.

Alcool de bois et formaldéhyde

L’aspartame est métabolisé en méthanol pour environ 10% de sa masse, une opération qui a lieu dans l’intestin. Le méthanol est ensuite converti en formaldéhyde (ou aldéhyde formique), puis en acide formique et oxyde de carbone. Selon John Fernstrom, professeur de psychiatrie à l’université de Pittsburgh, les études conduites chez l’homme, qui ont utilisé jusqu’à 200 mg d’aspartame par kilo de poids, sont rassurantes (lire entretien). A la dose unique de 34 mg par kg de poids corporel, soit juste en-dessous de la limite de sécurité que représente la DJA (dose journalière admissible), l’augmentation du niveau de méthanol n’est pas détectée, alors qu’une dose de 50 mg/kg se traduit par un niveau de 3,4 mg de méthanol par litre. Avec 100 mg d’aspartame par kg, le méthanol sanguin est de 11 mg/L. Du méthanol a été donné à des singes (3 g de méthanol par kilo de poids corporel soit 750 fois la quantité libérée par l’aspartame à la DJA) et on n’a détecté que très peu de formaldéhyde dans le sang des animaux (0,81 à 1,35 mg/L), ce qui est normal puisque le formaldéhyde est très rapidement éliminé de la circulation (la moitié de la substance disparaît en une minute et demi).

Les experts européens de l’EFSA rappellent enfin que du méthanol est naturellement présent dans les aliments (fruits, jus de fruits, légumes, café torréfié, miel, divers alcools) et qu’il est produit par des micro-organismes à partir de certains polysaccharides comme la pectine de la pomme. Dans les jus de fruits, la concentration de méthanol peut atteindre 640 mg par litre.

Ces travaux et ces remarques ne font pas l’unanimité parmi les chercheurs. Certains font remarquer que la sensibilité des études qui mesuraient le méthanol sanguin n’était pas suffisante pour détecter des augmentations plus modestes. D’autres estiment que les aliments qui renferment du méthanol contiennent dans le même temps des composés protecteurs comme l’éthanol ou les folates (vitamine B9).

Le formaldéhyde peut se fixer sur des protéines ou des régions de l’ADN, support du code génétique. Ceci a été observé dans des conditions ou des travailleurs étaient exposés à cette substance ou à ses cousines en milieu industriel (par contact, inhalation ou ingestion). Ces « adduits » peuvent dénaturer les protéines, perturber leur fonctionnement, et dans les cas les plus graves, entraîner des lésions irréparables du code génétique.

En 1998, des chercheurs espagnols de l’université de Barcelone ont trouvé des adduits de formaldéhyde sur des organes de rongeurs qui avaient été exposés à l’aspartame. Ils en ont conclu que du formaldéhyde lié à des protéines et de l’ADN s’accumulait dans le cerveau, le foie, les reins et d’autres tissus après l’ingestion de 20 mg d’aspartame ou 200 mg par kilo de poids (1). Thomas Tephly, un chercheur de l’université de l’Iowa a soutenu que les chercheurs espagnols n’avait pas mesuré du formaldéhyde, mais un sous-produit du métabolisme de l’aspartame. Les Espagnols ont réfuté ces critiques.

Consensus sur la phénylalalanine

Le débat autour du rôle de la phénylalanine, l’un des composants de l’aspartame est moins virulent. La majorité de l’aspartame (50%) est transformé en phénylalanine, un des 20 acides aminés qui constituent les protéines. L’augmentation de la phénylalanine sanguine après la consommation d’aspartame est de l’ordre de celle que l’on observe après avoir mangé des protéines, et souvent bien inférieure. La phénylalanine en elle-même ne semble pas poser de problèmes sauf aux personnes qui souffrent d’une maladie génétique, la phénylcétonurie. Elle donne naissance dans le cerveau à la dopamine et la noradrénaline, deux neurotransmetteurs de la vigilance. Des doses élevées de phénylalanine (jusqu’à plusieurs grammes par jour) ont été données dans des études cliniques sans qu’on observe d’effets indésirables.

Les enfants en première ligne ?

Alors que le débat fait rage sur le devenir de ces composés, alors que les preuves formelles de la responsabilité de l’aspartame dans les troubles de santé n’ont pas été apportées, alors que la majorité des chercheurs ne croient pas que l’aspartame puisse poser des problèmes très sérieux à un adulte, certains toxicologues s’inquiètent malgré tout de la capacité de l’embryon, du fœtus et de l’enfant à mettre en place les barrières de régulation qui existent chez l’adulte. Une inquiétude nourrie par une étude publiée en 2010 dans l'American Journal of Clinical Nutrition par une équipe danoise, la première à montrer que la consommation quotidienne de boisson édulcorée augmente la probabilité d'un accouchement prématuré chez la femme enceinte. L’association identifiée par les auteurs a trait à des accouchements prématurés provoqués médicalement (plutôt que spontanés). L’EFSA, l'agence européenne qui traite de la sécurité alimentaire, a conclu qu’aucune preuve disponible dans l’étude ne permettait d'affirmer qu’il existait un lien de causalité entre la consommation de boissons non alcoolisées contenant des édulcorants artificiels et l'accouchement prématuré. Mais l’EFSA a demandé des études complémentaires.

Jean-François Narbonne, toxicologue à l'Anses, reconnaît que ses confrères et lui-même se posent à ce sujet des questions sur la neurotoxicité potentielle ou supposée de l’aspartame et de ses composés. Selon lui, les édulcorants comme l’aspartame n’ont rien à faire dans notre alimentation. « Les gens ne comprennent pas, dit-il, que lorsqu’ils achètent un produit « light », ils troquent un aliment sans dose journalière admissible (DJA), pour un autre sur lequel existe une DJA ! » Et d’inciter à la prudence, voire, dans les cantines scolaires et l’alimentation des enfants, à l’élimination pure et simple. Une attitude de bon sens, car au-delà des polémiques, une chose est sûre : les édulcorants renforcent l’habitude et la recherche du sucré chez le consommateur, en particulier chez l'enfant. Beaucoup d'enfants n’apprécient plus l'eau car elle "n'a pas de goût". Et si l'on débat encore des risques réels des édulcorants, il ne fait pas de doute que la consommation régulière et importante d'aliments sucrés augmente le risque d'obésité et de diabète.

Pour certains, l’aspartame est carrément un poison

Extrait du texte diffusé par Mission Possible France : « Si vous souffrez d'un ou de plusieurs symptômes parmi les suivants : aux de tête et migraines à répétition, insomnies, prise de poids, éruptions cutanées, démangeaisons, baisse ou anomalies diverses de la vue, perte des cheveux, fatigue chronique, poussées d'agressivité difficiles à contrôler, phobies, dépression, troubles profonds de la personnalité, vertiges, asthme, diarrhées, douleurs articulaires aux extrémités ou ailleurs, hypertension, épilepsie, soif ou faim excessives et récurrentes, ballonnements, oedèmes, vertiges, pertes de la mémoire, crises de panique, paranoïa, agressivité ou même crises de violence , sensation d'avoir souvent froid, confusion, sinusite, problèmes de dents ou de gencives, problèmes menstruels, impuissance et autres problèmes sexuels, démangeaisons, diabète, tachycardie, tremblements, malaises divers, problèmes de thyroïde,schizophrénie,hyperactivité,ou pire…Fibromyalgie, arthrite, sclérose en plaque, maladie de Parkinson, d'Alzheimer ou de Huntington, Lupus, Lymphome, tumeur du cerveau (liste malheureusement non limitative). Et que "par coïncidence" vous consommez régulièrement des édulcorants de table, des boissons "light", des chewing-gums "sans sucre", divers médicaments sucrés artificiellement, des produits de " régime", certains dentifrices ou tout autre produit contenant de : L'ASPARTAME (du E951) ou de la PHENYLALANINE …Ce n'est pas "par coïncidence"… Il est alors possible que vous soyez affecté (e) par un empoisonnement à l'ASPARTAME !!! Devenant l'une des milliers de "victimes de l'Aspartame " !! »

Références

Trocho C : Formaldehyde derived from dietary aspartame binds to tissue components in vivo. Life Sci. 1998;63(5):337-49.

Spiers PA : Aspartame: neuropsychologic and neurophysiologic evaluation of acute and chronic effects. Am J Clin Nutr. 1998 Sep;68(3):531-7.

Halldorsson T.I. et al., Intake of artificially sweetened soft drinks and risk of preterm delivery: a prospective cohort study in 59334 Danish pregnant women. Am. J. Clin. Nutr. 2010, 92: 626-633.

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