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Aliments à la loupe

Le lait de soja est-il dangereux pour les enfants ?

  • En 2005, l'Agence française se sécurité sanitaire des aliments a déconseillé de donner des formules au soja aux bébés. Les données disponibles sont aujourd'hui rassurantes.

LaNutrition.fr - Jeudi 06 Mars 2014
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Le lait de soja est-il dangereux pour les enfants ?
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Le lait de soja (formules adaptées à l'alimentation des nouveaux-nés) contient des substances naturelles qui pourraient perturber le développement des tout petits. C’est en substance l’argument développé par l’ex-Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa, aujourd'hui ANSES) dans un rapport de 2005 intitulé « Sécurité et bénéfices des phytoestrogènes apportés par l’alimentation ».

Les préparations pour enfants à base de protéines de soja renferment en effet des isoflavones, dont la structure chimique est proche d'hormones humaines femelles, les estrogènes. Ces isoflavones peuvent se lier à deux familles de récepteurs aux estrogènes (ERα etERβ) et les activer. Ils se fixent sur les récepteurs spécifiques des oestrogènes et peuvent soit stimuler leur action soit au contraire la diminuer.

Donc les isoflavones ne se comportent pas vraiment comme des estrogènes, mais plutôt comme modulateurs de leurs récepteurs. En plus, dans la vraie vie, y compris au cours du développement du bébé, ils sont en compétition avec les hormones naturelles de l'organisme et leur activité sur les récepteurs est donc minimale. On peut donc regretter qu'ils soient appelés phytoestrogènes, d'autant qu'ils ont d'autres propriétés n'ayant rien à voir avec les hormones et que le lait de vache utilisé dans les formules classiques apporte de son côté des doses non négligeables de véritables hormones, estrone et progestérone.

Le groupe de travail de l’Afssa déconseillait le soja dans l’alimentation avant l’âge de 3 ans. Ce qui disqualifie les préparations pour nourrissons à base de protéines de soja. Pourquoi une telle méfiance ? Selon Mariette Gerber, qui présidait ce groupe, « ces réserves sont essentiellement basées sur les données d’expérimentation animales mais c’est parce que les effets chez l’homme n’ont pas été étudiés ou presque. »

Certaines études animales montrent en effet que les isoflavones du soja pourraient provoquer une modification du taux de testostérone ou favoriser le développement de cancers hormonaux-dépendants. D'autres études ont mis en évidence des troubles du développement sexuel ou de la reproduction chez des souris nourries au soja. Cependant, le protocole de la plupart de ces études est très éloigné de la manière dont des bébés peuvent être exposés aux isoflavones et les chercheurs considèrent que les résultats de ces travaux ne peuvent pas être transposés à l'homme.

L'étude qui a le plus pesé dans l'avis de l'Afssa est une étude chez le singe marmouset montrant que les animaux nourris avec une formule à base de soja avaient moins de testostérone après avoir consommé cette formule; le nombre de leurs cellules de Leydig avait augmenté et leurs testicules étaient plus gros. Cependant ces animaux se sont développés normalement et leur fertilité était normale. Il est clair que la France s'est reposée sur cette étude pour faire ses recommandations. Un examen minutieux de cette étude révèle pourtant qu'elle ne nous renseigne guère sur les effets des isoflavones chez l'homme. En effet les bébés marmouset ne métabolisent pas les isoflavones comme les bébés humains; ils produisent un métabolite appelé équol (qui fait baisser la concentration de testostérone en favorisant sa conversion en dihydrotestostérone). Les bébs humains ne produisent pas d'équol, et aucune étude n'a trouvé que les bébés nourris au soja ont des testicules plus volumineux. 

Pour résumer, aucun des effets observés chez l'animal n’a jusqu'ici été retrouvé chez l’homme (lire encadré). 

Des données insuffisantes mais rassurantes

Aux Etats-Unis, les experts du Centre pour l’évaluation des risques liés à la reproduction humaine (CERHR) ont rendu un rapport sur ce sujet en janvier 2006. Ce groupe de travail arrive à la conclusion que « il n’y a pas suffisamment de données humaines ou animales valables pour permettre de déterminer la toxicité des formules infantiles au soja sur le développement ou la reproduction ». Il souligne également qu’aucune des études pratiquées chez les rongeurs n’a utilisé ces fameuses préparations pour nourrissons à base de protéines de soja. Sur la question de la génistéine, l’un des isoflavones du soja, les experts américains arrivent à la conclusion qu’il n’y a aucun risque pour une consommation de génistéine aglycone comprise entre 0,01 et 0,08 mg par kilo de poids corporel et par jour soit entre 0,07 et 0,56 mg/jour pour un bébé de 4 mois, ce qui correspond à l’apport moyen des formules à base de soja.

En mai 2008, le comité de nutrition de l’Académie américaine de pédiatrie a publié un rapport sur les préparations infantiles à base de soja. Le comité relève que «  chez les nourrissons nourris avec ces formules, la concentration d’albumine – un marqueur de l’état nutritionnel – est normale, la minéralisation osseuse est équivalente à celle obtenue avec des laits artificiels à base de lait de vache, les études cliniques ne soulèvent aucune inquiétude en ce qui concerne le développement sexuel, les maladies thyroïdiennes, les fonctions immunitaires et le développement cérébral. »

Une étude est en cours aux Etats-Unis, conduite par l'Arkansas Children's Nutrition Center. Elle compare la croissance, le développement et la santé d'enfants allaités et d'enfants nourris avec des formules au lait de vache ou au soja. Après 5 ans, les enfants des trois groupes (plus de 300) se développent normalement. Aucun effet indésirable n'a été trouvé chez les enfants nourris au soja. 

Le toxicologue Jean-François Narbonne, expert auprès de l'ANSES, estime lui aussi que le rapport français de 2005 a exagéré les dangers du soja. Selon lui, « on n’a pas aujourd’hui d’arguments scientifiques sérieux ni dans un sens ni dans l’autre. Il doit rester dans notre société une part de liberté individuelle, y compris pour le corps médical, dans la mesure ou il n’est pas démontré qu’il existe des risques particuliers. »

Pour le Dr Kenneth Setchell du Centre médical pour enfants de Cincinnati dans l’Ohio, un des meilleurs spécialistes du soja, les préparations pour enfants à base de soja sont commercialisées depuis 40 ans aux États-Unis. « Je pense que depuis cette date, 20 à 30 millions d’enfants à travers le monde ont été nourris avec ces préparations. Cette cohorte est tellement grande que les effets indésirables auraient été remarqués » explique-t-il.

Malgré ces constatations rassurantes, il faut bien sûr rester prudent car on ne dispose encore que d'un nombre limité d'études ciblées sur les effets à long terme du soja. Les parents dont un enfant ne tolère pas le lait de vache et qui souhaitent opter pour le soja doivent aussi savoir que 10 à 15% des enfants allergiques au lait de vache le sont aussi au soja. Pour eux, les formules hydrolysées de lait de vache peuvent être une solution.

Et bien sûr, l'allaitement reste le moyen de nourrir un enfant le plus adapté à sa croissance; c'est lui qu'il faudrait privilégier

Des études rassurantes

En 2001, des chercheurs de l’université de Pennsylvanie ont mené une étude dans le but de mieux connaître les conséquences sur la santé d’une consommation de lait de soja durant la petite enfance. Brian Strom et ses collaborateurs ont regroupé plus de 800 personnes âgées de 20 à 34 ans, nées entre 1965 et 1978. Parmi elles, 248 avaient été nourries avec une préparation à base de soja. Les scientifiques ont passé au crible une multitude de paramètres pouvant être influencés par les hormones afin de vérifier s’il existait des différences entre les deux groupes : poids, taille, allergies, âge de la puberté, cycles menstruels, déroulement des grossesses. Leur verdict : la consommation de préparations pour nourrisson à base de soja n’a de conséquences ni sur la santé, ni sur la reproduction.

Dans une autre étude de 2010, les volumes mammaire, ovarien et testiculaire ont été mesurés chez des bébés de 4 mois nourris au lait maternel, au lait de vache ou au lait de soja. Les chercheurs n’ont trouvé aucune différence selon le mode d’alimentation, à l’exception d’un volume des ovaires et d’un nombre de kystes ovariens plus grands chez les bébés nourris au lait de vache. Les conséquences cliniques ne sont pas claires, plusieurs études n’ayant pas noté de différences biologiques chez des adultes nourris dans leur enfance au lait de vache ou au lait de soja. Enfin, toujours en 2010, une petite étude a rapporté dans ses résultats préliminaires, que des femmes qui avaient dans l’enfance reçu des laits artificiels au soja avaient un risque de cancer du sein réduit de 40 à 60 pour cent par rapport à des femmes ayant reçu des formules à base de lait de vache.

 

Lire notre dossier sur le soja

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Commentaires  

 
+2 11 23-04-2014 18:43
Je pense qu'on fait peu de cas de toutes les études qui montrent que le lait de vache est un poison, tandis que les lobbies alimentaires et pharmaceutiques se couvrent avec des études qui sont des probabilités : un enfant qui vomit et qui a des diarrhés c'est maintenant et il peut mourir. Alors dans la balance !
 
 
0 10 23-04-2014 18:39
il y a plus de trente ans le lait de soja a, je pense sauver mon fils qui avait moins de trois mois et qui vomissait tous les laits que les pédiatres me faisaient acheter ! j'ai dû m'en procurer en pharmacie, parce que c'était moins courant à Nice pourtant, que maintenant ; il y avait seulement la vie claire. Il déteste les fromages et le lait mais il a trente trois ans !
 
 
0 9 30-03-2014 17:48
Bonjour,
Que penser du glutamate issue des fèves de soja qui selon le Dr Russell blaylock serait un neurotoxique responsable entre autres de trouble du comportement ?
merci.
 
 
+6 8 09-03-2014 11:10
Ma fille,née en 77 a dû être élevée au lait de soja.Elle était allergique,auss i bien à mon lait,qu'aux laits de vache pour nourrissons.Ce n'était pas facile,ni courant à l'époque,mais cela lui a sauvé la vie,car elle perdait du poids chaque jour et avait des diarrhées.C'est un médecin homéopathe qui me l'avait conseillé,avec traitement homéo en plus.Je suis partie de la maternité,mon bb dans les bras,signé une décharge,car on me soutenait "que l'on n'avait jamais vu un bb allergique au lait de sa mère !"
Il s'avéra plus tard qu'elle était allergique aussi aux protéines de la viande.A présent,elle est Docteur en physique nucléaire et chercheuse-enseignante à l'université!Donc ,que le lait de soja nuise au dévéloppement,c érébral ou autre,qu'on me le prouve !!!!
 
 
+2 7 ramoli23 03-04-2013 21:56
Postez le lien ce sera plus simple, parce que c'est pas facilement trouvable votre truc.
 
 
-1 6 claire.okach 03-04-2013 00:53
D'après d'autres études, le soja semblerait avoir des effets protecteurs si on le prend à certains âges de la vie, c'est probablement le cas pour les japonaises qui en consomme à l'adolescence. Chez les jeunes enfants l'effet est inverse. Je traduis (depuis l'anglais) la conclusion de l'étude : "l'utilisation de lait de soja pendant des périodes d'exposition hormonales induit probablement un précoce dysfonctionneme nt immunitaire qui conduit à un risque accru de maladie". J'espère qu'en lisant cette étude vous ferez de plus amples recherches et pourrez réviser les données fournies au public de façon à préciser les âges, contextes conseillés et ceux à éviter.
 
 
-1 5 claire.okach 03-04-2013 00:49
J'ai retrouvé l'article en question, que l' on peut trouver dans les annales du 11 ème congres mondial pour l'endométriose qui a eu lieu du 4 au 7 sept 2011 à Montpellier.auteur K.Epson du département d'épidémiologie de l'université de Washington
L'étude constate que les femmes nourries au lait de soja étant bébé ont 2 fois plus de risque de développer de l'endométriose.
Le soja, du fait d'être un phytoestrogène provoquerait des désordres hormonaux s'il est pris au moment du développement embryonnaires (femmes enceintes) ou chez les très jeunes enfants en pleine croissance et développement ( notamment la maturation de leurs organes sexuels). Ces pertubations hormonales conduisent entre autre à des pathologies comme l'endométriose.
 
 
+3 4 ramoli23 02-04-2013 19:05
Il ne faut pas revoir cet article, il faut d'abord la montrer cette étude, parce que la diminution du nombre de kystes ovariens et du volume des ovaires s'oppose à l'idée que la consommation d'isoflavones puisse avoir un effet négatif, les études cherchant les effets des phyto-oestrogènes avec le cancer de l'endomètre montreraient plutôt un effet protecteur, une comparaison des populations blanches américaines et "américano-japonaise" montre par exemple une incidence moindre du cancer de l'endomètre chez les "américano-japonais ", il y a aussi des évidences qu'une éviction des laitages et un régime proche du type Seignalet avec un remplacement par du lait de soja permette de diminuer très fortement les symptômes de l'endométriose, une simple recherche sur des forums, ce qui parfois peut s'avérer intéressant montre que bien des femmes sont très satisfaites de ce changement alimentaire.
 
 
+1 3 claire.okach 21-09-2011 22:50
Bonjour, vous devriez réviser cet article car une étude vient de montrer que la consommation de lait de soja chez les bébés augmente de 50 pourcent le risque de développer de l endométriose. Cette étude vient d'être exposée lors du congres mondial sur endometriose qui à eu lieu début septembre à Montpellier. Vous pouvez la trouver dans les actes du colloque.
 
 
+2 2 08-04-2011 21:59
Citation en provenance du commentaire précédent de Prissy :
bonjour, j'aimerais savoir aussi s'il y avait de risque pour le bébé nourrit au lait de soja naturel?

Lait de soja naturel, tonyu ? Un bébé peut en boire s'il n'est pas allergique au soja, mais à ne pas utiliser en remplacement d'un lait artificiel car ces boissons ne contiennent absolument pas les nutriments nécessaires à la croissance d'un enfant. Il y a des laits de soja spécialment formulés pour cela, ce n'est pas du jus de soja.
 

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