Infarctus : la loi antitabac n’a pas les effets attendus

En France, le bénéfice de l'interdiction de fumer dans les lieux publics, mise en place en plusieurs vagues, serait difficile à mettre en évidence.

Contrairement aux États-Unis, en Italie et en Écosse où l'interdiction de fumer dans les lieux publics a immédiatement entraîné une diminution du nombre d'infarctus du myocarde allant de 10 % à 17 %, en France, les effets de la loi antitabac se font toujours attendre !

C’est le principal résultat de l’enquête Évincor (évaluation de l'impact de l'interdiction de fumer sur les syndromes coronaires aigus) qui a été présenté jeudi 14 janvier 2009, lors des 20èmes Journées européennes de la Société française de cardiologie, à Paris.

Le Pr Daniel Thomas, de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, et Fabienne Seguret, du Département de l’information médicale du Centre hospitalier universitaire de Montpellier, ont analysé les cas d'infarctus et autres syndromes coronariens aigus hospitalisés entre juin 2003 et juin 2009, en interrogeant la base de données hospitalière PMSI (programme de médicalisation des systèmes d'information). Au total, plus de 820 000 infarctus ont ainsi été recensés, mois par mois, pendant six ans.

Alors que l’on attendait une diminution plus franche du nombre d’infarctus à partir de l’application de la loi antitabac, Daniel Thomas constate que « depuis 2003, les hospitalisations pour infarctus ont diminué régulièrement en France, mais il n'y a pas eu de cassure nette en 2007 et 2008. »

En France, l'interdiction de la cigarette a été appliquée à partir du 1er février 2007 dans les principaux lieux publics (entreprises, administrations, établissements scolaires…) et au 1er janvier 2008 dans les lieux de convivialité (cafés, hôtels, restaurants, discothèques, casinos).

En fait, la baisse des infarctus a commencé bien avant les interdictions de fumer, qui n'ont pas eu d'effets notables sur le nombre d'admissions à l'hôpital. Pour le Pr Thomas, il peut y avoir plusieurs explications. D'abord, la France a adopté une législation en plusieurs temps (la loi Évin date de 1991), contrairement aux autres pays qui ont appliqué la loi antitabac en une fois. Ensuite, il est difficile de comparer des pays où les expositions au tabagisme passif sont bien différentes.

« Certes, ces résultats sont décevants », admet le Pr Thomas, mais, selon lui, ses conclusions ne devraient pas remettre en cause les bienfaits de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. « Le vrai problème, c'est que la consommation de tabac ne diminue pas en France. C'est navrant quand on voit la place que ce facteur occupe dans les cancers et les maladies cardio-vasculaires », conclut-il.
  • Version actuelle le 23/03/2021
    Mise à jour par Collectif laNutrition
  • le 15/01/2010
    Publication par Collectif LaNutrition.fr Journalistes scientifiques et diététiciennes

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