Illustration © Dionyssis Giakoumis
Les îles grecques occupent une place de choix dans l’histoire de l’alimentation méditerranéenne. Qui n’a pas entendu parler du régime crétois, supposé être l’un des meilleurs au monde ? Ikaria – une autre île grecque – est quant à elle reconnue comme l’une des cinq « zones bleues », ces régions du monde où l’on vit particulièrement longtemps.
Pour découvrir la cuisine grecque et ses nombreux atouts pour la santé, suivez les conseils d’Evi Siougari qui vit dans le Péloponnèse où elle cultive des oliviers avec son mari. En parallèle de son activité agricole, elle donne des cours de cuisine à des francophones expatriés. Elle partage sa passion dans son nouveau livre, second tome d’un diptyque consacré à la cuisine grecque.
En 2024, nous l’avons interrogée sur les spécificités de l’alimentation des îles grecques, à l'occasion de la sortie de son premier livre, Îles grecques.
LaNutrition : Quels sont les ingrédients typiques de la cuisine des îles grecques ?
Evi Siougari : Les voyageurs occidentaux qui ont visité la Grèce au 19e siècle, décrivent des insulaires consommant une nourriture très basique et répétitive, constituée d’ingrédients bruts : céréales complètes, légumineuses, huile d’olive, herbes sauvages et peu de protéines, apportées principalement par le poisson et le fromage de chèvre. Eh bien, avec ces mêmes ingrédients, sublimés et savamment combinés, les femmes des îles d’abord et les chefs cuisiniers plus tard, ont porté la cuisine des îles au rang de la haute gastronomie ! La fava de Santorin, les anchois salés de Mytilène, l’huile d’olive crétoise, produits ordinaires localement, sont réputés dans toute la Grèce, voire à l’étranger ! Bien sûr, chaque île a des ingrédients spécifiques, dont le nom est souvent directement associé à celle-ci. On peut citer la graviéra de Naxos, l’ouzo de Mytilène, les kumquats de Corfou, le vin doux de Samos, la mastiha de Chios, le beurre de Corfou…

Est-ce que le "régime crétois" a des particularités ?
Après la seconde guerre mondiale, des recherches menées par des médecins américains dans différents pays méditerranéens ont démontré que les habitants de la Crète vieillissaient en bonne santé et développaient moins de maladies cardio-vasculaires que d’autres populations. Ce bon état physique était dû à leur alimentation, simple et frugale, basée sur la consommation d’huile d’olive, de céréales complètes, de légumes et d’herbes sauvages, de légumineuses, de fruits et de fruits secs. Les produits laitiers étaient issus de lait de chèvre ou de brebis exclusivement. La consommation de poisson était occasionnelle, celle de viande rouge exceptionnelle. Il est aujourd’hui prouvé que ce type d’alimentation peut aider le bon fonctionnement de notre cœur, limiter les inflammations, etc.
Mais ce n’est pas tout ! Le mode de vie des crétois contribue à leur bonne santé. L’élevage des chèvres, la cueillette de plantes sauvages, exigent beaucoup de marche sur des terrains montagneux. Le quotidien est dur mais ponctué par des moments joyeux comme les fêtes patronales ou familiales. L’importance de la famille et la sécurité qu’elle procure influe aussi positivement sur la santé en réduisant le stress. Tout ce qui manque à nos sociétés modernes ! S’il est difficile de revenir en arrière, on peut s’inspirer du mode de vie des Crétois en privilégiant par exemple notre vie sociale et l’activité dans la nature, plutôt que de s’enfermer à la maison devant un écran !
Comment se déroulent les repas en Grèce ? Quelles différences avec la France ?
Le petit déjeuner grec est plutôt frugal, un café et un petit gâteau sec, la plupart du temps. Il peut être complété par un encas vers 10h ou 11h : une pita, chausson fourré au fromage par exemple ou un koulouri, petit pain rond au sésame. Le déjeuner est traditionnellement le repas pris en commun dans les familles grecques. Il a lieu tard dans l’après-midi, entre 15h et 16h. Le repas du soir est simple, un fruit, un yaourt ou un petit sandwich.
Qu’il s’agisse du repas quotidien ou du déjeuner dominical en famille, les plats sont tous servis en même temps. Contrairement à la France, l’ordre entrée-plat-dessert n’est pas suivi ! La salade, les fromages et les entrées sont posés au milieu de la table et accompagnent le plat de résistance. Autre particularité : les légumes cuisinés ne sont pas forcément des accompagnements de la viande ou du poisson mais aussi des plats à part entière ! Ainsi, le fromage posé au milieu de la table complète en protéines le plat végétarien. Enfin, la plupart du temps, il n’y a pas de dessert, le repas finit éventuellement par un fruit. Les sucreries sont prises en dehors des repas, par exemple avec le café de l’après-midi.
En revanche, en dehors de la maison, les grecs aiment partager ! En taverne, on ne commande pas des plats séparés pour chacun, les assiettes de mezzé se succèdent et se complètent. Les convives piochent dans la même assiette, dans un rituel de partage joyeux et convivial !