Pourquoi il est de plus en plus difficile de se débarrasser des poux

Par Juliette Pouyat Publié le 11/09/2015 Mis à jour le 10/03/2017
Au fil du temps, les poux sont devenus génétiquement résistants au traitement classique. Difficile dans ce cas de s’en débarrasser, mais pas impossible...

En période de rentrée scolaire, il est presque impossible d’échapper au traditionnel mot de la maitresse disant que les poux sont de retour. Et tous les parents qui ont un jour eu à « traiter » la chevelure de leur enfant savent qu’il est difficile de se débarrasser de ces envahisseurs. Car ces « super-poux » sont de plus en plus résistants aux traitements, en raison de mutations génétiques.

Le pou est un insecte hématophage qui a besoin de chaleur, d’humidité et de sang pour vivre. Les poux de tête (Pediculus Humanus Capitis) sont responsables de la pédiculose humaine du cuir chevelu, une affection bénigne et fréquente qui provoque des démangeaisons.

Les poux peuvent se trouver toute l’année mais certaines périodes sont propices à la propagation : rentrée des classes, colonies de vacances, mais aussi les vacances scolaires….compte tenu du mode de garde en collectivité les poux touchent essentiellement les enfants. Ils se transmettent de tête à tête par contact direct mais peuvent également être transmis par l’intermédiaire d’un objet (peigne, brosse…).

En France, entre 1996 et 1998 des enquêtes ont montré des taux de parasitose de 6% à Bobigny et de 8% à Tours, prévalences moyennes qui varient d’école à école et de classe à classe. 

Les poux se cramponnent à des mèches de cheveux près du cuir chevelu et il est difficile de les déloger. L’utilisation d’un peigne à dents serrées peut aider mais il faut l’application d’un traitement efficace pour en venir à bout et éradiquer tous les poux et lentes. Et c’est bien ça le problème. Car parmi les nombreux shampoings et traitements spéciaux vendus en pharmacie, tous ne sont pas efficaces. Les poux ont en effet développé une résistance aux ingrédients actifs, les pyréthrinoïdes -et notamment la perméthrine-, une classe d’insecticides utilisés contre plusieurs sortes d’insectes. Les poux ont été exposés à ces médicaments et ont développé naturellement une résistance.

Les chercheurs ont remarqué une légère hausse des infestations par les poux au début des années 2000 et ils ont donc recueilli des échantillons de poux. Ils ont constaté que les insectes étaient devenus résistants aux médicaments.

Dans une étude récente dont les résultats ont été présentés à l’American Chemical Society, des chercheurs ont constaté que sur 109 populations de poux étudiées, 104 présentaient des niveaux élevés de mutations génétiques, liées à la résistance aux pyréthrinoïdes, des insecticides majoritairement utilisés dans les traitements. Cette résistance aux pyréthrinoïdes est associée à un trio de mutations génétiques - connues collectivement sous le nom de « kdr » ou « knock-down resistance »- qui, en affectant le système nerveux des poux, les désensibilisent aux pyréthrinoïdes.

Dans l’étude, les chercheurs ont examiné des poux dans divers états des US. Ils ont trouvé que dans la majorité des états –mais pas tous- les poux étaient porteurs des mutations génétiques kdr. Dans ce cas, les poux sont résistants aux traitements aux pyréthrinoïdes. Avant de démarrer un traitement, il peut donc être intéressant de se renseigner (auprès de parents ou de personnes ayant eu à traiter des poux) pour savoir si les poux dans votre région sont réceptifs ou résistants au traitement à base de pyréthrinoïdes . « Si vous avez beaucoup de résistance dans votre région, cela ne sert à rien de débuter un traitement qui ne sera pas efficace » disent les chercheurs.

D’autres traitements, notamment à base d’ivermectine ont été testés. Une étude (1) a évalué l’efficacité de l’ivermectine en comprimés qui agit par voie sanguine. Le pou se nourrit du sang de son hôte et l’ivermectine est un neurotoxique pour lui. Les résultats ont montré que l’ivermectine en comprimés donnait de meilleurs résultats qu’un traitement local par insecticide. De la même façon, l’ivermectine en lotion a donné de bons résultats (2). Selon les chercheurs, ce traitement ne devrait être utilisé qu’en dernier recours et le risque de son utilisation est de voir apparaitre une résistance.

Finalement, il vaut mieux utiliser un traitement qui n’entrainera pas une résistance de la part des poux. Comme l’explique le Dr Catherine Combescot, chercheuse, spécialisée dans l’étude des poux à l’Université de Tours, l’idéal est d’utiliser des produits « enrobants » qui agissent de façon mécanique sur les poux et les lentes et permettent d’être efficaces en une seule application (Duo LP Pro, Nyda, Ecoprioderm - liste non exhaustive).

Lire : Les conseils du Dr Combescot

Enfin, il ne faut surtout pas négliger la prévention, plus simple à mettre en œuvre que d’essayer de se débarrasser des poux persistants : attacher les cheveux des filles, ne pas échanger les brosses et les peignes, les chapeaux, les accessoires pour les cheveux. Et évidemment inspecter régulièrement la tête des enfants. L’application du traitement par tous et de façon simultanée est certainement la meilleure façon de se débarrasser des poux.

Sources

Super lice, a concern as kids return to school. CBS News Health

Lice in at least 25 states show resistance to common treatments, American Chemical Society.

(1) Chosidow O, Giraudeau B, Cottrell J, Izri A, Hofmann R, Mann SG, Burgess I. Oral ivermectin versus malathion lotion for difficult-to-treat head lice. N Engl J Med. 2010 Mar 11;362(10):896-905. doi: 10.1056/NEJMoa0905471.

(2) Pariser DM1, Meinking TL, Bell M, Ryan WG. Topical 0.5% ivermectin lotion for treatment of head lice. N Engl J Med. 2012 Nov;367(18):1687-93. doi: 10.1056/NEJMoa1200107. 

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