Emission de France 5 sur le lait : quelques remarques en passant

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 24/10/2012 Mis à jour le 22/02/2017
Thierry Souccar revient sur la soirée organisée sur la 5 autour du lait le mardi 23 octobre.

L'émission de France 5 le 23 octobre, consacrée au lait, était en deux parties : un reportage, suivi d’un débat. Le reportage était équilibré et honnête, bravo à l'équipe. En revanche, le débat n'a pas eu lieu puisque tous les intervenants étaient d’accord sur l’intérêt des laitages. J'avais été invité, mais je ne pouvais malheureusement être à Paris ce soir-là.

Les points positifs : il y a encore cinq ans on me riait au nez quand je parlais de cancer agressif de la prostate lié à une forte consommation de laitages, ou encore d'équilibre acide-base. Il semble que ces idées aient fait leur chemin, tant mieux. Autre point très positif : pour la première fois dans ce genre d'émission, des informations sont données au téléspectateur sur les liens d'intérêt des intervenants avec l'industrie. Bravo à Michel Cymes et Marina Carrère d'Encausse d'avoir créé ce précédent qu'il faut généraliser. Bien sûr, à la question de Michel Cymes, aucun participant au débat n'a d'emblée déclaré avoir ou avoir eu des liens avec l'industrie. Puis, pressé par le journaliste, le pédiatre a reconnu siéger à l'Institut Danone. Mais ce soir-là, 2 autres participants au débat étaient en situation de conflit d'intérêt, ayant ou ayant eu des liens étroits avec l'industrie agro-alimentaire.

Pour le reste... Je ne peux dans cet article répondre point par point à des arguments parfois très baroques entendus dans ce "débat" (toutes les réponses sont sur ce site ou dans Lait, mensonges et propagande).

En voici seulement quelques uns et mes remarques.

On a entendu un intervenant assurer que les données rapportées par Willett et moi-même (plus de laitages, ce n'est pas moins de fractures) ne s’appliquent pas à la situation française, car il s’agirait d’études américaines. Or Harvard a non seulement conduit ses propres études, mais aussi publié des analyses d’études conduites ailleurs qu’aux Etats-Unis. Si la biologie des Français est si singulière, pourquoi alors tenir compte des études conduites sur les médicaments dans d’autres pays, pour accorder des AMM  ? En réalité, aucune étude indépendante, américaine ou pas, ne montre de protection par les laitages. Même l’Organisation mondiale de la santé, dans son questionnaire FRAX destiné à identifier les femmes à risque de fractures, ne leur pose pas la question de leur consommation de lait ou de calcium. La raison ? L’OMS a mené ses propres études et a conclu que ni la consommation de lait, ni celle de calcium n’interviennent dans le risque de fractures. Donc inutile d'interroger les femmes à ce sujet. Consultez le questionnaire FRAX ici pour le vérifier.

Un intervenant a critiqué le fait que je ne considère pas la densitométrie osseuse (qui cherche à évaluer la teneur en calcium d’une section d’os)  comme un examen fiable pour prédire le risque individuel de fracture. Il ignore donc que depuis quinze ans la densité minérale osseuse « ne peut pas identifier les personnes qui auront une fracture. » (1)

Un autre intervenant a assuré qu’il existe des centaines d’études prouvant qu’un pic de masse osseuse à la fin de l’adolescence diminue le risque de fracture après la ménopause. Je l'invite à m'adresser une seule étude prospective indépendante le prouvant (pas celle de Matkovic de 1979), cela suffira. Nous la publierons le cas échéant.

Un intervenant a dit que le calcium laitier est le mieux absorbé des aliments qui en contiennent. Or le calcium du lait est absorbé à hauteur de 30%, alors que dans de nombreux végétaux et de nombreuses eaux minérales, la fraction de calcium absorbée dépasse 40 voire 50%. Lire plus à ce sujet dans l'ouvrage de référence Modern Nutrition in Health and Disease.

On a entendu que sans laitages, on est carencé en calcium. Cela fait sept millions d'années que la majorité des habitants de cette planète ne consomment pas de laitages, sans manquer de calcium. Les végétariens ne manquent pas de calcium. Avec trois fois moins de calcium que nous dans leur alimentation, les petits Cambodgiens ou les petits Ghanéens ne sont pas carencés en calcium, car celui-ci est mieux absorbé. Toutes les données sont dans mon livre.

Un intervenant, le même, a assuré que les apports conseillés en calcium pour les Etats-Unis et le Canada venaient d’être augmentés... Or les apports conseillés pour les adultes (qui s’appelaient apports adéquats en 1997) ont soit été reconduits à l’identique, soit diminués. L’apport conseillé pour les hommes de 51 à 70 ans est passé de 1200 mg à 1000 mg par jour. Que faut-il en penser ? Que c’est encore trop par rapport aux 500 mg recommandés par l’OMS. Lire l’analyse des Dr Bischoff-Ferrari et Willett.

On a aussi entendu qu'il suffisait de se mettre au soleil pour ne pas manquer de vitamine D. Or l'inclinaison de la Terre ne permet pas de synthèse en France entre novembre et avril. Et les réserves faites l'été sont épuisées dès octobre dans la plupart des cas. Beaucoup de médecins savent cela.

Ceci dit, je suis assez d'accord sur le fait qu'on peut, si on les aime, consommer des laitages, mais à condition 1. de ne pas en attendre des miracles, 2. de les tolérer (pas d'intolérance au lactose, pas d'auto-immunité), 3. de le faire avec modération (pas plus d'une portion par jour, deux maxi), 4. de choisir des laitages de qualité. Et ne pas en consommer n'expose pas à des risques particuliers.

Je suis heureux de voir que le message des chercheurs indépendants tels ceux de Harvard, que je relaie dans mon livre, fait son chemin dans les grands médias, même timidement, et que l'approche défendue par le Dr Jean Seignalet gagne de la reconnaissance. Pendant des années, c'est l'omerta qui a régné du fait du poids du lobby laitier. Une digue a cédé, d'autres vont suivre. Bravo encore à l'équipe de France 5 pour cette contribution à l'éducation nutritionnelle des Français.

Référence

(1) Marshall D, Johnell O, Wedel H. Meta-analysis of how well measures of bone mineral density predict occurrence of osteoporotic fractures. BMJ. 1996;32:1254–1259.

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