Surpoids et obésité : les recommandations officielles pourraient aggraver la situation

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 09/02/2012 Mis à jour le 06/02/2017
Le 6 octobre 2011, la Haute autorité de santé (HAS) a publié des recommandations de « bonne pratique » à l’usage des médecinsCes recommandations ne semblent pas en mesure d'enrayer l'augmentation du surpoids et de l'obésité. Elles pourraient même la favoriser. Notre analyse.

Le 6 octobre 2011, la Haute autorité de santé (HAS) a publié des recommandations de « bonne pratique » pour la prise en charge de l'obésité et du surpoids, à l’usage des médecins traitants et pédiatres. La HAS rappelle que l’obésité est un « véritable fléau de santé publique » : 15% des adultes et 3,5% des enfants présentent une obésité en France, et 32% des adultes et 14,5% des enfants sont en surpoids – soit un adulte sur deux et un enfant sur cinq en excès de poids. La HAS insiste sur deux procédures : calculer systématiquement l’indice de masse corporelle chez l’enfant et l’adulte, et mesurer le tour de taille chez l’adulte.

La HAS place le médecin traitant au centre du dispositif de dépistage et de prise en charge, l’un des objectifs étant d’éduquer le patient. « Il s’agit de transmettre au patient un savoir suffisant pour qu’il comprenne sa maladie et les efforts qu’il doit faire ! », explique le Dr Cédric Grouchka, membre du comité de la HAS.

Pour la HAS, la perte de poids n’est pas forcément l’objectif. Chez l’enfant en surpoids, l’objectif est de stabiliser le poids, et chez un adulte en surpoids, tout dépend de son tour de taille : si le tour de taille est normal, la HAS juge inutile de le conduire à perdre du poids. Si le tour de taille est trop important, il faut se fixer comme objectif une perte de poids de 5% à 15%.

La HAS déconseille l’usage de médicaments et la pratique des régimes amaigrissants. Elle prône une « alimentation équilibrée et diversifiée, une activité physique régulière et modérée, un soutien psychologique. » La HAS propose aux médecins une fiche pratique d’accompagnement diététique basée sur les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS).

En matière d’’activité physique les recommandations sont d’environ 20 minutes d’activité modérée par jour chez l’adulte, et de 60 minutes par jour chez l’enfant qui doit par ailleurs passer moins de temps devant un écran. La HAS met à disposition des médecins une grille d’évaluation de l’activité physique.

L'analyse de LaNutrition.fr. Ces recommandations de la HAS mêlent des considérations de bon sens, un agenda « politique » et des préconisations probablement insuffisantes pour faire reculer l’obésité et le surpoids. Les considérations de bon sens : promouvoir activité physique, équilibre nutritionnel et accompagnement psychologique, rien que de très consensuel. La difficulté vient de ce qu’on entend par équilibre nutritionnel susceptible de bénéficier aux patients. L’avis de la HAS est tout entier imprégné de la philosophie du PNNS, d’ailleurs à l’origine de cette prise de position. Or toutes les études scientifiques indiquent que certaines des recommandations du PNNS - limiter les corps gras, manger des féculents à chaque repas et 3 laitages par jour – ne permettent pas de lutter contre le surpoids. Elles pourraient même dans certains cas aggraver la situation ! Pourtant, ce sont ces recommandations que le médecin peu critique transmettra à ses patients. L’agenda politique, déjà présent dans l’avis de l’ANSES sur les régimes, se résume à ceci : torpiller l’énorme succès du régime Dukan et avec lui jeter la suspicion sur tous les « régimes », accusés collectivement d’être inefficaces, et contre lesquels le Collectif national des associations d’obèses (CNAO), partie prenante aux conclusions, était vent debout. Il est vrai que la plupart des régimes de la médecine classique sont inefficaces, on pense en particulier aux régimes pauvres en graisses, et aux régimes hypocaloriques. D’autres sont difficiles à suivre, déséquilibrés ou pas étayés par des études sérieuses. Mais cette prise de position « anti-régimes » va là encore priver les patients qui s’en remettent au médecin, de méthodes particulièrement efficaces pour la gestion de leur ligne et pour améliorer la santé. Ces méthodes respectent la physiologie, sont faciles à adopter, sont étayées par des dizaines d'études scientifiques. Il s’agit par exemple du régime basé sur l'index glycémique, du régime Weight Watchers ou même des régimes pauvres en glucides, extrêmement efficaces dans le syndrome X et le diabète. Au final, ces préconisations de la HAS, qui ont fait l'objet d'un grand tapage médiatique, risquent de rater leur cible. Lire à ce sujet le point de vue de Gary Taubes, auteur de Pourquoi on grossit.

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