Patrick Lemoine : La mélatonine efficace contre l'insomnie

Par Lanutrition.fr Publié le 19/12/2007 Mis à jour le 17/02/2017
Point de vue

Le docteur Patrick Lemoine est psychiatre à la Clinique Lyon-Lumière à Meyzieu et spécialiste du sommeil.Il vient de publier une étude sur les effets de la mélatonine à libération prolongée dans la lutte contre les troubles du sommeil chez les personnes âgées. Résultat : cette hormone permet aux seniors qui en manquent de retrouver un sommeil de qualité.

L’étude

Elle a porté sur 170 patients de plus de 55 ans souffrant de troubles du sommeil importants et a été menée en double aveugle contre placebo. Tous les jours pendant trois semaines, les volontaires ont reçu avant de se coucher 2 mg de mélatonine à libération prolongée - très différente de celle vendue habituellement et qui n'a qu'un effet flash. La mélatonine est l’hormone du sommeil. Le dérèglement de sa sécrétion sont plus fréquents après 50 ans et entraînent donc des troubles du sommeil. Avec cette étude, les chercheurs ont voulu savoir si la prise de mélatonine à libération prolongée pouvait améliorer la qualité du sommeil ainsi que l’éveil pendant la journée chez les personnes âgées.

La mélatonine, c'est quoi ?
La mélatonine est une hormone sécrétée par la glande pinéale dans le cerveau et commande le cycle circadien qui arbitre l’alternance entre veille et sommeil. L’obscurité stimule sa sécrétion avec un pic vers 2h du matin. En revanche la lumière du jour bloque sa sécrétion.

Les résultats

A l’aide d’un questionnaire qui a permis de classer en cinq niveaux le degré d’amélioration du sommeil, les scientifiques ont démontré que la dose prescrite de 2 mg avant le coucher a significativement amélioré la qualité du sommeil ainsi que l’éveil pendant la journée. Ces améliorations sont fortement corrélées et suggèrent un effet global bénéfique de la mélatonine. Par ailleurs, les chercheurs ont pu noter l’absence d’effet rebond. C'est-à-dire qu’après l’arrêt du traitement, les troubles du sommeil ont repris mais n’ont pas empiré, contrairement à l’effet de certains somnifères. De plus, les effets secondaires se sont avérés minimes.

Lemoine P, Nir T, Laudon M, Zisapel N. Prolonged-release melatonin improves sleep quality and morning alertness in insomnia patients aged 55 years and older and has no withdrawal effects. J Sleep Res. 2007 Dec;16(4):372-80.

L'entretien

D’où vient l’intérêt que vous portez aux effets de la mélatonine ?

Je suis psychiatre de formation et dans les années 1980 j’ai travaillé à l’université de Stanford aux Etats-Unis au sein de l’Unité Sommeil. J’ai ainsi été amené à me spécialiser sur le sujet et à créer en France la première unité hospitalière en psychiatrie consacrée entièrement au thème du sommeil. Cette unité pluridisciplinaire existe depuis 1985 et regroupe des neurophysiologistes et des psychiatres. L’équipe est chargée d’explorer les troubles du sommeil pour avancer dans la recherche. En France, ces troubles sont encore peu associés à la psychiatrie alors que les corrélations sont flagrantes. A l’heure actuelle, je travaille à l’hôpital Lyon-Lumière et une grande unité « sommeil » devrait ouvrir en 2008. Les conséquences des troubles du sommeil finissent par être considérées à leur juste valeur.

Il faut distinguer deux sortes d'insomnie. La première est l’hyper éveil qui a pour cause des raisons psychologiques, de stress, d’angoisse, de colère qui empêchent la personne de dormir. La deuxième est l’hypo sommeil dont la cause est d’ordre biologique et souvent due à des troubles de sécrétion de la mélatonine. Travailler sur cette molécule est intéressant car c’est un peu le « serpent de mer » de la lutte contre les troubles du sommeil. Souvent diabolisée dans la presse et dans les milieux médicaux, son efficacité sur l’insomnie reste obscure. Or, notre étude montre qu’elle a un effet bénéfique pour lutter contre l’insomnie chez les personnes âgées.

Qu’est ce que l’insomnie finalement ?

Dans l’étude réalisée en double aveugle contre placebo, nous avons mesuré les effets de la mélatonine à libération contrôlée selon trois critères : le temps d’endormissement, la qualité du sommeil (réduction des temps d’éveil pendant la nuit) et l’éveil au matin. Ces trois critères définissent l’insomnie.

Richard Wurtman (MIT, Cambridge, Massachusetts), un des spécialistes mondiaux de la mélatonine, a montré dans ses publications qu'administrée à des personnes de plus de 50 ans, cette hormone n’est efficace que si la dose ingérée avant la nuit ne dépasse pas 0,3 mg. En effet, il explique que dans le cerveau si les récepteurs de la mélatonine sont exposés à un excès d’hormone, ils cessent de fonctionner. Dans votre étude, la dose administrée est de 2 mg. Pouvez-vous nous expliquer cette différence ?

Jusqu’ici, les quelques études des effets de la mélatonine sur l’insomnie ont donné des résultats contradictoires. Ce qui rend leur interprétation globale difficile. En effet, ces études ont été réalisées avec des doses simples de mélatonine. L’effet flash provoqué suit directement son administration. Mais au bout d'une demi-heure, l’hormone et son effet disparaissent. La nouveauté de notre recherche, c’est d’avoir administré une dose de mélatonine à libération contrôlée. En fait, l'hormone est ingérée en une seule prise mais est diffusée dans le sang toute la nuit avec un pic et imite ainsi le cycle naturel d’une personne qui la sécrète normalement. L’hormone est donc efficace chez les patients qui n’en sécrètent plus beaucoup, comme les personnes âgées. Elle réduit le temps d’endormissement, les périodes d’éveil pendant la nuit, améliore la qualité du sommeil et celle de l’éveil au matin.

Quelle différence y a t-il entre la mélatonine et les somnifères ?

Il faut savoir que les hypnotiques provoquent une légère anesthésie générale qui donne au patient l’impression de dormir beaucoup. Ce n’est finalement qu’un « sommeil artificiel ».

Mais le sommeil est quelque chose de plus complexe. En effet, c’est un cycle naturel éveil-sommeil qu’il est primordial de respecter. La mélatonine permet de rétablir ce cycle. Mais sa prescription doit intervenir dans une stratégie d’ensemble. Comment ? En la combinant à une bonne hygiène de vie. On peut aussi réchauffer notre température corporelle le matin et l’abaisser le soir. En effet, le sommeil est lié à la thermorégulation corporelle. Les habitués des somnifères seront déçus des effets de la mélatonine. En effet, elle « n’assomme » pas comme les hypnotiques et s’inscrit dans un traitement à long terme. Les patients âgés doivent faire preuve de patience pour en voir les effets bénéfiques.

Qui d’autre peut en bénéficier ?

La mélatonine à libération contrôlée a cela d’intéressant qu’elle mêle médecine pharmaceutique et naturelle. Je suis convaincu qu’elle est la clé du progrès en matière de santé publique sur les troubles du sommeil chez les personnes âgées. Mais pas seulement car elle peut aussi être administrée chez des enfants ou des adultes ayant subi une ablation de leur glande pinéale après un cancer du cerveau… Cependant, elle est peu ou pas efficace chez les personnes de moins de 50 ans qui ont une sécrétion de mélatonine normale.

Dans les résultats de l’étude, vous parlez des effets secondaires de la mélatonine…

Les effets secondaires existent mais sont très minimes et sans risque. Contrairement aux hypnotiques, la mélatonine ne provoque pas de dépendance après l'arrêt du traitement mais peut en revanche provoquer des migraines. Hors étude, nous avons continué à administrer « en ouvert » pendant un an de la mélatonine aux patients qui l’ont souhaité (non plus en « aveugle »). Cela nous a permis de constater une bonne tolérance des patients à la mélatonine à moyen terme, de remarquer l’absence de trouble de sevrage et même un phénomène de rémanence. En effet, après l’arrêt du traitement et pendant un certain temps, les patients ont continué à avoir un cycle de sommeil régulier et naturel. Cette observation clinique demande cependant à être vérifiée de manière scientifique. Ces propriétés rendent bien différente l'hormone des hypnotiques qui provoquent chaque année de nombreux décès chez les personnes âgées par effet indirect (chute, problème respiratoire…).

Qui a financé l’étude ?

Le laboratoire qui a permis de réaliser cette étude s’appelle Neurim Pharmaceuticals Ltd et est situé à Tel Aviv en Israël. C’est le premier laboratoire à montrer l’effet bénéfique de la mélatonine à libération contrôlée sur une cible particulière et un nombre important de patients. A l’automne 2008 le laboratoire va commercialiser un médicament composé de mélatonine à libération contrôlée appelé Circadin, celui qui a servi à l’étude. Il faut noter que jusqu’à maintenant, cette hormone est considérée aux Etats-Unis comme un complément alimentaire sans beaucoup de contrôle alors qu’en Europe, sa commercialisation est interdite. C’est la première fois qu’un laboratoire obtient l’autorisation de mise en marché d’un médicament à base de mélatonine pour lutter contre les troubles du sommeil.

Propos recueillis par Céline Soleille

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