Bien dormir est essentiel à la santé : le manque de sommeil est associé à bon nombre de troubles, allant du surpoids à l’obésité, en passant par les maladies cardiovasculaires et neurodégénératives.
Mais la façon dont nous dormons pourrait révéler bien plus que notre état de fatigue : elle pourrait trahir notre risque de développer certaines maladies. C’est ce que les chercheurs de Stanford Medicine ont exploré, en mettant au point un outil d’intelligence artificielle, baptisé SleepFM (1).
600 000 heures de données pour entraîner le modèle
Ce système a été entraîné sur près de 600 000 heures de données de polysomnographie provenant de 65 000 personnes dont le sommeil a été évalué dans différentes cliniques du sommeil. « Nous enregistrons une quantité impressionnante de signaux lorsque nous étudions le sommeil, explique dans un communiqué le Dr Emmanuel Mignot, co-auteur de cette étude (2). Il s'agit d'une forme de physiologie générale que nous étudions pendant huit heures chez un sujet totalement immobile. Les données recueillies sont extrêmement riches. »
Le modèle a intégré des données d’électroencéphalographie, électrocardiographie, électromyographie, pouls et débit respiratoire, par exemple, pour en déduire des interrelations. Les chercheurs ont d'abord testé leur modèle pour analyser le sommeil standard : distinguer les phases du sommeil et diagnostiquer l’apnée du sommeil.

Des décennies de dossiers médicaux croisées avec le sommeil
Puis ils ont croisé ces enregistrements avec des données de santé car ils avaient accès à des décennies de dossiers médicaux. La plus grande cohorte de patients utilisée pour entraîner SleepFM —35 000 patients âgés de 2 à 96 ans — a fait l’objet d’enregistrements polysomnographiques entre 1999 et 2024. Les chercheurs ont associé ces données polysomnographiques à leurs données médicales, permettant un suivi allant jusqu’à 25 ans pour certains patients. Résultat : le modèle a pu prédire cancers, maladies cardiovasculaires, troubles mentaux ou neurodégénératifs avec une bonne précision.
Les prédictions étaient particulièrement performantes pour les cancers, les complications de grossesse, les maladies circulatoires et les troubles mentaux, avec un indice C (indice de concordance) supérieur à 0,8. Cet indice mesure la performance prédictive d’un modèle : un indice de 0,8 signifie que dans 80 % des cas, la prédiction du modèle concorde avec la réalité. SleepFM a prédit la maladie de Parkinson (indice C : 0,89), la démence (0,85), des cardiopathies hypertensives (0,84), des infarctus (0,81), le cancer de la prostate (0,89) et du sein (0,87).
Un tel outil ouvre la voie à un usage du sommeil comme outil prédictif en médecine préventive.
Bien dormir, la clé de la longévité
Les biohackers l’ont bien compris : le sommeil est une des clés essentielles pour vivre longtemps en bonne santé. Dans son livre, Hyper santé, Dave Asprey donne plusieurs conseils pour un sommeil de qualité en particulier :
- S’équiper d’une application pour suivre son sommeil.
- Avoir une bonne hygiène du sommeil : pas d’écran ou de repas dans les deux heures précédant le coucher, chambre apaisante et bien rangée…
- Recourir à des compléments alimentaires adaptés comme l’ashwagandha ou le magnésium.