Réduire les AGE pour être en meilleure santé

Par Lanutrition.fr Publié le 19/10/2010 Mis à jour le 21/11/2017
En exclusivité pour LaNutrition.fr, Helen Vlassara, la pionnière de la recherche sur les produits de glycation (AGE) explique pourquoi ces composés posent un risque pour la santé. 

LaNutrition.fr : Qu’est ce qui vous a amenée à vous intéresser à cet aspect de l’alimentation ?

Helen Vlassara : Le hasard. Je participais à un congrès sur le diabète au Japon il y a 10 ans. Après avoir fait une conférence sur les AGE et le diabète je contemplais une grosse part de gâteau offerte à la réception avec mon collègue et ami, le Dr Theodore Koschinsky et nous nous sommes demandé si les AGE dans les aliments étaient réellement absorbés ou non. Nous avons décidé de faire une expérience pour en avoir le cœur net. Après tout nous venions de développer un test immunologique (test ELISA) pour détecter les AGE.

Tout ce que nous savions sur le sujet à l’époque était issu de la chimie alimentaire des années 70 et avant. On y apprenait qu’il y avait des AGE dans la nourriture mais qu’on n’en absorbait que très peu et que de toute façon, ça n’était pas un problème.

De retour à la maison, le Dr Koschinsky a avalé un repas riche en AGE (des protéines d’œufs cuisinées avec du sucre, comme une meringue) et j’ai ensuite mesuré la quantité d’AGE dans son sang. (1) Résultat : son repas a fait augmenter le taux sanguin d’AGE.

Ca nous a plutôt surpris, surtout que rien dans la littérature scientifique ne laissait penser que les AGE soient absorbés de manière significative. Aucune relation n’avait été établie entre la toxicité des AGE alimentaires et la santé ou les maladies comme le diabète et le vieillissement, tout deux pourtant intimement liés aux AGE. D’un autre côté, comme que mon équipe avait identifié le lien entre AGE et fumée de cigarette quelques années plus tôt, ces nouvelles relations avec la santé et les maladies nous ont vite paru évidentes.

Pensez-vous que les AGE peuvent nous aider à mieux comprendre le lien entre l’alimentation et la santé ?

Depuis plus de 25 ans, l’étude des AGE ou de la glycation non enzymatique nous permet de mieux comprendre l’origine de maladies comme le diabète, le vieillissement et leurs complications. En ce qui concerne les AGE apportés par l’alimentation, nos nombreuses études ont montré et confirmé que l’alimentation moderne contient des oxydants, dont les AGE. Cette découverte renforce encore le lien étroit entre alimentation et santé : ce que nous mangeons est d’une importance capitale pour notre santé - et, malheureusement, nous fait souvent du tort.

Maintenant que l’on sait qu’il y a des AGE dans l’alimentation, on comprend mieux cette relation alimentation-santé. On peut désormais se pencher sur cette nouvelle source alimentaire de toxines dont la consommation a considérablement augmenté car ils donnent un goût agréable aux aliments. Ces composés font des dégâts, qui s’ajoutent aux méfaits déjà connus d’un excès de calories. C’est un vrai changement de paradigme et il faudra du temps pour que cette idée soit acceptée par tout le monde.

Quelles sont les conséquences sur la santé d’un régime riche en AGE ?

Les gros mangeurs ont des taux sanguins d’AGE beaucoup plus élevés, un poids plus important, un taux plus élevé de lipides circulants, des troubles de la glycémie, voire une résistance à l’insuline, ainsi que plus de risques d’inflammation. Tout cela se traduit par plus de risque de diabète, d’obésité, de maladies inflammatoires, cardiovasculaires ou rénales. Une étude très récente sur la santé des personnes âgées montre qu’il y aurait même une relation entre la consommation d’AGE et la maladie d’Alzheimer.

Y’a-t-il un niveau d’AGE alimentaires à ne pas dépasser pour être en bonne santé ?

Ca va vite car la nourriture que nous consommons habituellement est riche en AGE. Par exemple nous mangeons beaucoup d’aliments rôtis, grillés ou frits. Les études chez l’homme sont encore à leurs balbutiements mais d’après une enquête sur plus de 600 personnes en bonne santé l’apport quotidien moyen en AGE a été évalué a 15-17 équivalents-AGE par jour.

Nous pensons qu’il ne faudrait pas dépasser 10 à 12 équivalents-AGE par jour. Attention, ce chiffre ne correspond pas à une alimentation exclusivement crue. Il est tout à fait possible de préparer des repas normaux et savoureux en faisant appel à une cuisson douce et brève, le tout sans dépasser les 10-12 Eq/j.
C’est d’autant plus important que l’alimentation est une source majeur d’AGE : la part de ces composés dit « exogènes » est 5 à 10 fois supérieure à celle des AGE « endogènes », ceux qui sont fabriqués par l’organisme. Donc en diminuant les AGE alimentaires, on prévient de nombreuses maladies et l’espérance de vie est significativement augmentée. Nous avons montré qu’une réduction de moitié des AGE alimentaires chez la souris permet de prévenir l’obésité et le diabète de type 2 et augmente l’espérance de vie.

Est-ce qu’en limitant nos apports alimentaires en AGE on peut prévenir le surpoids et l’obésité ?

C’est un peu prématuré de l’affirmer. Une réduction d’AGE réduit la prise de poids qui survient généralement avec l’âge chez la souris. Mais il n’y a pas de preuves pour ce qui est de traiter l’obésité elle-même. Cependant, des études chez l’animal montrent qu’un régime riche en graisses mais pauvre en AGE, même s’il ne prévient pas la prise de poids peut prévenir la résistance à l’insuline et le diabète de type 2 qui sont souvent la conséquence d’une alimentation très grasse. Cet effet est indépendant de l’hérédité ou de la quantité de graisses consommée et il nous conduit à nous intéresser à la manière dont les graisses sont modifiées par les AGE (AGE-fat). Nous avons aussi des études chez l’homme qui montrent que lorsqu’on consomme de grandes quantités d’AGE-fat, comme c’est le cas dans l’alimentation moderne, le risque de complications liées à l’obésité s’élève.

Est-ce que vous menez des études chez l’homme ?

Oui, plusieurs. Après de nombreuses années passées à établir le fameux « changement de paradigme » sur des modèles animaux, l’Institut national du vieillissement m’a décerné un prix (MERIT Award) qui ouvre droit à un financement. Cela va me permettre d'évaluer l’impact des AGE oxydants apportés par l’alimentation chez l’homme en bonne santé et les personnes âgées en particulier. De plus, je conduis plusieurs autres essais (en collaboration) à propos du rôle des AGE exogènes sur le diabète et l’exercice, l’insuffisance rénale, les traumatismes aigus et la maladie d’Alzheimer.

Lire aussi : Comment réduire concrètement les AGE dans son alimentation (réservé abonnés)

(1) Ces premiers résultats et d’autres encore ont été publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences en 1997.

Orally absorbed reactive glycation products (glycotoxins): an environmental risk factor in diabetic nephropathy. Koschinsky T, He CJ, Mitsuhashi T, Bucala R, Liu C, Buenting C, Heitmann K, Vlassara H. Proc Natl Acad Sci U S A. 1997 Jun 10;94(12):6474-9.

 

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