Aspartame, édulcorants et diabète : les boissons light plus risquées que les sodas sucrés ?

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Les personnes qui boivent des boissons sucrées et "light" ont un risque augmenté de diabète de type 2. Le risque est paradoxalement plus élevé avec les boissons "light".

Le diabète touche plus de 3 millions de personnes en France dont 90 % souffrent de diabète de type 2. S’il est établi que la consommation de boissons sucrées est associée à une augmentation du risque d’obésité et de diabète de type 2, l’effet des boissons sucrées "light" sur les maladies cardiométaboliques est moins bien connu. Alors qu'elles sont souvent présentées comme plus saines, elles semblent pourtant avoir un effet direct sur le métabolisme.

Boissons sans sucre : quel risque de devenir diabétique ?

Un soda light par jour augmente d'un tiers votre risque de diabète 

Une étude australienne qui a suivi plus de 36 000 adultes pendant près de 14 ans a trouvé que la consommation d’une canette quotidienne de boisson édulcorée accroît le risque de diabète de type 2 de 38 %, contre 23 % pour les boissons sucrées classiques (1). Étonnamment, le risque lié aux sodas light est encore plus élevé que pour les boissons sucrées classiques !

« La consommation quotidienne d'une ou plusieurs de ces boissons, qu'elles soient sucrées ou avec des substituts artificiels, était associée à un risque significativement plus élevé de développer un diabète de type 2 », a déclaré dans un communiqué Robel Hussen Kabthymer, principal auteur de l'étude.​​​

Si le lien entre boissons sucrées et diabète s'explique en grande partie par l'obésité, celui entre boissons édulcorées artificiellement et diabète de type 2 est resté fort même après ajustement des résultats en fonction du poids, ce qui suggère un effet potentiellement direct sur le métabolisme.

Ces résultats confirment une étude précédente menée par des chercheurs français sur la cohorte E3N.

Étude E3N : un risque de diabète doublé avec les boissons light

Menée auprès de 66 188 femmes de la cohorte E3N, cette étude confirme une association entre la consommation de boissons sucrées et le risque de diabète de type 2. Mais elle a aussi révélé pour la première fois en France un risque de diabète plus élevé avec des boissons dites "light" qui renferment des édulcorants artificiels, qu’avec des boissons sucrées (2).

Les résultats montrent que les femmes qui consomment des boissons sucrées "light" en boivent plus que celles qui consomment des boissons sucrées "normales" (2,8 verres/semaine soit 568 mL contre 1,6 verres/semaine soit 328 mL en moyenne, respectivement).

Par rapport à celles qui n’en consomment pas du tout, les femmes qui boivent le plus de boissons sucrées (soit plus de 359 mL/semaine) ont un risque de diabète augmenté de 34 % au cours de l’étude (14 ans) ; celles qui boivent le plus de boissons « light » (plus de 603 mL/semaine) ont un risque multiplié par 2,21. À quantité égale consommée, le risque de diabète est plus élevé lorsqu’il s’agit de boissons "light" que de boissons sucrées. Le risque de développer un diabète est de 15 % supérieur pour une consommation de 0,5 L/semaine et de 59 % supérieur pour 1,5 L/semaine respectivement.

Lire : Diabète : des combinaisons d'additifs particulièrement nocives

Les femmes qui ont bu des jus de fruits 100 % pressés n’ont pas vu leur risque de diabète augmenter, par rapport à celles qui n'en consomment pas.

L’avis de Thierry Souccar, directeur de LaNutrition.fr 

Cette étude sur la cohorte E3N confirme le lien déjà admis entre la consommation de boissons sucrées et le risque de diabète : le sucre favorise la résistance à l’insuline, qui est l’antichambre de la maladie. Pour ce qui est des boissons édulcorées, les études sont contradictoires et il faut interpréter les résultats avec prudence. Deux études prospectives au moins, avant celle-ci, ont conclu également à un lien entre boissons édulcorées artificiellement et risque de diabète (et syndrome métabolique) : la Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis, la Framingham Offspring. La San Antonio Longitudinal Study of Aging a trouvé une augmentation du poids et du tour de taille.

Mais par quels mécanismes les édulcorants peuvent-ils favoriser le diabète ?

Les mécanismes possibles des édulcorants artificiels

Des travaux chez le rat conduits à l’université Purdue ont trouvé que les animaux qui reçoivent des aliments édulcorés artificiellement mangent plus et grossissent plus que ceux qui reçoivent des aliments sucrés. Les chercheurs en concluent que les édulcorants artificiels perturbent les signaux associés au goût sucré, qui s’accompagne généralement de calories. Il en résulterait un phénomène de compensation aux repas suivants pouvant conduire à stocker des calories sous forme de graisses, puis à la résistance à l’insuline. Ce phénomène de compensation a été observé dans certaines études chez l’homme (3), mais pas dans d’autres. Plus surprenant, dans une étude qui comparait sucre, aspartame et stevia, la sécrétion d’insuline 30 minutes après ingestion était aussi élevée avec le sucre qu’avec l’aspartame (4).

Dangers des substituts du sucre : des résultats à interpréter avec prudence

Les études épidémiologiques prospectives ne permettent que dans certaines conditions de conclure à une relation de cause à effet. Ces conditions ne semblent pas encore réunies pour les boissons aux édulcorants artificiels et le diabète. En effet, d’autres études, comme la Health Professionals Follow-Up Study (sur plus de 40 000 hommes), publiée en 2011, n’ont pas trouvé que ces boissons augmentent le risque de diabète (5). Il est possible que le lien trouvé dans l’étude française et dans les deux études américaines entre boissons édulcorées et diabète s’explique par un lien de causalité inversée, à savoir que les personnes qui boivent des boissons édulcorées le font parce qu’elles sont trop grosses, ou parce que leur état de santé les préoccupe, par exemple en réponse à un diagnostic de glycémie ou de triglycérides élevés ou d’hypertension artérielle. Les Français admettent d’ailleurs que leur étude comporte des limitations. En particulier, les informations sur le type de boissons consommées n’auraient pas été mises à jour pendant l’étude, et le régime alimentaire lui-même a pu changer. D'autres travaux pointent vers une perturbation de la flore intestinale, pouvant expliquer la perturbation de la réponse au glucose. En attendant d’en savoir plus, LaNutrition.fr tient depuis l’origine un seul discours : éviter aussi bien les boissons sucrées que les boissons édulcorées !

Questions fréquentes

Sucralose ou stévia : lequel privilégier ?

Le sucralose (E955) est présent dans le Canderel, un produit qui figure souvent en tête de gondole au rayon des édulcorants des supermarchés. Mais il pourrait avoir des effets négatifs sur la santé selon des études récentes. En 2018, des chercheurs mexicains ont montré que le sucralose diminue sensiblement la sensibilité à l’insuline chez des personnes en bonne santé (6). D’autres travaux montrent un effet néfaste sur la composition du microbiote intestinal (7) voire génotoxique à haute dose (8).

La stevia semble un choix plus sûr. De nombreuses études ont évalué la sécurité de la stevia, et les conclusions sont généralement positives : pas d’effets cancérogènes, pas de génotoxicité, pas de toxicité pour la reproduction ou le développement. La stevia n’a pas d’effet sur la glycémie : elle n’augmente pas le taux de sucre ou d’insuline dans le sang, ce qui la rend adaptée aux personnes diabétiques. Certaines études suggèrent que la stevia pourrait modifier la composition du microbiote intestinal, mais ces effets sont considérés comme mineurs, sans conséquence clinique.

Quel est le meilleur édulcorant pour un diabétique ? Par quoi remplacer le sucre pour les diabétiques ?

En plus de la stevia, l'érythritol semble un choix intéressant. Il n’a pas d’effet sur la glycémie ou l’insuline : il n’augmente ni le glucose sanguin ni l’insuline, ce qui le rend intéressant pour les diabétiques et les personnes qui suivent un régime pauvre en glucides ou kéto. L’érythritol serait moins gênant pour les intestins que le xylitol (E967), de structure proche, et d’autres polyols (9). Il est sans risque concernant de caries dentaires. Récemment des études ont toutefois alerté sur le risque potentiel de cet édulcorant sur la santé cardiovasculaire.

De manière générale, utiliser des édulcorants n'est pas forcément une bonne idée car ils entretiennent le goût pour le sucre et pourraient, à ce titre, jouer un rôle dans la dépendance au sucre. Des modifications dans le mode de vie, de l'activité physique à la perte de poids, sont aussi des mesures qui peuvent aider à limiter le risque de diabète de type 2.

Par quoi peut-on remplacer le sucre ?

Dans les pâtisseries, en plus d'opter pour des édulcorants, il est possible d'utiliser d'autres astuces pour réduire le sucre, par exemple en choisissant des ingrédients qui rehaussent le goût, comme le chocolat noir, la vanille.

Lire aussi : 4 astuces pour réduire le sucre dans les desserts

  1. Hussen Kabthymer et al. The association of sweetened beverage intake with risk of type 2 diabetes in an Australian population: A longitudinal study. Diabetes & Metabolism. 2025.
  2. Guy Fagherazzi et al. Consumption of artificially and sugar-sweetened beverages and incident type 2 diabetes in the Etude Epidemiologique aupres des femmes de la Mutuelle Generale de l'Education Nationale-European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition cohort. Am J Clin Nutr. 2013 Jan 30.
  3. Blundell JE, Hill AJ. Paradoxical effects of an intense sweetener (aspartame) on appetite. Lancet 1986;1:1092–3.
  4. Anton SD, Martin CK, Han H, Coulon S, Cefalu WT, Geiselman P, Williamson DA. Effects of stevia, aspartame, and sucrose on food intake, satiety, and postprandial glucose and insulin levels. Appetite. 2010 Aug;55(1):37-43.
  5. de Koning L, Malik VS, Rimm EB, Willett WC, Hu FB. Sugar-sweetened and artificially sweetened beverage consumption and risk of type 2 diabetes in men. Am J Clin Nutr. 2011 Jun;93(6):1321-7.
  6. Alonso et al. Sucralose decreases insulin sensitivity in healthy subjects: a randomized controlled trial. The American Journal of Clinical Nutrition. 2018.
  7. Schiffman et al. Sucralose, A Synthetic Organochlorine Sweetener: Overview Of Biological Issues. Journal of Toxicology and Environmental Health. 2013.
  8. Schiffman et al. Toxicological and pharmacokinetic properties of sucralose-6-acetate and its parent sucralose: in vitro screening assays. Journal of Toxicology and Environmental Health. 2023.
  9. Mäkinen. Gastrointestinal Disturbances Associated with the Consumption of Sugar Alcohols with Special Consideration of Xylitol: Scientific Review and Instructions for Dentists and Other Health-Care Professionals. Int J Dent. 2016.

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