Mercure : le poisson n'est pas la principale source de contamination

Par Lanutrition.fr Publié le 08/10/2013 Mis à jour le 15/05/2017
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Les produits de la mer expliquent moins de 10% de la variation de mercure dans le sang. Parmi les autres facteurs alimentaires : les tisanes et infusions.

Le poisson et les fruits de mer ont des bénéfices pour la santé. Ils sont riches en acides gras oméga-3 à longues chaînes (EPA, DHA...). Ils apportent aussi de l’iode. Cependant, les soupçons de contaminations concernant certains poissons tendent à limiter notre consommation.

Lire : La meilleure façon de manger du poisson et des fruits de mer

Dans le souci de réduire l'exposition au mercure de la population, les autorités sanitaires conseillent donc de consommer du poisson et des produits de la mer avec parcimonie : dans un avis récent, l'ANSES recommande de ne pas dépasser 2 portions par semaine. 

Lire : Combien de poisson par semaine ?

Cependant, LaNutrition.fr n'a pas modifié son conseil de 2 à 3 portions par semaine (pour les omnivores), et de 2 portions pendant la grossesse. S'il faut certes rester vigilant, une étude de l’université de Bristol indique que le mercure d'origine alimentaire contribue à moins de 20 % de la concentration de mercure dans le sang. Et les produits de la mer n'interviennent que dans 7% de la variation du mercure dans le sang (et 42% du mercure alimentaire).

Parmi les aliments les plus étroitement associés au niveau de mercure, les chercheurs ont identifié dans l'ordre : les poissons blancs, les poissons gras, les coquillages, la consommation d'aliments des rayons "diététiques", la consommation d'alcool et celle de tisanes.

Ces nouveaux résultats ont été publiés dans Environmental Health Perspectives. Des chercheurs anglais et américains ont étudié 103 aliments et boissons consommés par 4 484 femmes enceintes provenant de l’étude ALSPAC (Avon Longitudinal Study of Parents and Children). Des échantillons de sang et des informations sur le régime alimentaire ont été recueillis.

Des niveaux élevés de mercure ont des effets négatifs sur le développement du cerveau du fœtus. Historiquement, les inquiétudes concernant le mercure proviennent d’épisodes d’empoisonnements massifs, comme la contamination de la Baie de Minamata dans les années 50. Plus tard, une étude de 1997 menée sur 979 enfants de 7 ans aux Iles Féroé avait montré que le mercure était associé à des déficits légers dans le développement du langage, l’attention et la mémoire. Mais ces résultats n’ont pas pu être confirmés dans les études qui ont suivi.

Dans ces travaux réalisés sur des femmes britanniques, les chercheurs ont trouvé que le mercure alimentaire n'apportait que 17 % du mercure présent dans l’organisme. En effet, chez ces femmes, les niveaux de mercure dans le sang étaient de 0,17 à 12,8 µg/L. 38 femmes étaient au-dessus du seuil critique de 5,8 µg/L fixé par les autorités sanitaires américaines, soit seulement 0,98 % des femmes étudiées. En France, la valeur limite pour les travailleurs exposés au mercure est fixée à 15 µg/L. Les femmes qui avaient les niveaux de mercure les plus élevés étaient plus âgées, diplômées, et financièrement plus aisées.

Les auteurs concluent donc que limiter sa consommation en poissons et fruits de mer pendant la grossesse n’a qu’un impact limité sur les niveaux de mercure sanguin. De plus, des taux modérés de mercure pendant la grossesse ne semblent affecter ni le développement physique du foetus, ni la durée de la gestation ni le poids de naissance, ni le développement de l'enfant.

Lire : Grossesse : faut-il avoir peur du poisson ?

Lire aussi : Les bénéfices du poisson l'emportent sur ses risques

L'analyse de LaNutrition.fr. Cette étude a pour intérêt de relativiser le rôle des produits de la mer dans l'imprégnation de mercure. Après le poisson, les aliments qui influençaient le plus les niveaux de mercure dans le sang étaient les tisanes et l’alcool, le vin contenant plus de mercure que la bière. On trouve du mercure à des niveaux assez élevés dans certaines tisanes et plantes pour infusion, y compris celles vendues dans les magasins diététiques. Mais le mercure provient aussi des amalgames dentaires, des cosmétiques, des cigarettes, des médicaments. Des vapeurs de mercure sont relarguées par l'incinération, la combustion de matières fossiles, et l'épandage de pesticides et fongicides. On a pu estimer à environ 10 tonnes la quantité de mercure qui quitte l'atmosphère chaque année pour se déposer sur le sol du Royaume-Uni. Il est probable que la France reçoit des quantités similaires. 

Pour aller plus loin : Sang pour sang toxique J.-F. Narbonne (lire un extrait ICI >>).

Source

Golding J, Steer CD, Hibbeln JR, Emmett PM, Lowery T, Jones R. Dietary Predictors of Maternal Prenatal Blood Mercury Levels in the ALSPAC Birth Cohort Study. Environ Health Perspect. 2013 Oct;121(10):1214-1218.

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