PFAS : quels dangers pour la santé ?

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Omniprésents dans notre quotidien, les PFAS contaminent l'eau, les aliments et notre organisme. Ces « polluants éternels » soulèvent des inquiétudes sanitaires majeures : troubles hormonaux, atteintes rénales… Tour d'horizon d'une pollution invisible mais bien réelle.

Ils sont partout. Dans les poêles antiadhésives, les emballages alimentaires, les vêtements imperméables, l'eau du robinet et même dans notre sang. Les PFAS constituent l'une des familles de polluants les plus préoccupantes actuellement. Face à une contamination généralisée, les autorités sanitaires commencent à durcir la réglementation, tandis que la recherche scientifique multiplie les découvertes sur leurs effets. Comprendre ce que sont les PFAS, où ils se cachent et comment s'en protéger devient un enjeu de santé publique majeur.

PFAS : qu'est-ce que c'est ? Définition

Les PFAS sont des composés per- et poly-fluoroalkylés, caractérisés par des liaisons carbone-fluor très solides, ce qui les rend très persistants dans l’environnement et dans l’organisme. Cette résistance chimique exceptionnelle leur vaut le surnom de « polluants éternels ».

Les PFAS ont été détectés à l’échelle mondiale dans les eaux, les sols ou encore dans l’organisme humain.

PFOA, PFOS... La liste des PFAS

Il existe des milliers de molécules de PFAS. En voici quelques-uns particulièrement surveillés :

  • PFOA (acide pentadécafluorooctanoïque), longtemps utilisé dans la fabrication du Téflon. L'utilisation du PFOA est désormais interdite ;
  • PFOS (acide perfluorooctanesulfonique), présent dans des traitements antitaches ;
  • PFHxA (acide perfluorohexanoïque) ;
  • PFDA (acide perfluorodécanoïque) ;
  • PFBS (acide perfluorobutane sulfonique) ;
  • PFHxS (acide perfluorohexane sulfonique)...

Source : Ineris

Où se trouvent les PFAS dans l'environnement ?

L'origine de la pollution dans l'alimentation

Comme les PFAS s’accumulent dans les organismes vivants, plantes et animaux, ils peuvent se retrouver dans la chaîne alimentaire. L'alimentation représente la principale voie d'exposition aux PFAS pour la population générale.

Selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments, l'EFSA (1), les produits de la mer, les œufs et les viandes sont les aliments contribuant le plus à l’exposition au PFOS et au PFOA. L’eau destinée à la consommation humaine peut également être une source d’exposition, tout comme l’air l’intérieur et extérieur.

L'eau destinée à la consommation humaine constitue une voie d'exposition significative aux PFAS, particulièrement dans les zones proches de sites industriels. Les secteurs d’activités susceptibles de produire, d'utiliser ou d'émettre des PFAS sont : l'industrie chimique, l'industrie papetière, l'industrie textile, la métallurgie et le traitement des déchets.

Certains travailleurs sont aussi exposés aux PFAS dans plusieurs secteurs industriels : l'industrie chimique, le traitement de textiles et la fabrication de produits électroniques. 

Quels produits courants contiennent des PFAS ? 

Les PFAS sont utilisés dans de nombreux produits du quotidien pour leurs propriétés imperméabilisantes et antiadhésives.

  • Ustensiles de cuisine antiadhésifs (poêles, casseroles revêtues de Téflon ou similaires). 
  • Textiles imperméables et antitaches (vêtements outdoor, canapés traités, tapis).
  • Certains cosmétiques.
  • Emballages alimentaires : cartons à pizza, sachets de restauration rapide, sacs de pop-corn pour micro-ondes (2, 3). Au contact des aliments, notamment chauds ou gras, les substances toxiques peuvent migrer dans notre nourriture.
  • Certains produits d'entretien.
  • Farts de ski.

Pour plus d'informations, lire : Les PFAS dans nos cuisines : un danger silencieux à chaque repas (abonnés)

Quels sont les dangers des PFAS pour la santé ?

Les PFAS sont des composés chimiques quasi-indestructibles ayant des effets néfastes sur la santé ; leur exposition augmenterait les risques de cancer, de cholestérol élevé, de troubles de la thyroïde, du foie et de la reproduction. Ils contribueraient aussi au diabète et à l'obésité en influençant la sensibilité à l'insuline.

Lire : Les PFAS, facteurs de résistance à l'insuline (abonnés)

Le risque de cancer

Le PFOA a récemment été classé comme cancérogène pour l’homme par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer). Des études avaient auparavant suggéré une association entre l’exposition au PFOA et le risque de cancer du rein et des testicules (4).

Des perturbateurs endocriniens

Les PFAS agiraient également comme des perturbateurs endocriniens. « Les PFAS entraînent des perturbations endocriniennes et une immunotoxicité à faible dose, explique Joseph Pizzorno, auteur du livre Toxiques – la solution. En d’autres termes, l’exposition à ces substances peut soit stimuler, soit déséquilibrer le système immunitaire, augmentant ainsi le risque d’infection et d’affections auto-immunes. » Les PFAS pourraient notamment nuire à la fertilité des femmes (5) et certains chercheurs suggèrent qu’il pourrait représenter un facteur de risque dans le syndrome des ovaires polykystiques (6). 

L’impact des PFAS sur la santé rénale et le microbiote

Une étude de la Keck School of Medicine de Los Angeles a révélé un lien inquiétant entre exposition aux PFAS et santé rénale. Les chercheurs ont suivi 78 personnes, âgées de 17 à 22 ans, qui participaient à une vaste étude visant à comprendre les effets de la pollution sur la santé en Californie du Sud (7).

Grâce à des échantillons de sang et de selles, les chercheurs ont évalué l’exposition aux PFAS, la composition du microbiote intestinal et des métabolites circulants, dont beaucoup sont produits par le microbiote. Quatre ans plus tard, une deuxième série de données sur la fonction rénale a été recueillie.

Les chercheurs ont constaté qu’une exposition accrue aux PFAS était associée à une détérioration de la fonction rénale quatre ans plus tard. D’après eux, les modifications du microbiote intestinal et des métabolites associés expliqueraient jusqu'à 50 % de la perte de fonction rénale. « Presque tout le monde a des PFAS dans le sang, et ces produits chimiques sont associés à un certain nombre d'effets négatifs sur la santé », a déclaré la Dre Hailey Hampson, principale auteure de cette étude dans un communiqué (8).

Presque tout le monde a des PFAS dans le sang

La réduction de métabolites anti-inflammatoires (acides gras à chaîne courte) et des bactéries qui les produisent est liée aux problèmes rénaux. « Cela indique que l'inflammation et le stress oxydatif sont des mécanismes potentiels, et c'est donc un domaine sur lequel les recherches futures pourront se concentrer », a conclu Hailey Hampson. A contrario, un bon microbiote pourrait nous protéger des PFAS.

Lire : Polluants éternels : comment les PFAS perturbent notre microbiote et nos reins

Les PFAS de l'eau potable menacent les femmes enceintes et leurs bébés

Une étude américaine publiée en décembre 2025 dans la revue PNAS tire la sonnette d'alarme sur les risques des PFAS pour les femmes enceintes. Menée dans le New Hampshire sur 11 540 naissances entre 2010 et 2019, elle révèle des risques sanitaires majeurs pour les bébés exposés in utero via l’eau potable (9).

Les chercheurs ont comparé les naissances selon leur position géographique. Les femmes dont l'eau provenait de puits situés en aval de sites contaminés présentaient des risques accrus :

  • +43 % de risque de donner naissance à un bébé de faible poids ;
  • +20 % de risque d'accouchement prématuré ;
  • +191 % de risque de mortalité infantile durant la première année

Dans un article paru sur le site The Conversation, les auteurs ajoutent : "En examinant les cas présentant les poids à la naissance les plus faibles et les naissances prématurées les plus précoces, nous avons constaté que les femmes qui s'approvisionnaient en eau dans des puits situés en aval des sources de PFAS avaient 180 % plus de risques d'accoucher d'un enfant pesant moins de 1 000 grammes et 168 % plus de risques d'accoucher avant 28 semaines que celles qui s'approvisionnaient dans des puits situés en amont."  Sur 100 000 naissances, cela représenterait environ 607 naissances supplémentaires avec un poids extrêmement faible et 466 naissances prématurées supplémentaires (10).

Face à ces constats, les auteurs recommandent vivement aux femmes enceintes de filtrer leur eau en cas de suspicion de contamination. "Le traitement efficace pour éliminer les PFAS de l'eau fait l'objet de recherches continues, mais les PFAS à longue chaîne que nous avons étudiés peuvent être éliminés de l'eau à l'aide de filtres à charbon actif, soit au niveau des services publics, soit à l'intérieur des habitations," concluent-ils.

Les PFAS fragilisent les os des adolescents

Une étude de l’Université de Caroline du Nord a mesuré les taux sanguins de PFAS chez 218 adolescents à plusieurs stades de leur développement (naissance, 3, 8 et 12 ans), puis leur densité osseuse à 12 ans (11). Résultat : des niveaux élevés de PFOA (un type de PFAS) sont associés à une densité osseuse de l’avant-bras plus faible. Les associations entre PFAS et densité osseuse réduite étaient plus marquées chez les filles que chez les garçons. L’adolescence étant une période clé pour la constitution du capital osseux, ces contaminations pourraient augmenter le risque d’ostéoporose et de fractures à long terme.

La réglementation sur les PFAS

Au niveau international, la convention de Stockholm encadre depuis 2001 certains polluants organiques persistants, dont plusieurs PFAS. Le PFOS est fortement restreint depuis 2009, avec des usages limités à quelques applications industrielles ou médicales spécifiques, tandis que le PFOA est interdit depuis 2020, sauf exemptions. L’intégration prochaine du PFHxS et de ses dérivés dans la convention est à l’étude.

En Europe, les PFAS sont identifiés comme prioritaires dans la stratégie chimique de l’UE. Une restriction globale, portée par cinq États membres, a été déposée en 2023 dans le cadre du règlement de REACH afin d’interdire la fabrication et la mise sur le marché des PFAS, avec des dérogations temporaires selon les usages. Cette initiative complète une proposition ciblant les mousses anti-incendie. En septembre 2024, l’UE a également restreint le PFHxA dans les textiles, emballages alimentaires, cosmétiques, sprays imperméabilisants et certaines mousses anti-incendie.

Concernant l’eau potable, la directive européenne 2020/2184 du 16 décembre 2020 fixe une limite de 0,1 µg/L pour la somme de 20 PFAS et de 0,5 µg/L pour les PFAS totaux. En France, ces seuils s’appliquent depuis 2023, avec un contrôle sanitaire systématique prévu à partir de 2026. Le PFOS est par ailleurs surveillé dans les eaux de surface et souterraines.

Dans l’alimentation, quatre PFAS sont réglementés depuis 2023 dans certaines denrées animales (poissons, mollusques, crustacés, œufs, viande et abats d’animaux de boucherie, de volailles et de gibier), tandis que des programmes européens de surveillance sont en cours. Enfin, la loi française de février 2025 prévoit l’interdiction des PFAS dans les cosmétiques, les farts et la majorité des textiles à partir de 2026.

Comment filtrer les PFAS de l'eau ?

Même si certains PFAS sont désormais interdits, les pollutions passées persistent dans les sols et les nappes phréatiques. La question du traitement de l'eau potable est donc primordiale, particulièrement pour les personnes vivant à proximité de sites industriels.

Une étude de l'université d'État de Caroline du Nord a évalué l'efficacité de différents dispositifs de filtration domestique (12). « Tous les filtres sous évier à double étage et à osmose inverse testés ont montré une élimination presque complète de tous les PFAS évalués, disent ces chercheurs. En revanche, tous les autres filtres contenant du charbon actif ont présenté une élimination variable des PFAS. »

L'efficacité dépend également de la longueur des molécules : les PFAS à longue chaîne sont mieux éliminés (60 à 70 %) que ceux à courte chaîne (environ 40 %). Les systèmes d'osmose inverse et les filtres doubles installés sous les éviers (combinant filtres mécaniques et à charbon actif) apparaissent donc comme les dispositifs les plus efficaces pour éliminer les PFAS de l'eau du robinet.

Limiter son exposition au quotidien

Quelques gestes simples permettent de réduire son exposition aux PFAS.

  • Privilégier les ustensiles de cuisine en inox, fonte ou céramique plutôt que les revêtements antiadhésifs.
  • Éviter les emballages alimentaires traités (sachets de fast-food, cartons à pizza, pop-corn micro-ondes).
  • Choisir des cosmétiques sans PFAS.
  • Privilégier les textiles non traités ou certifiés exempts de PFAS.
  • Filtrer l'eau du robinet, en particulier pour les femmes enceintes et les jeunes enfants

Bien que ces mesures individuelles ne suffisent pas à éliminer totalement l'exposition compte tenu de la contamination environnementale généralisée, elles permettent d'en réduire les sources.

Pour aller plus loin : Toxiques - La solution

  1. EFSA. Risk to human health related to the presence of perfluoroalkyl substances in food. EFSA Journal. 2020.
  2. Schaider et al. Fluorinated Compounds in U.S. Fast Food Packaging. Environmental Science & Technology Letters. 2017.
  3. Susmann et al. Dietary Habits Related to Food Packaging and Population Exposure to PFASs. Environ Health Perspect. 2019.
  4. Barry et al. Perfluorooctanoic Acid (PFOA) Exposures and Incident Cancers among Adults Living Near a Chemical Plant. Environ Health Perspect. 2013.
  5. Wang et al. The effects of perfluoroalkyl and polyfluoroalkyl substances on female fertility: A systematic review and meta-analysis. Environmental Research. 2023.
  6. Li et al. Association between Perfluoroalkyl Substances in Follicular Fluid and Polycystic Ovary Syndrome in Infertile Women. Toxics. 2024.
  7. Hampson et al. The potential mediating role of the gut microbiome and metabolites in the association between PFAS and kidney function in young adults: A proof-of-concept study. Science of The Total Environment. 2024.
  8. Abrams. USC study finds link between PFAS, kidney function and gut health. Keck School of Médicine of USC. 2024.
  9. Baluja et al. PFAS-contaminated drinking water harms infants. PNAS. 8 décembre 2025.
  10. Lemoine et al. PFAS in pregnant women’s drinking water puts their babies at higher risk, study finds. The Conversation. 2025.
  11. Buckley et al. Per- and polyfluoroalkyl substances and adolescent bone mineral density: assessing periods of susceptibility. Journal of the Endocrine Society. 2026.
  12. Herkert et al. Assessing the Effectiveness of Point-of-Use Residential Drinking Water Filters for Perfluoroalkyl Substances (PFASs). Environmental Science & Technology Letters. 2020.

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