La supplémentation en vitamine D et en calcium figure parmi les conseils les plus répandus pour prévenir les fractures liées à l'âge. Une grande méta-analyse publiée en mai 2026 remet en question cette recommandation de masse.
En mai 2026, une équipe canadienne a publié dans BMJ une revue des données disponibles sur la supplémentation en calcium et en vitamine D pour prévenir les fractures et les chutes chez les personnes âgées. Les chercheurs ont analysé 69 essais contrôlés randomisés portant sur 153 902 adultes. Ces études comparaient des compléments alimentaires à base de calcium, de vitamine D ou une association des deux à un placebo ou à l’absence de traitement.
Concernant le calcium seul, les chercheurs n’ont constaté qu’une réduction minime, voire nulle, du nombre de fractures ou de chutes. Il en allait de même pour la vitamine D prise seule. « Même parmi les études portant sur des dizaines de milliers de participants, la supplémentation en vitamine D n’a montré pratiquement aucune différence en termes de risque de fracture par rapport à l’absence totale de traitement », commente Prasad Nishtala, maître de conférences en pharmacoépidémiologie à l’université de Bath, sur le site The Conversation.
En ce qui concerne la prise conjointe de calcium et de vitamine D, cette supplémentation combinée était associée à une légère réduction de certains types de fractures. Mais ces bénéfices restaient extrêmement modestes. « Par exemple, la réduction du nombre global de fractures était d’environ une fracture de moins pour 100 personnes prenant des compléments », explique le Dr Nishtala.
Les auteurs concluent que ces résultats « ne soutiennent pas la supplémentation systématique en calcium ou en vitamine D, séparément ou en association, pour prévenir les fractures et les chutes ». Ils appellent les cliniciens et les agences de santé à réévaluer leurs recommandations générales.
Vers une complémentation personnalisée
Pour la professeure Emma Duncan, spécialiste en endocrinologie clinique au King's College de Londres, la méta-analyse est cohérente avec les travaux antérieurs. Elle salue la démarche des auteurs, qui privilégient une approche personnalisée de la complémentation : « Ce document aidera les patients et leurs médecins à adopter une approche plus nuancée et personnalisée pour déterminer si le calcium et la vitamine D présentent un intérêt clinique individuel pour chaque personne. »
La nouvelle méta-analyse du BMJ confirme une tendance que la littérature scientifique dessinait déjà depuis plusieurs années. Dans Le secret des os solides, Thierry Souccar résume ainsi l’état des connaissances : « Les études examinant les effets de la supplémentation en vitamine D seule sur le risque de fractures chez des personnes âgées et/ou ostéoporotiques ont donné des résultats contradictoires. Dans plusieurs études, le risque de fractures ne semble pas être influencé par la prise de vitamine D seule. »
En revanche, la combinaison des deux micronutriments peut avoir un effet dans certains contextes. « La prise de suppléments combinant calcium et vitamine D réduit l'hyperparathyroïdie secondaire et diminue le risque de fracture chez des femmes âgées de moins de 80 ans, un effet particulièrement marqué chez celles vivant en maison de retraite. » Ce sont précisément ces populations, institutionnalisées, que la méta-analyse du BMJ a exclu de son analyse.
La vitamine D reste utile en cas de carence
La méta-analyse porte sur des personnes âgées vivant à domicile. Les auteurs reconnaissent une autre faiblesse de leur étude : beaucoup d’essais cliniques ont recruté des participants ne présentant pas de risque élevé de fractures ou de chutes, et dont les taux de vitamine D de référence étaient souvent normaux.
Or, comme l’explique Thierry Souccar,« la supplémentation en vitamine D peut réduire les chutes lorsqu'on manque de vitamine D. » Ainsi, une revue Cochrane a trouvé une réduction de 43 % du risque de chutes dans deux études où les participants avaient des niveaux initiaux bas de vitamine D.
En France, près de 80 % des adultes présentent un taux sérique inférieur à 75 nmol/L (seuil considéré comme un niveau suffisant par l’Endocrine Society). La carence est encore plus fréquente en hiver en métropole, car la synthèse cutanée de vitamine D est très faible de novembre à mars. Certaines populations cumulent les facteurs de risque : personnes de plus de 60 ans (dont la peau synthétise moins de vitamine D qu'une personne jeune), personnes en surpoids ou obèses (la vitamine D reste stockée dans les graisses), peau pigmentée.
Et le calcium ?
Le calcium est le minéral le plus abondant de l’organisme : 99 % se trouve dans le squelette, où il assure la minéralisation et la rigidité osseuse. Un déficit peut compromettre la santé osseuse mais les suppléments de calcium seuls ne réduisent pas le risque de fractures. En cas de prescription médicale, le citrate de calcium est mieux absorbé que le carbonate, en particulier chez les personnes prenant des inhibiteurs de la pompe à protons.
Les sources alimentaires de calcium sont nombreuses : produits laitiers, mais aussi légumes crucifères (chou chinois, brocoli, chou frisé), sardines en boîte, amandes, haricots blancs, tofu, et eaux minérales calciques. Parmi les eaux calciques, Hépar (555 mg/L), Courmayeur (517 mg/L) ou Contrex (468 mg/L) permettent des apports substantiels.
En pratique : comment se complémenter en vitamine D
La nouvelle méta-analyse du BMJ plaide plus pour une supplémentation personnalisée que systématique. Il est donc préférable de savoir si on est carencé en vitamine D, grâce à un dosage de son taux sanguin, avant de décider de se complémenter. En France, la grande majorité des adultes n’a pas un niveau suffisant de vitamine D, surtout en hiver.
Pour une supplémentation, optez pour la vitamine D3 qui possède une activité biologique supérieure à celle de la D2.
L'administration quotidienne est préférable aux doses ponctuelles élevées.
Quant aux doses nécessaires pour maintenir un taux sérique supérieur à 30 ng/mL (75 nmol/L), le seuil recommandé par l'Endocrine Society, elles sont souvent supérieures aux apports officiels : entre 1 500 et 2 000 UI par jour selon le contexte, contre les 600 UI préconisées par les autorités françaises.
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