Statines : comment les laboratoires ont enjolivé les résultats

Par Juliette Pouyat Publié le 02/03/2015 Mis à jour le 10/03/2017
Les études financées par l'industrie ont amplifié l’efficacité de ces médicaments anticholestérol par une approche statistique trompeuse. Et minimisé les effets secondaires.

Selon une nouvelle étude parue dans la revue Expert Review of Clinical Pharmacology, les statines, médicaments anti-cholestérol prescrits pour prévenir les infarctus, ne sont pas aussi efficaces ni sûrs que ce que l’on a voulu nous faire croire. Selon les auteurs de l’étude, la « tromperie statistique » a été utilisée pour exagérer l’efficacité des statines et leurs effets secondaires ont été minimisés. But : prescrire toujours plus.

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« Présentés comme des médicaments miracles à leur arrivée sur le marché il y a environ 20 ans, les statines permettent de réduire le taux de cholestérol mais ces médicaments n’ont pas prouvé leur efficacité pour améliorer la santé cardiovasculaire » expliquent les auteurs de l’étude. Selon eux, de nombreuses études qui vantent les mérites des statines ont non seulement omis de mentionner leurs nombreux effets secondaires graves mais ont également utilisé la « tromperie statistique » pour exagérer l’efficacité des statines dans la prévention des AVC, des crises cardiaques et des décès liés aux maladies du cœur.

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Cet article - une analyse des publications sur les statines- a conduit les deux chercheurs à la conclusion que « les partisans des statines ont utilisé une approche statistique trompeuse pour créer l’illusion que les statines sont des « super médicaments » alors qu’en réalité leurs bénéfices modestes sont plus que compensés par leurs effets indésirables ». Selon les auteurs, plusieurs études ont ainsi exagéré les résultats des statines notamment the Jupiter Trial (Crestor), the Anglo-Scandinavian Cardiac Outcomes Trial Lipid Lowering Arm (ASCOT-LLA), and the British Heart Protection Study.

Dans ces études, la présentation des résultats par les chercheurs – qui utilisent le risque relatif en statistique- laisse penser que les statines ont un bénéfice sur 30 à 50% de la population alors qu’en réalité les statines n’ont un bénéfice que sur 1% des personnes qui en prennent (risque absolu). Selon les 2 auteurs de l’étude, l’étude Jupiter par exemple suggère que les statines permettraient une réduction des crises cardiaques de 54% alors que l’effet réel des statines sur la réduction des incidents coronariens est inférieur à un point de pourcentage. Cela signifie qu'il faudrait donner des statines à 100 personnes pour espérer éviter un seul cas d'infarctus (un résultat bien inférieur à ce qui peut être obtenu par un simple changement de mode de vie).

« La présentation de l’efficacité exagérée des statines et le fait d’avoir minimisé les effets secondaires ont joué un rôle chez les fournisseurs de soins et dans l’enthousiasme du public pour les médicaments anti-cholestérol » disent les auteurs. « Les effets indésirables subis par les personnes qui prennent des statines sont plus fréquents que ce qui est rapporté dans les médias et aux conférences médicales ». Selon les auteurs, « les taux accrus de cancer, de cataracte, de diabète, de déficiences cognitives et de troubles musculo-squelettiques ont plus que compensé les bénéfices cardiovasculaires modestes du traitement par statines ».

Les auteurs soulignent que les faibles taux de cholestérol induits par les statines ont souvent été associés à un risque accru de cancer. Cependant, la durée des études sur les statines –le plus souvent entre 2 et 5 ans- est trop courte pour voir la plupart des cancers se développer. Néanmoins, les études ont montré une plus grande incidence des cancers chez les personnes qui prennent des statines et une étude menée sur le long terme a rapporté une augmentation spectaculaire de l’incidence des cancers du sein chez des femmes ayant pris des statines pendant plus de 10 ans. Pour les deux auteurs de l’article, le grand public doit se méfier des conflits d’intérêt dans la communauté médicale et l’industrie pharmaceutique lorsqu’il s’agit de vanter les bienfaits des statines…

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Les auteurs soulignent que d’autres stratégies – non-médicamenteuses- peuvent être mises en place pour réduire le risque cardiovasculaire : arrêt du tabac, contrôle du poids, pratique de l’exercice physique et réduction du stress. Ils mettent également en avant les bons résultats obtenus avec un régime pauvre en glucides pour normaliser les marqueurs du risque cardiovasculaire, particulièrement chez les personnes souffrant de diabète de type 2.

A découvrir : Prévenir l'infarctus du Dr Michel de Lorgeril et Patricia Salen (lire un extrait ICI  >>)

Sources

David M Diamond, Uffe Ravnskov. How statistical deception created the appearance that statins are safe and effective in primary and secondary prevention of cardiovascular disease. Expert Review of Clinical Pharmacology, 2015; 8 (2): 201 DOI: 10.1586/17512433.2015.1012494

University of South Florida (USF Health). "Safety, life-saving efficacy of statins have been exaggerated, says scientist." ScienceDaily. ScienceDaily, 20 February 2015. <www.sciencedaily.com/releases/2015/02/150220110850.htm>.

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