Toxicité du maïs OGM : les soupçons sont-ils fondés ?

Les OGM sont sur le devant de la scène depuis la publication mardi 13 mars d’une étude concluant à la toxicité d’un maïs génétiquement modifié. Faut-il s’inquiéter de ces résultats ? Des éléments de réponse avec le toxicologue Jean-François Narbonne.

C’est un maïs génétiquement modifié pour résister aux attaques d’un insecte ravageur, la pyrale. Nom de code : MON 863. Cet OGM conçu par la firme Monsanto ranime le débat sur la toxicité des plantes transgéniques. Motif : une étude publiée dans la revue Archives of Environmental Contamination and toxicology suggère que ce maïs pourrait être toxique pour le foie et les reins.

Petit retour en arrière. En 2004, pour obtenir l'homologation de son maïs, Monsanto commande une étude toxicologique sur 400 rats qui seront nourris pendant 90 jours avec le fameux maïs MON 863. Les résultats de cette étude sont publiés en août 2005 par Food and Toxical Toxicology. Ces résultat concluent déjà à des variations de paramètres biologiques entre les animaux nourris au maïs MON 863 et ceux qui mangent son isomère, la variété d’origine non modifiée génétiquement. Les experts concluent alors que ces différences relèvent d’une variabilité naturelle et le maïs MON 863 est autorisé à la commercialisation.

Des risques pour la santé ?

Mais Greenpeace ne l’entend pas de cette oreille et l'association fait appel à la justice pour pouvoir prendre connaissance des données de cette étude. Cette autorisation leur sera donnée au printemps 2005 par la cour d’appel allemande de Münster. Greenpeace confie alors au Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique, le soin de reprendre toute l’analyse de ces données afin de déterminer si oui ou non le maïs génétiquement modifié peut être dangereux pour la santé. Le chercheur Gilles Eric Séralini, chargé de l’étude, parvient alors à la conclusion que la consommation de MON 863 a des conséquences sur la santé des rats : modification du poids des reins et du foie, du taux de réticulocytes et de triglycérides et modification de la chimie urinaire avec des réductions de sodium et de phosphore allant jusqu’à 35 %.

Pr Jen-François NarbonnePeut-on en déduire que ce maïs est dangereux pour la santé ? « Pas si simple, répond le toxicologue Jean-François Narbonne. Au-delà du débat sur la toxicité des OGM, la polémique autour de ce maïs révèle un vrai problème de fond sur l’évaluation de ces plantes transgéniques ». Comment fait-on pour décréter qu'un OGM est toxique pour la santé ? D’une part, on teste séparément l’innocuité de la molécule d’intérêt nouvellement produite par la plante. Par exemple ici la molécule qui confère au maïs sa résistance à la pyrale est extraite et évaluée grâce à un test toxicologique classique - on administre différentes doses de la substance à des animaux et on regarde ses effets.  Mais s’agissant de plantes génétiquement modifiées, les chercheurs sont également amenés à tester la plante dans son intégralité. En effet, comment être sûr que la manipulation qui permet de produire la substance permettant de résister à tel insecte n’a pas en même temps permis à la plante de synthétiser une nouvelle molécule qui, elle, pourrait être toxique ?

Pour le savoir, les aliments comme ce maïs sont évalués suivant les mêmes protocoles que n’importe quel produit chimique. Et c’est bien là que le bât blesse pour le toxicologue. « Ces tests sont inapplicables aux aliments ! Ne serait-ce que parce qu’on ne peut pas administrer à un animal des doses supérieures à ce qu’il peut manger… Par ailleurs ces tests induisent des déséquilibres nutritionnels qui risquent de fausser les analyses. » Oui, mais lorsqu’on compare deux groupes de rats nourris soit avec le maïs transgénique soit avec son isomère, on peut tout de même en tirer des conclusions ? « Pas si évident, met en garde le Pr Narbonne. En effet il peut exister des variabilités entre le groupe nourri avec l’OGM, le groupe nourri avec le maïs d’origine et le groupe nourri avec un régime normal qui peuvent aller jusqu’à 20 % sans forcement être significatives. » Dans le cas du maïs MON 863, les chercheurs révèlent jusqu’à 35 % de différences par exemple sur l’excrétion du sodium et du phosphore, c’est significatif ça ? « Ça peut l’être, répond le toxicologue… tout comme ça peut ne pas l’être. »

Des tests toxicologiques obsolètes !

Pour Jean-François Narbonne il est impossible de se prononcer sur la toxicité du fameux MON 863 sans avoir analysé l’ensemble des résultats. « Non seulement les protocoles de test sont complètement obsolètes, mais en plus le choix de l’outil statistique à utiliser pour analyser les résultats peut conduire à des interprétations totalement différentesSi on rajoute le fait que les modèles animaux comme le rat ne se prêtent pas forcément à une extrapolation à l’homme, on comprend encore mieux que cette problématique des tests toxicologiques est la porte ouverte à des situations polémiques comme celle que l’on rencontre aujourd’hui avec le maïs MON 863 », souligne le chercheur. Le principe du test lui-même étant soumis à discussion, comment dès lors ne pas se perdre en discussion sur les résultats de ce fameux test ?

Alors comment savoir avec certitude si un aliment génétiquement modifié est toxique pour la santé ? Pour Jean-François Narbonne c’est une évidence : « il faut abandonner les tests toxicologiques des années 50 qui sont complètement obsolètes, et enfin utiliser d’autres méthodes fiables pour permettre aux toxicologues de répondre à ces questions ». A bon entendeur…

  • Version actuelle le 23/03/2021
    Mise à jour par Collectif laNutrition
  • le 14/03/2007
    Publication par Collectif LaNutrition.fr Journalistes scientifiques et diététiciennes

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