Santé, mensonges et propagande

Par Lanutrition.fr Publié le 09/05/2006 Mis à jour le 21/11/2017
 

Nous avons fait un mauvais rêve.

L'industrie agroalimentaire poussait dans les assiettes de nos enfants des aliments soupçonnés depuis des années de conduire à l'obésité, au diabète, aux maladies cardiovasculaires et même au cancer.
Elle sponsorisait les scientifiques chargés par le gouvernement de nous dire ce qu'il faut manger.
Nos enfants étaient encouragés par la classe politique à consommer des aliments pour en écouler les surplus.

Des recommandations alimentaires qui auraient pu sauver des milliers de vie étaient étouffées pour satisfaire aux intérêts économiques de quelques multinationales.

Des agences gouvernementales de sécurité sanitaire interdisaient à des malades du sida l'accès à des produits nécessaires à leur survie.

Le gouvernement menaçait de prison des médecins et des commerçants pour avoir vendu des vitamines pourtant indispensables à la santé.

Des Antillais se voyaient interdire l'usage des plantes médicinales qui poussent sur leur île, en vertu de vieilles dispositions esclavagistes.

Sauf que ce n'est pas un mauvais rêve, mais la situation de notre beau pays telle que nous l'avons découverte au terme de trois années d'enquête, et telle que nous vous la restituons dans les pages qui suivent.

Mais disons d'abord ceci : nous sommes fatigués de souligner les dérapages de notre système sanitaire. Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous avons entrepris au printemps 2002 l'écriture de ce livre, qui représente autant de jours et de soirées soustraits à nos proches.

Nous y avons été contraints par une sorte d'obligation morale face aux graves disfonctionnements que nous avons rencontrés, et aussi parce que nous avons la chance de disposer de tribunes médiatiques et de regards complémentaires sur le système de santé. Qu'on le veuille ou non, nous étions idéalement placés pour accomplir ce travail. Alors nous l'avons fait.

Quelques exemples de ce que nous avons trouvé ?

Les avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) revêtent parfois des contenus tellement aberrants qu'on se demande dans quelles circonstances ils ont bien pu être rédigés.

Parfois, ce qui plus grave encore, des avis ou des rapports sont rendus dans des conditions qui rappellent plus un procès inquisitorial qu'un débat équilibré mené dans la transparence.
Ou encore ceci : un petit groupe de médecins et de chercheurs issus du même creuset est en charge de la nutrition " officielle " française. Ce petit groupe entretient pourtant les meilleures relations avec quelques poids lourds de l'agroalimentaire.

Ces scientifiques, qui se font parfois le relais de messages douteux avec la bénédiction des ministères et des agences gouvernementales, constituent une menace pour l'équilibre de l'information à laquelle tous les Français ont droit.

Pour autant, on aurait tort de voir en ce livre une attaque en règle contre l'industrie et les experts avec lesquels elle collabore. Nous ne sommes pas choqués que l'industrie finance les études de chercheurs français. Un très grand nombre d'unités de recherche dépendent, pour leur développement, de ces fonds privés. Nous ne sommes pas plus choqués que l'industrie enrôle ces mêmes scientifiques et experts pour cautionner ses messages comme c'est le cas chaque jour dans les salons et les congrès médicaux, les conférences de presse, les médias et même la publicité, mais à trois réserves près.

D'abord, restons vigilants sur les résultats des études sponsorisées. Il est établi que les chercheurs dont l'étude est financée par des intérêts privés sont quatre fois plus enclins à publier des résultats favorables à leur sponsor que lorsque le financement est indépendant. (1) Plus de mille articles scientifiques ont été décortiqués pour parvenir à cette conclusion.

Ensuite, exigeons des agences de publicité dont le métier est de promouvoir les produits alimentaires une communication véritablement éthique, comme nous devons l'exiger des experts qui collaborent avec ces agences. Comment accepter qu'une friandise au chocolat soit présentée comme un aliment santé de l'enfant sous le prétexte qu'elle contient du lait en poudre ?

Enfin, il est anormal que la collaboration entre experts et industries se poursuive lorsque ces mêmes experts sont amenés à formuler des recommandations officielles concernant la santé de tous. Il est anormal que ces recommandations soient directement ou indirectement influencées par les liens tissés de longue date avec tel groupe industriel ou telle organisation corporatiste. Il est anormal que le grand public ne soit pas tenu informé de ces liens, d'autant que les conseils de " bonne santé " sont parfois, on le verra, si peu soutenus par la recherche qu'ils risquent de faire le lit de l'obésité, du diabète et d'autres maladies chroniques.

Ce livre plaide pour une remise en cause aussi bien de certains messages nutritionnels que du système français d'expertise scientifique. D'autres pays, qui nous ont précédé dans cette démarche, nous y encouragent.

En octobre 2003, le Sénat des États-Unis a commencé l'audition de spécialistes de la nutrition qui réclament une refonte en profondeur des recommandations nutritionnelles en cours dans ce pays et de l'organisme qui les a établies. Parmi ces experts figure le professeur Walter Willett (université Harvard, Boston, Massachusetts), auquel ce livre doit beaucoup et qui depuis le début de l'année 2003 n'a pas ménagé ses critiques à l'encontre des conseils alimentaires en cours.

Aux États-Unis comme en France, ces conseils visent à augmenter la consommation de céréales et de féculents et à diminuer celle des graisses. Ce type de recommandation serait, selon le professeur Willett, responsable de l'épidémie d'obésité qui affecte les pays développés. "Lorsqu'on regarde certaines de ces recommandations, a déclaré Walter Willett aux sénateurs, on a l'impression que ceux qui les ont formulées ont oublié qu'on nourrit des hommes, pas des chevaux."

Le sénateur Peter Fitzgerald, représentant républicain de l'Illinois, souhaite faire voter un texte qui retirera au ministère de l'Agriculture des États-Unis la responsabilité des recommandations nutritionnelles. Le ministère de l'Agriculture soutient en effet les producteurs de céréales, de lait et de sucre, ce qui, selon le sénateur, conduit à un conflit d'intérêts. "Donner au ministère de l'Agriculture la mission d'édicter des conseils nutritionnels, estime Peter Fitzgerald, c'est un peu comme donner au renard la mission de diriger le poulailler."

Santé, mensonges et propagande à découvrir en France qui dirige le poulailler…

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