La biochimie du stress

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 15/05/2006 Mis à jour le 17/02/2017
C'est à Hans Selye que l'on doit d'avoir élucidé les mécanismes du stress et ses trois phases bien distinctes. Le stress, un processus physiologique qui nous protège, mais qui peut aussi nous user. Comprendre, c'est déjà s'adapter !

Au départ, le stress n'est rien d'autre qu'un cadeau de la nature. Biologiquement parlant, il s'agit d'un mécanisme complexe qui rendait nos lointains ancêtres capables de réagir à une situation nouvelle par le combat ou la fuite. Sans lui, la race humaine aurait probablement disparu. Le stress est la forme qu'utilise l'organisme pour mobiliser l'énergie emmagasinée et la rendre immédiatement disponible, qu'il s'agisse de dévaler les escaliers du métro avant que la rame ne s'ébranle, ou de prendre la parole en public. Le stress vous permet tout simplement de faire face ou de vous adapter aux innombrables demandes de l'existence.

Les connaissances actuelles sur le stress sont très largement nourries des travaux et des recherches du docteur Hans Selye, qui se passionna pour ce phénomène dès les années 20 et publia en 1956 le célèbre livre The Stress of Life. Pour Selye, le stress agit en trois phases, selon un modèle qu'il baptisa Syndrome d'adaptation général (GAS). Les trois phases du GAS sont successivement : 1. l'alarme, 2. la résistance, 3. la récupération.

Chacun d'entre nous connaît bien les symptômes de la phase 1, dite d'alarme : respiration et pouls accélérés, bien sûr, mais aussi transpiration abondante (paumes moites en particulier). Le facteur de stress peut être psychologique tout autant que physique (chute, virus, intoxication alimentaire, coup de froid...).

Pourquoi ces symptômes ? Le responsable s'appelle hypothalamus, une glande de petite taille qui se trouve à la base du cerveau. Là se trouve le centre de contrôle d'un grand nombre de mécanismes inconscients : température corporelle, rythme cardiaque, respiration, tension artérielle. Par exemple, l'hypothalamus maintient la température dans une fourchette constante en déclenchant la sudation lorsque la chaleur est excessive et les frissons (chair de poule) dans le cas contraire. L'hypothalamus est une sorte de chef d'orchestre, chargé de préserver l'intégrité de l'organisme qui l'abrite.

Lorsque vous percevez un facteur de stress, des impulsions nerveuses stimulent l'hypothalamus. Cette glande adresse à son tour des messages tant à l'hypophyse qu'aux glandes surrénales. Selye a montré que divers types de stress (exposition au froid, blessure) provoquaient chez les animaux une série de réponses stéréotypées : augmentation du volume des glandes surrénales, diminution du volume du foie et de la rate, perte de graisses, baisse de la température corporelle, apparition d'ulcères.

Ces manifestations sont dues à un afflux d'hormones dans le sang et dans les terminaisons nerveuses : adrénaline dans un premier temps, puis cortisol. Les effets de l'adrénaline sont les plus perceptibles : augmentation du rythme cardiaque, augmentation de la pression sanguine, relaxation des muscles digestifs et ralentissement de la digestion (voilà pourquoi des douleurs gastriques peuvent apparaître lorsque l'on tente de se nourrir en situation de stress), relaxation des muscles respiratoires (et bronchodilatation, ce qui explique l'emploi de dérivés dans le traitement de l'asthme), contraction du muscle radial de l'iris (d'où dilatation de la pupille, et meilleure accommodation de la vision éloignée). Toutes ces manifestations sont bien caractéristiques d'un état d'alerte, au cours duquel les sens sont en éveil maximal et l'organisme prêt à l'action.

 

Quand le corps se met dans le "rouge"

La phase 2, ou phase de résistance/vigilance, est censée permettre au corps de s'adapter à la situation à laquelle il vient d'être confronté. L'organisme agit comme si sa survie même était menacée. Cette phase se prolonge aussi longtemps qu'une action ou une réaction sont jugées nécessaires (une appréciation qui dépend largement de facteurs psychologiques).

Au cours de la phase 2, l'organisme se met «dans le rouge». Comme c'est le cas dans la dépression essentielle (1), la sécrétion de corticotrophine (ACTH) par la glande pituitaire augmente, ce qui déclenche la sécrétion par les glandes surrénales de corticostéroïdes comme le cortisol (2). D'autres hormones, telles l'hormone de croissance (hGH)(3) ou les hormones thyroïdiennes (4), voient aussi leur production s'élever.

Il s'ensuit une cascade de réactions physiologiques. Le système cardiovasculaire est sévèrement mis à contribution : la tension artérielle grimpe, le sang quitte les régions périphériques pour affluer vers les organes essentiels, cœur, poumons et foie (c'est la raison pour laquelle la peau devient pâle après un choc physique ou émotionnel). Le sang quitte aussi certaines régions du cerveau, ce qui affecte la capacité de jugement et de concentration. Le foie maintient un niveau élevé de sucre sanguin en pompant littéralement sur les protéines des tissus musculaires et osseux. La production d'hormones sexuelles comme la testostérone est réprimée (afin de ne pas «gaspiller» de précieuse énergie). Le système immunitaire est déprimé par la sécrétion de cortisol, ce qui rend l'organisme moins résistant aux infections.

Pour cette raison, et par suite de la tension extrême que nous faisons peser sur nos organes clés, dont le cœur, c'est bien au cours de la phase 2 que nous sommes les plus vulnérables. Malheureusement, nombreux sont ceux qui restent dans cette phase de résistance bien après que le challenge auquel ils étaient confrontés fut passé. Les chefs d'entreprise, les policiers, les pilotes de ligne sont coutumiers des séjours prolongés en phase 2. Incapables de se relaxer, certains sont en permanence sur la brèche, qu'ils le veulent ou non.

Mais les «accros» ne sont pas seuls à être concernés par la phase 2. L'entreprise est un lieu où les séjours en phase de résistance sont fréquents. L'ampleur des licenciements et la manière dont ils sont décidés ont donné au personnel l'impression d'être trahi, d'être incapable de prévoir quand et pourquoi une nouvelle «restructuration» aurait lieu. D'un environnement sûr, on est passé à un environnement incertain, et le stress a augmenté. Résultat : des millions de travailleurs vivent en permanence en phase de résistance. Eric Albert, cofondateur de l'Institut français de l'anxiété et du stress met lui en cause le fonctionnement interne de l'entreprise : «Un cadre est dérangé en moyenne toutes les 7 minutes. On lui demande de zapper en permanence entre la poursuite des objectifs à moyen et long terme et la réponse à l'urgence (5).» Les gros consommateurs de café, de nicotine, voire de cocaïne, font appel à ces stimulants pour prolonger la phase de résistance bien après que leur organisme a dit «assez».

 

Relâchement en phase 3

La phase 3 commence au moment où vous avez le sentiment que la situation stressante a disparu. Le corps saisit cette opportunité pour se détendre et récupérer. Les sécrétions hormonales diminuent, le sang reflue vers la périphérie, le système digestif et le cerveau. C'est typiquement le relâchement que l'on ressent après avoir fait l'amour, l'acte sexuel étant lui aussi stressant. De longs séjours en phase 2 nécessitent de longues périodes de récupération. Dans la réalité, combien sommes-nous à respecter cette alternance ? Un adulte sur deux ne dort pas suffisamment. Ceux d'entre nous qui ont du mal à se relaxer après une expérience stressante, ceux qui font des séjours prolongés en phase de résistance, ont recours à des drogues diverses : alcool, anxiolytiques, pour favoriser le passage à la phase de récupération. Ainsi, 20 % de la population française consomme-t-elle des calmants. Ne pas savoir couper le «thermostat» du stress, c'est gaspiller de l'énergie en vain, une énergie qui manquera cruellement au moment où l'on en aura réellement besoin. Plus grave, cette permanente mise sous tension affecte certainement à long terme les systèmes immunitaire et cardiovasculaire, ouvrant la voie aux infections et aux troubles cardiaques.

Il existe de nombreuses manières de favoriser le passage à la phase 3. Les effets relaxants du yoga et de la méditation transcendantale sont aujourd'hui bien documentés, ne serait-ce que parce que cette dernière est utilisée régulièrement par les services médicaux de l'armée US, à l'intention des soldats de retour de mission. Les bénéfices sont nombreux : réduction du stress et de l'anxiété, amélioration de l'état psychologique général, réduction de la tension artérielle, diminution de la dépendance (nicotine, caféine, drogues). L'exercice devrait également faire partie de votre arsenal anti-stress. Plusieurs études ont montré que l'exercice, qu'il soit aérobie (vélo, natation, jogging) ou anaérobie (musculation), agissait comme un vaccin contre les formes importantes de stress. L'exercice favorise la sécrétion des catécholamines, noradrénaline et dopamine, de l'hormone de croissance, et inhibe la sécrétion de cortisol. Biochimiquement, ces changements expliquent le mieux-être psychologique que l'on ressent juste après s'être dépensé physiquement.

Enfin, de nombreuses substances permettent à l'organisme de s'adapter au stress, au trac, à l'anxiété. LaNutrition.fr en a dressé la liste et relevé les dosages afficaces, dans un dossier spécial.

 

(1)Sachar, Hellman, Roffwarg, Halpern, Fukushima, Gallagher, Disrupted 24-hour Patterns of Cortisol Secretion in Psychotic Depression, Arch. Gen. Psychiatry, 28 : 19-24, 1973.

(2)Lehnert, Beyer, Hellhammer, Amino Acid Control of Brain Catecholamine Synthesis and Release and Anterior Pituitary Functions, in Endocrine and Nutritional Control of Basic Biological Functions, pp. 175-190, op. cit.

(3)Kant, Lenox, Bunnell, Comparison of Stress Responses in Male and Female Rats : Pituitary Cyclic AMP and Plasma Prolactic Growth Hormone, Psychoneuroendocrynology, 8 : 421-428, 1983.

(4)Langer, Foldes, Kvetnansky, Pituitary-thyroïd Function During Acute Immobilization Stress in Rats, Exp. Clin. Endocrinol., 82 : 51-60,1983.

(5)Entretien avec l'auteur.

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