Georges Mouton : « Les édulcorants affolent les mécanismes physiologiques »

Par Lanutrition.fr Publié le 09/06/2009 Mis à jour le 21/11/2017
Spécialiste de la flore intestinale, le Docteur Georges Mouton est un praticien qui consulte en Belgique, en Espagne et au Royaume-Uni. LaNutrition.fr l’a interrogé pour connaître son avis sur les édulcorants.

LaNutrition.fr : Les édulcorants ont-ils un impact sur la flore intestinale ?

Georges Mouton : Pas tout à fait. Les édulcorants vont plutôt affecter la muqueuse intestinale, qui avec la flore intestinale, constitue l’écosystème intestinal. Mais pour résumer, l’un ne va pas sans l’autre : on ne peut pas avoir une bonne flore intestinale sans bonne muqueuse intestinale.

Comment la muqueuse intestinale va-t-elle réagir à l’ingestion d’édulcorants ?

Les édulcorants sont captés par des récepteurs au goût sucré qui se trouvent dans la muqueuse intestinale. Avant 2007, on ignorait leur existence. On connaissait seulement les récepteurs de la bouche, plus précisément de la langue et du palais, qui rendent possible la perception du goût.

Quel est le rôle de ces récepteurs au goût sucré situés dans la muqueuse intestinale ?

Ils ont deux types de fonctions. Tout d’abord, en détectant l’arrivée du sucre dans l’intestin, ils vont stimuler son absorption. Il s’agit d’un mécanisme physiologique primaire qui permet au genre humain de stocker pour sa survie. Par la suite, les cellules qui hébergent ces récepteurs vont envoyer au cerveau un message de satiété via des hormones peptidiques intestinales. Ainsi lorsque ce message est détecté par le cerveau, on a moins faim et on arrête de manger. Cela permet de créer un équilibre.

Vous êtes donc en train de dire que les édulcorants ont le même effet que le sucre ?

Dans un sens oui. On se déculpabilise à manger des produits édulcorés puisqu’ils n’apportent pas ou peu de calories alors qu’en réalité ils induisent les mêmes réponses physiologiques : le stockage. Ces aliments « lights » sont perçus par les récepteurs au goût sucré, au même titre que les sucres. Ainsi ils n’ont pas la neutralité qu’on leur prête : c’est un fait scientifiquement établi. Par contre, les édulcorants n’apportent pas de calories ce qui trouble le cerveau.

Les édulcorants jouent-ils alors un rôle sur la prise de poids ?

En 2008, des chercheurs ont étudié l’impact sur le poids d’une consommation de sucre par rapport à une consommation d’édulcorants. Résultats : la prise de poids était supérieure dans le groupe qui mangeait des produits édulcorés. Certes ces études ont été menées chez l’homme dans de trop faibles proportions pour être significatives, mais chez le rat elles sont incontestables. Pour interpréter ces résultats, je dirais que prendre des édulcorants fausse le jeu. Cela détruit des équilibres complexes qui font que quand on mange du sucre on se dépense plus et on augmente ses dépenses thermiques. Tous ces mécanismes passent par le centre de la faim, l’hypothalamus, dans lequel les messages sont biaisés : il n’y a pas de calories mais un goût sucré. Cela affole les systèmes et même si on ne connaît pas bien les répercussions que la prise d’édulcorant peut avoir, on sait néanmoins que le résultat est contre-productif.

Les édulcorants sont-ils plus nocifs que les sucres pour notre santé ?

Malgré le fait que la toile de fond scientifique soit incomplète, il semblerait que oui. Par exemple, lorsqu’on avale de l’Orangina light qui contient des édulcorants mais également des glucides issus des fruits, on favorise une plus grande absorption de ces glucides. Et le problème est d’autant plus important lorsque cette boisson est consommée entre les repas : cela va en effet induire une plus grande absorption du sucre au repas suivant. En bref, la consommation d’édulcorants affole les mécanismes qui régulent l’absorption du sucre. Mais soyons clair : je n’incite pas pour autant à privilégier la consommation de sucre, ce qu’il faut c’est diminuer cette addiction au goût sucré.

Il est donc préférable de manger un yaourt sucré qu’un yaourt édulcoré ?

Tout à fait. Premièrement, les produits light sont massivement édulcorés ce qui perturbe l’organisme comme j’ai déjà expliqué. De plus, ils contiennent, en plus des édulcorants, le fructose des fruits et peut-être même du fructose qui n’est pas mentionné sur l’étiquette puisque l’ajout de fructose n’est pas contrôlé. Les édulcorants vont ainsi renforcer le stockage du fructose.

Que pensez-vous du lien entre édulcorants et cancer ?

Une de mes patientes a un cancer des tissus mous généralisé. Elle buvait 3 litres de Coca light par jour. On se demande donc si l’aspartame n’aurait pas joué un rôle dans le développement de son cancer. Nous ne possédons aucune preuve bien sûr, ni même de convictions mais tout de même de sérieux doutes. En tant que cas isolé, il est difficile d’en tirer des leçons.

Les polyols sont ils moins dangereux que les édulcorants intenses artificiels type aspartame ?

Même s’ils restent des édulcorants et qu’ils provoquent les mêmes effets que les autres, les polyols sont plus rassurants car plus naturels. Ce sont des sucres partiellement transformés en glucose, ce qui permettrait peut-être de moins troubler les mécanismes physiologiques. Cela dit, étant donné qu’ils apportent des calories, ils ne sont pas très intéressants pour le côté régime. De plus, on les retrouve généralement dans les chewing-gums qui sont pris entre les repas et qui induisent donc une sollicitation permanente du pancréas. En conséquence, il s’épuisera beaucoup plus rapidement : en quelques années et non en quelques dizaines d’années.

Existe-il des édulcorants mieux que d’autres ?

Je conseille le stevia : consommée en très petite quantité en raison de son pouvoir sucrant très élevé, cette plante n’est pas calorique. A l’heure actuelle, on ne possède pas énormément de données sur cet édulcorant puisque personne ne veut payer des études pour une substance qui n’est pas brevetable mais elle semble tout de même donner entière satisfaction. (NDLR : le stevia n’est pas encore autorisé en France)

Les édulcorants sont toujours autorisés car déclarés inoffensifs par les instances gouvernementales. Qu’en pensez-vous ?

J’ai l’impression que l’histoire des édulcorants est un remake de celle du fructose, en pire puisque le fructose avait au moins l’avantage d’être naturel. Ce qui était au début prometteur devient dangereux. Même si le rôle physiologique des édulcorants n’est pas très clair, les données dont on dispose corroborent ce que l’on peut constater sur le terrain en tant que praticien : une constante augmentation du poids et de l’épidémie d’obésité. Je me méfie du filtrage des informations car je pense qu’il y a d’énormes enjeux économiques dont nous n’avons pas vraiment conscience derrière tout cela. La plupart des édulcorants ne sont pas rassurants sur le plan de la santé à long terme. A mon sens, ils ont une image vraiment douteuse.

Le Docteur Mouton est l'auteur de l'ouvrage "Ecosystème intestinal et santé optimale"

Pour aller plus loin : Soignez le colon irritable naturellement par le Dr. Jacques Médart (lire un extrait ICI  >>)

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