L'histoire d'amour entre la vigne française et les pesticides continue

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 07/09/2016 Mis à jour le 10/03/2017
Trop de pesticides sont utilisés dans les vignes françaises. Avec des risques pour les viticulteurs, les riverains et les consommateurs.

La France est le premier utilisateur de pesticides au sein de l’Union Européenne. La vigne est l’une des activités agricoles qui consomme le plus de pesticides, dont certains cancérogènes. La situation a peu évolué ces dernières années, en dépit de données montrant un risque accru, à commencer par les viticulteurs eux-mêmes et les riverains.

Le Bordelais grand consommateur de pesticides pour ses vignes

D’après la note du ministère de l’agriculture sur le plan Ecophyto, en 2013, les viticulteurs ont fait en moyenne 19 traitements phytopharmaceutiques, avec une grande disparité entre régions : dans le haut du palmarès, le Bordelais, le Languedoc-Roussillon, la Champagne et la Vallée du Rhône sont les plus gros consommateurs.

79 % des traitements étaient des fongicides-bactéricides utilisés pour lutter contre des champignons (à 96% contre le mildiou et l’oïdium) ; 11% des traitements permettaient le désherbage chimique, mais 20% des surfaces n’utilisaient pas d’herbicide. En 2013, le printemps froid et pluvieux a conduit à réaliser deux à trois applications phytopharmaceutiques en plus par rapport à 2010, dans beaucoup de régions viticoles.

Dans le Bordelais, alors que l’usage des herbicides est en baisse, celui des insecticides et des fongicides est en hausse entre 2010 et 2013. Une analyse réalisée par Alternatives Economiques et l’association Générations Futures portant sur dix fongicides du Bordelais a montré que quatre d'entre eux étaient classés par l’OMS comme « cancérogènes possibles » ou « probables », deux comme reprotoxiques et trois sont soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens.

Par comparaison, dans les cultures légumières, le nombre moyen de traitements dépend du type de légumes, allant de 2,7 pour le chou-fleur à 12,1 pour la tomate. Pour l’arboriculture, le nombre de traitements va de 8,5 pour la cerise à 35,1 pour la pomme.

L’utilisation des pesticides peut avoir des conséquences sur la santé des professionnels qui les manipulent mais aussi des habitants. L’exposition aux pesticides augmente les risques de cancers, de maladies neurologiques et de troubles de la reproduction et du développement, comme le montrent les nombreuses études à ce sujet.

Les pesticides augmentent le risque de cancers des agriculteurs

L’équipe de Bertrand Nadel, du Centre d’immunologie de Marseille Luminy, a établi un lien de cause à effet entre l’exposition aux pesticides et certains cancers de sang. Les agriculteurs développent ces types de cancer en plus grand nombre que les autres professionnels. Les chercheurs ont suivi pendant 5 ans 144 agriculteurs exposés aux pesticides. Ils ont tenu compte du fait que les facteurs de risque ne sont pas les mêmes pour tous les agriculteurs. Tout dépend du type de pesticide employé, de la taille des exploitations, du mode d’épandage et des doses utilisées.

Les agriculteurs présentent plus fréquemment une altération chromosomique connue pour être une première étape vers la cancérisation de cellules lymphocytaires. Il s’agit d’une translocation, qui conduit à un échange de portions d'ADN entre les chromosomes 14 et 18. Cette mutation génétique entraîne la surexpression d’un gène responsable de la synthèse d’une protéine inhibant la mort cellulaire. D’où une survie de cellules normalement vouées à mourir.

Dans la population générale, cette anomalie est présente dans moins d’une cellule sur un million. « Les agriculteurs exposés aux pesticides développent dans leur génome 100 à 1000 fois plus de cellules anormales, qui peuvent ensuite éventuellement se transformer en lymphome folliculaire », constate Bertrand Nadel.

L’analyse précise des cellules altérées montre que certaines d’entre elles ont déjà les caractéristiques des cellules du lymphome et pourraient ainsi constituer de réels précurseurs tumoraux.

Les pesticides liés à l’autisme et aux maladies neurodégénératives

Des études d’observation ont déjà rapporté que des facteurs environnementaux, incluant les pesticides, sont liés à l’autisme et aux maladies neuro-dégénératives (Alzeihmer, Parkinson).

Lire : Les 10 produits chimiques en lien avec l'autisme et les troubles neurologiques

Une équipe de chercheurs a décidé de tester plusieurs centaines de produits chimiques sur des cellules, en ne prenant pas uniquement la mort des neurones comme critère mais aussi les différences d'expression des gènes. Les chercheurs ont utilisé des cellules cérébrales de souris, optimisées pour qu’elles réagissent le plus possible comme les cellules cérébrales humaines et notamment comme les cellules du cortex frontal (impliqué dans l’autisme). Ils ont ensuite exposé ces cultures cellulaires à des centaines de produits chimiques communs répandus dans l’environnement et la nourriture. Ils ont mesuré ensuite la différence d’expression de plusieurs milliers de gènes tout en observant l’état des neurones.

Résultats : La roténone, un pesticide déjà associé à la maladie de Parkinson (autrefois autorisé en bio), et certains fongicides comme la pyraclostrobine, la trifloxystrobine, le famoxadone et le fenamidone modifient la transcription de gènes très similaires à ceux que l’on trouve chez les personnes atteints d’autisme et de maladies neuro-dégénératives (maladie d’Alzeihmer et maladie de Huntington), de sclérose en plaque et d’hyperactivité.

Lire : Autisme : une exposition aux pesticides pendant la grossesse augmenterait le risque

Les auteurs insistent particulièrement sur la roténone et la pyraclostrobine. Celle-ci est un fongicide commun utilisé également en tant que régulateur de croissance chez les plantes. D’après les auteurs américains, on le retrouve en quantité importante dans la laitue, les épinards, les pêches ou encore les tomates cerises. Il est également très utilisé sur les pelouses, les céréales et dans les vignes. La roténone est une molécule organique toxique produite par certaines plantes tropicales, c’est donc un insecticide qui fut un temps homologué en culture bio.

A découvrir, le livre de Nathalie Champoux : Etre et ne plus être autiste ou comment une maman a inversé les troubles de ses enfants par un changement alimentaire (bio, sans lait, sans gluten...) (EXTRAIT ICI >>)

Sources

Ecophyto. Note de suivi 2015. Ministère de l’agriculture.

Agopian J, Navarro JM, Gac AC, Lecluse Y, Briand M, Grenot P, Gauduchon P, Ruminy P, Lebailly P, Nadel B, Roulland S. Agricultural pesticide exposure and the molecular connection to lymphomagenesis. J Exp Med. 2009 Jul 6;206(7):1473-83. Epub 2009 Jun 8.

Pearson, Simon, McCoy, Alazar, Fragola, Zylka. "Identification of chemicals that mimic transcriptional changes associated with autism, brain aging and neurodegeneration". Nature Communications. doi:10.1038/ncomms11173

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