Les suppléments de vitamines C et E sans effet sur les maladies cardiovasculaires

Une nouvelle étude américaine remet en question l’idée que des suppléments de vitamines C et E permettent de réduire le risque de maladies cardiovasculaires. Des résultats qui provoquent de vives réactions parmi la communauté scientifique.

Peut-on diminuer le risque de maladies cardiovasculaires en prenant des suppléments de vitamines C et E ? Les études épidémiologiques publiées jusqu’ici suggéraient que c’était le cas. Mais une étude d’intervention américaine n’a pas confirmé ces espoirs.

Les auteurs de cette nouvelle étude ont suivi pendant 10 ans près de 15000 médecins âgés en moyenne d’une cinquantaine d’année. Une partie des patients a reçu un supplément quotidien de 500 mg de vitamine C ou un placebo, une autre partie 400 UI de vitamine E un jour sur deux ou un placebo et un troisième groupe les deux vitamines ou un placebo.

Au terme des 8 années de suivi, les chercheurs n’ont pas trouvé que les suppléments de vitamines réduisent le risque cardiovasculaire. Ils ont observé un risque accru d’accident vasculaire cérébral hémorragique dans le groupe qui prenait la vitamine E.

« Dans cette grande étude menée sur le long terme ni la vitamine C ni la vitamine E n’ont permis de réduire le risque de maladies cardiovasculaires », concluent les auteurs. « Ces données ne permettent pas de conseiller des suppléments de ces vitamines pour éviter les accidents cardiaques. »

L’avis de LaNutrition.fr

 

Cette grande étude a été conduite parce que les études chez l’animal et les études épidémiologiques avaient trouvé des bénéfices à la prise de suppléments antioxydants. Une nouvelle fois, les résultats positifs issus de l’épidémiologie ne sont pas confirmés par une étude d’intervention, ce qui appelle de nombreuses questions sur l’âge auquel les suppléments antioxydants sont potentiellement les plus efficaces, sur les doses utilisées, sur les actifs eux-mêmes et les associations de nutriments. Dans le détail, la quantité de vitamine C donnée dans cette étude paraît adéquate. La dose de vitamine E (200 UI/j) pourrait être un peu élevée : elle est associée à un risque accru d’accident vasculaire cérébral hémorragique déjà relevé dans l’étude ATBC (50 UI/j), mais cependant absent d’autres études qui utilisaient des doses plus importantes (300 à 600 UI). Cette étude relativise les résultats encourageants de l’épidémiologie, sans qu’il soit possible de passer ces derniers par pertes et profits. Elle oblige à se poser de nouvelles questions sur les moyens d’augmenter la prévention avec les antioxydants, et confirme qu’une bonne santé passe en premier lieu par le respect de règles d’hygiène de vie sur l’alimentation (qui sont l’objet de ce site), l’activité physique, l’évitement du tabac. Les suppléments de vitamines restent utiles pour renforcer les effets positifs de l’alimentation, pas pour corriger les dégâts d’une hygiène de vie médiocre.

Howard D. Sesso, ScD, MPH; Julie E. Buring, ScD; William G. Christen, ScD; Tobias Kurth, MD, ScD; Charlene Belanger, MA; Jean MacFadyen, BA; Vadim Bubes, PhD; JoAnn E. Manson, MD, DrPH; Robert J. Glynn, ScD; J. Michael Gaziano, MD, MPH . Vitamins E and C in the Prevention of Cardiovascular Disease in Men: The Physicians' Health Study II Randomized Controlled Trial. Journal of the American Medical Association 2008;300(18):2123-2133.

  • Version actuelle le 23/03/2021
    Mise à jour par Collectif laNutrition
  • le 13/11/2008
    Publication par Collectif LaNutrition.fr Journalistes scientifiques et diététiciennes

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