L’ortie : de mauvaise herbe à super-plante

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Derrière ses feuilles urticantes, l’ortie (Urtica dioica) révèle une richesse nutritionnelle et médicinale exceptionnelle. Entre traditions anciennes et découvertes scientifiques récentes, elle s’impose comme une alliée précieuse pour la santé et l’environnement.

Longtemps considérée comme une mauvaise herbe, l’ortie (Urtica dioica) est aujourd’hui perçue différemment. Elle apparaît désormais comme un symbole de résilience, capable de pousser dans des milieux difficiles, mais aussi comme une plante étroitement liée à la transition écologique. Elle représente un exemple de savoir traditionnel redécouvert et témoigne d’un regain d’intérêt pour les plantes sauvages.

L’histoire de l’ortie

L’usage de l’ortie remonte à l’Antiquité, où Hippocrate la mentionnait déjà dans ses pratiques médicales. Les Romains, eux, utilisaient l’urtication, une pratique consistant à se fouetter avec des orties fraîches pour stimuler la circulation sanguine et soulager les rhumatismes. Au Moyen Âge, l’ortie constituait une ressource essentielle dans les sociétés rurales européennes. Elle était consommée comme légume au printemps, intégrée aux pharmacopées et utilisée comme fibre textile. Ces usages historiques sont aujourd’hui confirmés par des études montrant que l’ortie possède une densité nutritionnelle élevée et une grande diversité d’applications. 

Les différentes espèces d’orties 

Le genre Urtica comprend plusieurs espèces, dont les plus étudiées sont Urtica dioica et Urtica urens

  • Urtica dioica, la grande ortie, est une espèce vivace largement répandue, et la plus utilisée en phytothérapie en raison de sa richesse en composés bioactifs (voir plus loin).
  • Urtica urens, l’ortie brûlante, ortie grièche ou petite ortie, est une plante annuelle de plus petite taille, réputée pour une activité urticante plus marquée. Elle est traditionnellement employée pour ses effets diurétiques et dermatologiques, bien que moins étudiée sur le plan pharmacologique.

La richesse nutritionnelle de l’ortie

L’ortie contient une grande variété de composés actifs, notamment des flavonoïdes, des acides phénoliques, des caroténoïdes, des acides gras et des stérols. Ces composés confèrent à la plante une forte activité antioxydante. Par ailleurs, l’ortie est riche en vitamines (A, C, K) et en minéraux essentiels tels que le fer et le calcium, ce qui explique son utilisation traditionnelle comme plante reminéralisante (1).

Cette composition explique pourquoi elle est aujourd’hui considérée comme un aliment fonctionnel.

Les propriétés médicinales de l’ortie

L’ortie (Urtica dioica) possède de nombreuses propriétés médicinales liées à sa richesse en composés bioactifs, notamment les flavonoïdes, les polyphénols et certains acides organiques. Ces substances lui confèrent des effets anti-inflammatoires, antioxydants et protecteurs sur l’organisme.

Elle possède tout d’abord un effet diurétique, favorisant l’élimination rénale et contribuant à la prise en charge des troubles urinaires bénins. Cette propriété est attribuée à la présence de flavonoïdes et de sels minéraux. La racine d’ortie est largement utilisée dans les troubles liés à l’hyperplasie bénigne de la prostate (HBP). Elle agirait en modulant certaines interactions hormonales, notamment celles impliquant la testostérone et la dihydrotestostérone, contribuant ainsi à l’amélioration des symptômes urinaires (2).

Concernant les allergies, notamment la rhinite allergique, certaines études suggèrent que l’ortie pourrait moduler la réponse immunitaire et inhiber la libération de médiateurs inflammatoires comme l’histamine, ce qui pourrait expliquer son usage (3).

Elle présente également un effet tonique et anti-stress, probablement lié à sa richesse en magnésium, en vitamines du groupe B et en composés antioxydants, contribuant au bon fonctionnement du système nerveux (3).

Grâce à sa teneur élevée en fer et en vitamine C, l’ortie est utilisée dans les cas d’anémie et de fatigue. Ces nutriments favorisent la formation des globules rouges et améliorent l’absorption du fer (1, 3).

Ses propriétés anti-inflammatoires et analgésiques en font également un remède traditionnel contre les douleurs articulaires, notamment dans les rhumatismes. Des études ont montré que ses extraits peuvent inhiber certaines voies inflammatoires (1, 3, 4, 5).

Elle est particulièrement étudiée dans le cadre du syndrome métabolique, où elle pourrait contribuer à réduire certains facteurs de risque comme l’hypertension, l’hypercholestérolémie et l’hyperglycémie. Ses effets hypotenseurs seraient liés à une action sur les canaux ioniques, tandis que ses propriétés antihyperlipidémiques reposeraient sur l’inhibition de la synthèse du cholestérol et la réduction du stress oxydatif. La quercétine, présente dans l’ortie, jouerait également un rôle dans la diminution du cholestérol (3, 6).

Concernant le diabète de type 2, des études cliniques suggèrent que l’ortie pourrait réduire la glycémie à jeun, notamment en stimulant la sécrétion d’insuline, bien que les résultats restent encore partiels et nécessitent d’être confirmés (7).

Lire : Diabète de type 2 : 12 plantes alliées

L’ortie présente aussi des effets hypotenseurs, ainsi qu’un rôle protecteur potentiel vis-à-vis du système cardiovasculaire (3, 5).

La cueillette de l’ortie

Sur le terrain, l’ortie se reconnaît à ses feuilles dentées, sa tige quadrangulaire et ses poils urticants caractéristiques. Elle pousse dans des milieux riches en azote, souvent en lien avec l’activité humaine.

La récolte s’effectue de préférence au printemps, lorsque les jeunes pousses présentent la meilleure qualité nutritionnelle. Cette période correspond également à une concentration élevée en composés actifs, ce qui explique son usage traditionnel lors des cures de printemps. 

Pour la cueillir, quelques précautions sont indispensables :

  • porter des gants ;
  • utiliser des ciseaux ou un couteau ;
  • couper les sommités (5–10 cm).

L’ortie en cuisine : entre tradition et modernité

L’ortie s’invite aussi dans nos assiettes, avec des qualités nutritionnelles remarquables. Elle est traditionnellement consommée en soupe, notamment au printemps, où elle contribue à reminéraliser l’organisme grâce à sa richesse en micronutriments. 

Le caractère urticant de l’ortie est dû à ses poils contenant des substances irritantes, mais ces composés sont rapidement inactivés par la chaleur ou le séchage. Ainsi, une fois cuite, mixée ou séchée, l’ortie devient parfaitement comestible. 

Des préparations, comme le pesto d’ortie, permettent de valoriser ses qualités gustatives tout en conservant ses propriétés nutritionnelles. Sous forme d’infusion, elle agit comme un tonique général et un reminéralisant.

Soupe d’ortie

Ingrédients

  • 2 poignées d’orties fraîches 
  • 2 pommes de terre 
  • 1 oignon 
  • 1 litre d’eau 
  • Huile végétale
  • Sel, poivre 

Préparation

Faire revenir l’oignon dans de l’huile d’olive. Ajouter les pommes de terre et recouvrir d’eau et cuire 25 min. Ajouter les orties, puis mixer après 5 min de cuisson.

D'autres recettes :

  1. Bhusal KK, Magar SK, Thapa R, Lamsal A, Bhandari S, Maharjan R, Shrestha S, Shrestha J. Nutritional and pharmacological importance of stinging nettle (Urtica dioica L.): A review. Heliyon. 2022 Jun 22;8(6):e09717. doi: 10.1016/j.heliyon.2022.e09717. PMID: 35800714; PMCID: PMC9253158.
  2. Safarinejad. Urtica dioica for treatment of benign prostatic hyperplasia: A prospective, randomized, double-blind, placebo-controlled, crossover study. Journal of Herbal Pharmacotherapy. 2005. 
  3. El Kahkahi R, Moustaine M, Zouhair R. Urtica dioica L.: A Comprehensive Review of its Phytochemical Composition and Pharmacological Properties. Med. Pharm. J. 2025 Jul. 22 [cited 2026 Apr. 24];4(2):64-78. Available from: https://pharmacoj.com/ojs/index.php/Medph/article/view/121
  4. Chrubasik et al. A comprehensive review on the stinging nettle effect and efficacy profiles. Part II: urticae radix. Phytomedicine. 2007.
  5. Đurović S, Kojić I, Radić D, Smyatskaya YA, Bazarnova JG, Filip S, Tosti T. Chemical Constituents of Stinging Nettle (Urtica dioica L.): A Comprehensive Review on Phenolic and Polyphenolic Compounds and Their Bioactivity. Int J Mol Sci. 2024 Mar 18;25(6):3430. doi: 10.3390/ijms25063430. PMID: 38542403; PMCID: PMC10970493.
  6. Samakar B, Mehri S, Hosseinzadeh H. A review of the effects of Urtica dioica (nettle) in metabolic syndrome. Iran J Basic Med Sci. 2022 May;25(5):543-553. doi: 10.22038/IJBMS.2022.58892.13079. PMID: 35911652; PMCID: PMC9282742.
  7. Ziaei R, Foshati S, Hadi A, Kermani MAH, Ghavami A, Clark CCT, Tarrahi MJ. The effect of nettle (Urtica dioica) supplementation on the glycemic control of patients with type 2 diabetes mellitus: A systematic review and meta-analysis. Phytother Res. 2020 Feb;34(2):282-294. doi: 10.1002/ptr.6535. Epub 2019 Dec 4. PMID: 31802554.
  • Version actuelle le 02/06/2026
    Mise à jour par Marie-Céline Ray Journaliste scientifique
  • le 22/05/2026
    Mise à jour par Collectif laNutrition
  • le 21/05/2026
    Publication par Sarah Amiri Diététicienne et journaliste scientifique

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