Johnny Cash et l'épidémie de diabète

Par Lanutrition.fr Publié le 02/05/2006 Mis à jour le 10/03/2017
L'épidémie de diabète qui touche les pays développés n'est pas qu'une abstraction chiffrée. Elle s'impose à notre réflexion quand elle frappe et tue des personnalités comme le chanteur Johnny Cash.
14 septembre 2003

En l’espace d’un an et demi, la musique country a perdu deux de ses plus solides piliers. Johnny Cash, qu'on appelait « l’homme en noir », et Waylon Jennings, qui est resté pour les Texans le « hors-la-loi ». Johnny Cash avait 71 ans, il est mort le 12 septembre 2003. Waylon l’avait précédé le 13 février 2002. Il avait à peine 64 ans. Au-delà de la loi des séries, et de la tristesse qui touche ceux qui, comme moi, aiment cette musique simple et humble qu’est la country, il faut prêter attention à la maladie qui a emporté les deux chanteurs : le diabète.

Les Etats-Unis sont frappés au cœur par une épidémie sans précédent. Le pays compterait 17 millions de diabétiques. 16 millions de plus, au minimum, auraient un pré-diabète, qui se manifeste par un sucre sanguin en permanence élevé. Donc nous parlons d’au moins 33 millions de personnes malades, car la plupart des pré-diabétiques développeront un diabète. Statistiquement, il n’y a rien d’étonnant à voir, dans le futur, des personnalités de premier plan du show-business affectées par cette maladie.

Waylon Jennings n’avait pas fait mystère de sa maladie. Le public français ne le connaît pas, mais pour le situer dans les souvenirs de ceux qui ont connu l’époque du rockn’roll, c’était l’un des guitaristes du chanteur Buddy Holly. Waylon Jennings était un philosophe et un épicurien, probablement parce que le destin a voulu qu’il échappe à l’accident d’avion qui le 3 février 1959 a tué Buddy Holly et deux autres stars montantes de la musique, Ritchie Valens et J.P. "Big Bopper" Richardson. Le Beechcraft Bonanza, un monomoteur, devait les amener pour un concert, de Clear Lake (Iowa) à Fargo (Dakota du Nord). Buddy Holly avait opté pour l’avion, qui n’a que quatre places, car il ne voulait plus voyager dans un bus dont le chauffage était en panne. Les autres membres de l’équipe suivraient malgré tout dans ce bus inconfortable. Waylon Jennings devait prendre l’avion, mais il céda sa place à Richardson, qui était très enrhumé. Pris dans une tempête de neige, l’avion s’écrasa 10 kilomètres plus loin. Il n’y eut aucun survivant.

Waylon jennings, qui a échappé à l’accident d’avion qui a bouleversé toute une génération, n’a pas survécu au diabète. Peu avant son décès, il avait été amputé d'un pied. Car les complications du diabète peuvent être dramatiques.

Le diabète non insulino-dépendant, que l’on appelle diabète de type 2 (par distinction avec le diabète de type 1, qui touche surtout les enfants) apparaît chez des personnes d’âge mûr. C’est une maladie sérieuse par ses complications. Le diabète de type 2 est précédé d’une phase au cours de laquelle les cellules ne répondent plus aux injonctions de l’insuline, une hormone sécrétée par le pancréas, qui normalement leur commande de capter le sucre sanguin. Cet état s’appelle résistance à l’insuline. La résistance à l’insuline est un drame pour le pancréas, qui s’épuise à fabriquer toujours plus d’insuline dans l’espoir de ramener le sucre sanguin à son taux physiologique (1 g par litre environ). Si rien n’est fait, un diabète s’ensuit.

On aurait tort de croire que seuls les Etats-Unis sont affectés par cette épidémie. Le pourcentage de diabétiques de type 2 a presque triplé en France entre 1970 et 2000, passant de 1 % à 2,8 % de la population. En 1970, il étaient 500 000 ; près de 1 300 000 en 1980 ; et plus de 2 millions aujourd’hui. Les dépenses en médicaments ont suivi, passant de 500 millions d’Euros en 1995 à 1 milliard aujourd’hui. Dans le futur, notre pays, nos familles, certains d’entre nous devront apprendre à vivre avec cette maladie qu’est le diabète.

Les raisons de l’épidémie mondiale de diabète sont, en surface, évidentes. Les spécialistes évoquent l’obésité. Mais d’une part, un grand nombre de diabétiques ne sont pas obèses. D’autre part, l’obésité n’est que le symptôme d’un déséquilibre dont il faut rechercher les raisons. Le diabète apparaît au croisement de facteurs génétiques et environnementaux, parmi lesquels le niveau d’exercice physique et l’alimentation jouent un rôle majeur.

Les graisses saturées ont été longtemps accusées de favoriser le diabète. De fait, expérimentalement, elles provoquent une résistance à l’insuline. Mais le niveau des graisses saturées n’a cessé de diminuer dans l’alimentation des Américains, et le diabète poursuit sa progression explosive. Alors, aujourd’hui, les chercheurs les plus en pointe s’interrogent sur le rôle des sucres. Boissons sucrées, bien sûr, barres chocolatées, mais aussi les amidons « rapides » comme les céréales raffinées et les pommes de terre. Contrairement à ce que beaucoup de Français pensent, pain, riz blanc et pommes de terre ne sont pas des « glucides lents ». Ils sont au contraire à l’origine d’une montée brutale du sucre sanguin, suivie d’une sécrétion tout aussi brutale d’insuline par le pancréas. A long terme, ces aliments provoqueraient une résistance à l’insuline et un épuisement du pancréas. Un phénomène exacerbé chez les sédentaires. C’est en tous cas ce qu’on observe chez l’animal auquel on donne des farineux.

Je ne sais pas si Johnny Cash consommait beaucoup de glucides raffinés. J’ai croisé Waylon Jennings en 1986 lors d’un concert organisé par la base navale Miramar de San Diego pour la sortie du film Top Gun, tourné dans cette base. Il n’avait pas un cornet de frites à la main, mais une bouteille de bière. Je ne crois pas que Johnny Cash, pas plus que Waylon Jennings aient été des mordus de l'exercice physique. Les chansons de Waylon sont empreintes de cette avidité de goûter aux plaisir de la vie. Ce n'était pas un ascète.

La musique country est riche de talents. Les anciens, comme Merle Haggard. Les plus jeunes comme Alan Jackson ou Tim McGraw. La plupart, sauf peut-être Dolly Parton, Emmylou Harris et le regretté Johnny Cash sont inconnus des Français. Ce que je vais dire est très égoïste. Mais nous qui les connaissons bien et qui les aimons, nous avons envie de leur dire de prendre soin de leur santé, d’éviter le bacon du petit déjeuner, les frites et les sodas en excès. Nous avons envie de leur conseiller d'aller pédaler dans leur home gym. Pour qu’ils nous donnent longtemps encore des morceaux inoubliables.

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