Patrice Percie du Sert : « Moins d’un euro par jour pour la propolis »

Par Lanutrition.fr Publié le 17/02/2010 Mis à jour le 10/03/2017
Apiculteur professionnel et ingénieur en agriculture, Patrice Percie du Sert est un spécialiste reconnu des produits de la ruche. Il nous révèle les vertus des produits de la ruche.

 

LaNutrition.fr : Qu’est-ce que la propolis ?

Patrice Percie du Sert : La propolis est une résine sécrétée par les bourgeons. Les enfants qui jouent sous les marronniers savent que les bourgeons peuvent être collants. À certaines périodes de l’année, les bourgeons de peuplier le sont aussi. Si vous garez votre voiture sous un peuplier, vous pouvez avoir des petites perles ambrées collées sur votre carrosserie. Et bien, c’est de la propolis. Les peupliers en sécrètent beaucoup et c’est la principale propolis récoltée par les abeilles. Les abeilles en enduisent les parois de la ruche pour la protéger. Elles en mettent sur les cadres, sur lesquels sont bâtis les rayons, pour les coller entre eux. Elles bouchent tous les interstices avec. Parfois elles s’en servent pour boucher l’entrée de la ruche avant l’hiver.

 

Pourquoi la propolis est-elle intéressante pour notre santé ?

C’est une colle qui renferme une concentration extraordinaire de polyphénols. Elle contient notamment des polyphénols à chaîne courte extrêmement intéressants pour notre santé, comme la quercétine. Ils ont un effet antioxydant très puissant et ont une action sur les virus. On savait que la propolis avait une action antivirale. Cela a été prouvé il y a quelques années, par un professeur d’une école d’infirmières à Sarajevo qui a donné de la propolis à ses élèves. Certaines l’ont prise, d’autres non. 6 % des élèves ont eu la grippe malgré la propolis et plus de 70 % ont eu la grippe parmi celles qui n’ont pas pris la propolis. Ces expériences ont été répétées sur des souris. On a pu démontrer que le résultat est dose-dépendant : avec de petites doses on sauve 10 % des souris, avec des doses plus importantes on sauve 70 % des souris. La propolis est très protectrice.

 

Comment la propolis protège-t-elle contre la grippe ?

Jusqu’à l’année dernière, on ne connaissait pas le mécanisme antiviral de la propolis. En 2009, une équipe chinoise a publié une étude sur l’action anti-neuraminidase, inhibitrice de l’enzyme qui permet au virus de se détacher de la cellule dans laquelle il s’est multiplié. Cette inhibition de la neuraminidase, action identique à celle du Tamiflu, est due aux flavonoïdes. Grâce à cette publication, on sait maintenant que si un flavonoïde a une double liaison à tel endroit, un groupement -OH à tel endroit, il aura une capacité d’inhibition de la neuraminidase protectrice du virus de la grippe. Durant l’épidémie de grippe A, de nombreuses entreprises ont offert à leurs employés de la propolis. Il semble qu’il y ait eu un effet de protection chez ces personnes. Ce mécanisme est valable pour tous les types de virus de la grippe puisque c’est une inhibition générale de la neuraminidase et non une inhibition très spécifique de certaines neuraminidases.

 

Quelles sont les autres indications de la propolis ?

La propolis est un puissant modulateur du système immunitaire. De nombreuses publications sur modèle animal sont très bien documentées. Il s’agit de publications japonaises, croates et même franco-algérienne qui montrent que c’est un inhibiteur de l’action néfaste des métabolites des chimiothérapies sur la formule sanguine notamment. Les anthracyclines sont dégradées au niveau du foie et donnent des métabolites. Ces métabolites sont extrêmement toxiques sur les globules rouges et sur les globules blancs. Les polyphénols stockés au niveau du foie empêchent cette toxicité. Cela va antioxyder ces métabolites directement sur leur lieu de production. Cela fera l’objet d’études cliniques si nous arrivons à trouver suffisamment de financements.

 

Sous quelle forme prendre la propolis ?

Il existe plusieurs qualités de propolis. Mon travail a consisté à relever un défi : de nombreux laboratoires se sont intéressés à la propolis mais aucun n’a continué les recherches parce la matière première est extrêmement variable. Tous les échantillons de propolis en leur possession avaient des compositions différentes avec toujours sensiblement le même effet. Problème : la propolis était souvent oxydée. C’est une matière première impossible à transformer en médicament ou en complément alimentaire suffisamment sérieux pour soigner les gens. En tant qu’apiculteur professionnel, j’ai étudié cela. J’ai remarqué, dans mes ruches, les époques durant lesquelles la propolis rentrait vraiment dans les ruches. Nous l’avons alors récoltée à l’aide une méthode un peu particulière : on pose au dessus des cadres des ruches des grilles en plastique avec des trous au travers lesquels les abeilles ne peuvent pas passer.

L’avantage de ces grilles, c’est que l’on peut les retirer pour évaluer la production de propolis. En procédant à cette manœuvre chaque mois, nous nous sommes aperçus qu’à certaines périodes, nous ne récoltions que de la propolis de peuplier. On avait donc une propolis de peuplier pure. Comme on laisse la grille peu de temps, la propolis n’est pas polluée, n’est pas oxydée. On obtient un produit qui a une variabilité de 5 % à 8 %, qui peut rentrer dans des principes intéressants de phytothérapie et être accepté par des hôpitaux pour faire des études cliniques.

 

Sous quelle forme pouvez-vous préserver la propolis ainsi récoltée ?

Selon moi, la meilleure forme est celle d’une solution hydro-alcoolique. Pour obtenir cette solution, on congèle les grilles contenant la propolis pour rendre cette substance cassante puis on froisse les grilles pour faire tomber des copeaux de propolis. Les copeaux congelés sont broyés et mis dans de l’alcool (cognac blanc à 70°) pour faire une meilleure extraction. Nous parvenons ainsi à capter même les terpènes, qui n’ont pas le temps de s’évaporer avec ce principe d’extraction. On récupère aussi tous les polyphénols. C’est certainement la forme la plus active de la propolis.

On peut aussi sécher la propolis et la réduire en poudre pour en faire des gélules. Sous cette forme, on a peut-être moins de terpènes mais tous les polyphénols sont préservés.

 

Avez-vous été abordé par des laboratoires pharmaceutiques ?

Oui, mais les laboratoires pharmaceutiques veulent des dizaines de tonnes de produit à commercialiser. À l’heure actuelle, c’est très difficile parce nous faisons produire la propolis par un réseau d’une cinquantaine d’apiculteurs qui produisent d’abord notre pollen à raison de 40 tonnes par an. Nous leur avons demandé de produire la propolis, qui n’est pas forcément produite avec des grilles. Ils raclent les ruches pour nettoyer la propolis qui les gêne dans leur travail. Le problème c’est que cette propolis n’a pas la qualité requise pour faire un produit acceptable. Elle a une certaine activité mais elle amène quelques risques que l’on ne peut pas accepter. Dans les savonnettes ou le dentifrice, cela n’est pas très grave mais pour des doses importantes, pour des gens avec des pathologies, il faut vraiment de la propolis de grille, avec un bon cahier des charges. Les producteurs sont formés pour ça. Bien sûr, on peut progresser d’une année à l’autre mais on ne peut pas fournir 10 tonnes d’un coup aux laboratoires pharmaceutiques. Et puis il y a le problème du coût : c’est un produit qui peut se vendre dans des circuits courts et multiplier le prix d’achat par 40, comme le font les laboratoires pharmaceutiques, n’est pas envisageable. Seules les molécules chimiques peuvent subir de tels exploits commerciaux. La propolis est un produit naturel, qui revient quand même à plus de 200 euros le kilogramme. Dans un circuit court, revendu en pharmacie, dans une boutique de diététique ou sur un site Internet, le produit est tout à fait abordable. Cela revient à moins d’un euro par jour.

 

Pour en savoir plus sur les produits de la ruche de Patrice Percie du Sert, visitez le site internet www.pollenergie.com.

 

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