Certains enfants ont une attirance marquée pour le sucré

Par Juliette Pouyat Publié le 24/12/2014 Mis à jour le 10/03/2017
Chez les enfants obèses, la consommation de sucre active certaines zones du cerveau, notamment celles liées à la récompense.

Une nouvelle étude parue dans la revue International Journal of Obesity rapporte que le cerveau des enfants obèses et notamment les zones associées aux circuits de la récompense s’activent différemment que chez les enfants ayant un poids normal lorsqu’ils mangent du sucre. Cela démontre un sens élevé de « récompense alimentaire » qui consiste à être motivé par la nourriture et à en retirer du plaisir. Pour les chercheurs, cela pourrait signifier que certains enfants ont un cerveau qui les prédispose à être attirés par le sucre tout au long de leur vie.

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Notre système de récompense situé dans notre cerveau gère naturellement nos désirs, nos plaisirs et nos émotions. Ce système nous incite à répéter les expériences plaisantes apprises au cours de la vie, il oriente les comportements car il nous procure la sensation de plaisir, notamment grâce à la dopamine. Il joue aussi un rôle essentiel dans la mise en place des phénomènes de dépendance aux drogues.

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« Aux Etats-Unis, le surpoids et l’obésité touchent 4 à 5 millions d’enfants qui ont un risque accru d’avoir des problèmes de santé pendant l’enfance ou à l’âge adulte. On estime que 80% des jeunes obèses resteront obèses à l’âge adulte » expliquent les auteurs.

« Plusieurs facteurs contribuent à la prise de poids mais manger au-delà des besoins en est un important. La régulation de l’appétit est un processus complexe qui implique l’intégration de plusieurs signaux physiologiques, comprenant les besoins d’énergie dans le corps, des processus neuronaux et cognitifs. Les mécanismes neuronaux, notamment ceux liés à la motivation et la récompense, sont considérés comme des éléments centraux dans la régulation du comportement alimentaire ».

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Pour cette étude les chercheurs ont étudié par imagerie le cerveau de 23 enfants âgés de 8 à 12 ans- dont 10 étaient obèses- pendant qu’ils mangeaient du sucre. Les enfants ont goûté un mélange d’eau et de saccharose qu’ils ont fait tourner dans leur bouche, les yeux fermés et en se concentrant sur son goût. Au même moment, les chercheurs observaient le cerveau des enfants par IRM.

Le cerveau des enfants obèses présentait une activité accrue dans le cortex insulaire et l’amygdale, des régions du cerveau impliquées dans la perception, l'émotion, la sensibilisation, le goût, la motivation et la récompense.

Les auteurs soulignent également que ces enfants obèses ne présentaient pas une activité cérébrale accrue dans une troisième zone du cerveau, le striatum, qui fait également partie du système de récompense et dont l’activité a été associée à l’obésité chez les adultes.

L’étude ne démontre pas de lien de causalité entre une hypersensibilité au sucre et la suralimentation mais elle supporte l’idée que les jeunes obèses pourraient présenter une réponse élevée du système de récompense face à la nourriture.

« Le message à retenir est que les enfants obèses, comparés aux enfants ayant un poids normal, ont un niveau de réponse au sucre accru dans leur cerveau » dit Kerri Boutelle auteur de l’étude. « Et le fait que nous puissions détecter ces différences cérébrales chez les enfants dès l’âge de 8 ans est la partie la plus remarquable et cliniquement significative de l’étude ».

« Tout expert de l’obésité dira que perdre du poids est difficile et que la bataille doit être gagnée au niveau de la prévention » dit le Dr Boutelle. « Et cette étude est la preuve que la prévention doit commencer très tôt parce que certains enfants peuvent naitre avec une hypersensibilité aux récompenses alimentaires ou ils peuvent être en mesure d’apprendre la relation entre la nourriture et le fait de se sentir mieux plus rapidement que les autres enfants ». Et ce phénomène pourrait expliquer la suralimentation et la prise de poids chez ces enfants.

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Source

K Boutelle, C E Wierenga, A Bischoff-Grethe, A J Melrose, E Grenesko-Stevens, M P Paulus, W H Kaye. Increased brain response to appetitive tastes in the insula and amygdala in obese compared to healthy weight children when sated. International Journal of Obesity, 2014; DOI: 10.1038/ijo.2014.206

 

  

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