De plus en plus d'insectes résistants au maïs OGM

Par Collectif LaNutrition.fr - Journalistes scientifiques et diététiciennes Publié le 25/03/2014 Mis à jour le 10/03/2017
De plus en plus de chrysomèles, des insectes ravageurs du maïs, développent des résistances au maïs Bt aux Etats-Unis.

Controversés en Europe, les OGM sont cultivés depuis plus de 15 ans aux Etats-Unis, ce qui permet d’observer l’effet de ces cultures sur l’environnement ; d’après un article paru dans PNAS, des résistances se développent de plus en plus chez certains insectes ravageurs que le maïs Bt est censé éliminer.

Le maïs Bt est une souche de maïs transgénique dans lequel a été introduit un gène de la bactérie Bacillus thuringiensis (d’où le nom de « Bt »). Ce gène code pour une toxine qui tue des insectes ravageurs, ce qui permet d’éviter l’utilisation des pesticides traditionnels.

Lire : Qu'est-ce qu'un OGM ?

Des chercheurs de l’université de l’Iowa décrivent dans ce nouvel article l’évolution des résistances qu’ils ont observées chez la chrysomèle (Diabrotica virgifera), un ravageur que le maïs Bt est censé supprimer. En effet, à partir de 2009, des chrysomèles résistantes à une toxine Bt (Cry3Bb1) ont causé des pertes importantes dans les maïs de l’Iowa qui produisaient cette toxine. Des populations de chrysomèle sont devenues résistantes au maïs Bt également dans d'autres états : l’Illinois, le Nebraska, le Dakota du Sud et le Minnesota. Les chercheurs ont étudié ce qui se passait dans des champs où poussaient des maïs OGM qui produisaient deux toxines Bt : Cry3Bb1 et mCry3A.

Ils ont alors constaté l'existence de résistances croisées entre le maïs Cry3Bb1 et le maïs mCry3A, conduisant à des pertes importantes en 2011 dans les champs de maïs Bt qui produisaient les deux toxines. Au laboratoire, les chercheurs ont pu vérifier que les chrysomèles avaient développé une résistance croisée aux deux formes de toxine Bt. La capacité des chrysomèles à survivre au maïs Cry3Bb1 s’est accrue entre 2009 et 2011, ce qui montre la vulnérabilité des cultures de maïs OGM face à la capacité des insectes à évoluer.

Même avec deux toxines Bt différentes, les chrysomèles ont su s’adapter rapidement et résister aux cultures OGM. Le fait de planter des maïs transgéniques instaure une pression de sélection sur les populations de ravageurs ; ceci conduit à une sorte de course évolutive sans fin. En biologie, ce phénomène s'explique par "la théorie de la Reine Rouge", en référence au conte "Alice au pays des merveilles" où les personnages se déplacent en même temps que le paysage : comme l'explique la Reine à Alice, « Nous courons pour rester à la même place ». C’est exactement ce que fait la chrysomèle du maïs : elle "court" après les évolutions du maïs pour rester à sa place de ravageur.

Pour Aaron Gassmann, principal auteur de ces travaux, la situation risque de s’aggraver encore s’il n’y a pas de changement dans la façon de cultiver des OGM. Deux problèmes sont soulevés par les scientifiques : le fait que les agriculteurs n’aient pas planté de cultures refuges pour les insectes et qu’ils n’aient pas non plus organisé de rotation des cultures. Pourtant, le fait d’interrompre la culture de maïs réduirait naturellement les populations de ravageurs. Or si les résistances continuent de se développer, les agriculteurs devront à nouveau utiliser des pesticides, ce qui annulerait l’effet supposé « bénéfique » pour lequel ces variétés ont été créées.

Un effet mis à mal par des travaux récents :

Lire : Quand les OGM font pschitt : le bilan poussif de 15 ans de culture aux USA

Source

Aaron J. Gassmann, Jennifer L. Petzold-Maxwell, Eric H. Clifton, Mike W. Dunbar, Amanda M. Hoffmann, David A. Ingber, and Ryan S. Keweshan. Field-evolved resistance by western corn rootworm to multiple Bacillus thuringiensis toxins in transgenic maize. PNAS 2014 : 1317179111v1-201317179.

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