Largent du cholestérol, un scandale français

Par Lanutrition.fr Publié le 23/11/2011 Mis à jour le 10/03/2017
La lutte contre le cholestérol coûte chaque année plus d'un milliard d'euros à la collectivité pour un résultat quasi-nulLes changements de mode de vie (nutrition, exercice, gestion du stress, diminution des toxiques et des médicaments) sont, eux, efficaces et ne coûtent rienNous demandons le déremboursement des statines et des autres médicaments anti-cholestérol, au moins en prévention primaire

En 2009, chaque Français a dépensé en moyenne 16,1 euros de statines pour traiter son cholestérol, ce qui représente un record dans l’Union européenne. A titre de comparaison, cette dépense était de 14,7 euros aux Pays-Bas, 12,1 en Espagne, 10,7 en Italie, 10,1 au Royaume-Uni et seulement 5 euros par habitant au Danemark !

Cette propension à vouloir faire baisser le cholestérol des Français est proprement sidérante. En effet, si le taux moyen de cholestérol en France n'est pas particulièrement bas, cela ne s’est jamais traduit par une mortalité cardiovasculaire élevée. C’est même l’inverse : notre pays jouit historiquement de l’une des mortalités cardiovasculaires les plus faibles de la planète. C’est d’ailleurs ce qu’on appelle le French Paradox.

Si l’on compare les hommes âgés de 45 à 64 ans en France et en Grande-Bretagne, on constate que les taux moyens de cholestérol y sont les mêmes (6,1 mmol/L en France et 6,2 mmol/L en Grande-Bretagne) alors que la mortalité cardiovasculaire en France est presque 4 fois moins importante qu’outre-Manche (128/100 000 contre 487/100 000).

En 1995, l’analyse de données issues de la fameuse étude des Sept pays, d’Ancel Keys, a révélé que dans le sud de l’Europe et notamment en bordure de la méditerranée, le niveau de cholestérol moyen (5,2 mmol/L) est aussi élevé que dans le nord de l’Europe, mais que la mortalité cardiovasculaire y est 5 fois plus faible. (1)

Le taux de cholestérol est classiquement relié à la consommation de graisses saturées et de cholestérol. En 1993, des chercheurs ont examiné la relation entre la mortalité cardiovasculaire et la consommation alimentaire dans 40 pays. Ils ont défini un indice « cholestérol-graisses saturées » (CGS) et étudié de quelle manière cet index pouvait être associé à la mortalité. La France et la Finlande avaient parmi les plus hauts CGS soit 24 pour 1000 calories (kcal) pour la France, et 26 pour la Finlande. Pourtant, le taux de mortalité cardiovasculaire pour 100 000 hommes de 55 à 64 ans était de 198 en France, et 1031 en Finlande. (2)

Ces quelques exemples montrent à quel point le cholestérol est loin d’être un facteur de risque cardiovasculaire en France. Il est donc absurde; au moins en prévention primaire (personnes sans antécédent cardiovasculaire) de vouloir le traiter à grandes rasades de statines – des rasades si larges qu’elles nous placent en tête des dépenses par habitant ! Comme ces médicaments n’ont toujours pas fait la preuve de leur efficacité, le déremboursement des statines (et des autres anti-cholestérol) ferait économiser plus d’un milliard d’euros à la sécurité sociale, sans que cela aggrave la mortalité. Au contraire, cela permettrait de valoriser de vrais comportements de prévention, avec des effets favorables non seulement sur la santé cardiovasculaire mais aussi l’obésité, le diabète, l’ostéoporose, la dépression…

La partie n’est pas gagnée tant les enjeux financiers sont colossaux. Le marché des médicaments cardiovasculaires est celui qui croît le plus dans le monde et en Europe. En 2010, les ventes de ces médicaments approchaient les 100 milliards d’euros dans sept pays : Etats-Unis, France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni, Japon. Environ 40% de ces ventes concernaient des médicaments prescrits pour traiter les lipides du sang. En fait, ces molécules (contre le cholestérol et les triglycérides) sont depuis 2003 les familles de médicaments les plus vendues au monde, créant de facto un puissant lobby du cholestérol.

LaNutrition.fr va, avec d’autres associations, prendre dans les jours qui viennent des initiatives pour interpeller les autorités sanitaires et l’assurance-maladie, en réclamant notamment le déremboursement des statines en prévention primaire. D’ores et déjà nous vous demandons de relayer cette information autour de vous, et d’en informer vos proches, votre médecin, votre député, votre sénateur.

Références

(1) Artaud-Wild SM, Connor SL, Sexton G, Connor WE. Differences in coronary mortality can be explained by differences in cholesterol and saturated fat intakes in 40 countries but not in France and Finland. A paradox. Circulation. 1993 Dec;88(6):2771-9.

(2) Verschuren WMM, Jacobs DR, Bloemberg BPM et al. Serum total cholesterol and long-term coronary heart disease mortality in different cultures. Twenty-five years follow-up of the Seven Countries Study. JAMA 1995; 274: 131–6.

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